‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 358 sur 761 · CHAPITRE CCXXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXXVIII

CommeDl plusieun Ibrlercmea environ Paria hirenl mnet ea la main du roi Henri, où il mit capitaines; et le* nuDdemcnu royaux qui furent envoyés i sa requête.

Durant le dit siège de Melun , furent mises en la main du roi d'Angleterre, par le commandément du roi de France , et par le consentement du duc de Bourgogne et des Parisiens , les forteresses ci-après déclarées , c'est à savoir la bastille Saint-Antoine, le Louvre, la maison de Nesie et le bois de Yincennes. Pour lesquels tai envoyé du dit roi d'Angleterre son ttén, le duc de Clarence, lequel fut constitué capitaine de Paris. Et avec ce, mit es forteresses dessus dites garnison d'Anglois, en déboutant hors tous les François qui par avant les avoient eu en garde. Et fût aussi ôté de la dite capitainerie de Paris le comte de Saint-Pol , qui tantôt , de par le roi de France, fut envoyé comme ambassadeur d'icelui roi es marches de Picardie, accompagné de mattre Pierre de Marigny et aucunsautres, pour recevoir les sermenlsdes trois étals et bonnes villes d'icelui pays, afin que la paix naguère faite entre les deux rois voulsissent du tout entretenir et observer, et que dorénavant obéissent libéralement au roi d'Angleterre , comme régent et héritier de France ; et que des dits serments les ambassadeurs prissent lettres scellées et signées des dessus dits trois étals et bonnes villes. Desquelles lettres et pouvoir d'iceux ambassadeurs & eux donné de par le roi la copie s'ensuit :

« Charles, par la grâce de Dieu, roide Fmnce,

UVRE PREMIER

à BM très cbera et aimé* eousios le comte de Saint-Pol, l'ëvècpie de Théroaenne et Jean de Luxemboui^, et à nos très cbers et bien aimés l'étèqoe d'Arras, le tidame d'Amiens , le seigneur de la YiefTille, les gouverneurs d'Arras et de Lille , maître Pierre de Marigny, noire avocat en parlement, et maître George d'Ostende, notre secrétaire, salut et dileclioo.

» Ck)mme naguère avons fait paix finale et perpétuelle pour le très grand bien et évident profit de nous et de la chose publique de notre royaimie, et par l'avis et mûre déUkération de notre très cbëre compagne la reine et de notre très cher et très aimé fils le duc Philippe de Bourgogne, des prélats et antres gens d'église, des nobles et communautés du dit royaume, entre notre très cher fils le roi Henri d'Angleterre, régent et héritier de France , pour nous et pour lui, et pour les royaumes de France et d'Angleterre ; et icelle paix , nous , notre dite compagne, notre fils de Bourgogne, les nobles, barons et communautés dessus dits avons jurée solenaellement : et en outre avons conclu et ordmué que tous les prélats, gens d'église, barons et les communautés de notre dit royaume, qui ne l'ont Jurée, la jureront semblablement. El pour tant , nous confiant de vos loyautés , grand' prudence et bonne diligence, et de chacun de vous , vous mandons et commandons , en commettant par ces présentes, que vous vous (ransporUei en toutes les cités, bonnes villes , forteresses et lieux notables des bailliages d'Amiens, Toumay, Lille, Douai , Arras et en la comté de Ponthieu , ressorts et endavements d'iceux pays et environ ; et là mandes ceux que des dits lieux bon vous semblera, et faites venir devant vous pour et en votre nom, c'est & savoir prélats, capitaines, doyens et autres nobles gens d'église, bourgeois et communautés , et en leur présence faites lire les lettres de la dite paix et publier solennellement, en eux faisant de par nous exprés et spécial commandement , sur peine d'être réputés rebelles et désobéissants à nous , qu'en votre présence ils jurent sur les saintes évangiles de Dieu tenir fermement et inviolablement garder la dite paix , selon la forme contenue sur ce, de laquelle la teneur s'ensuit :

» Premièrement, vous jurex qu'A très haut et très pidssant prinee Henri, roi d'Angleterre,

comme A gouverneur et régent du royaume de France et de la chose publique du dit royaume, vous (^irez loyaument et diligemment A ses commandements et mandements, en toutes choses conservant et gardant le régime et gouvernement de la chose publique , maintenant sujette A très haut et très puissan t prince Charles, roi de France, notre souverain seigneur.

» Item , et qu'incontinent après le décès de notre sire le roi Charles, en ensuivant le traité de paix par lui fait et confirmé, vous serez loyaux hommes liges et vrais sujets au dessus dit très haut et puissant prince Henri, roi d'Angleterre, et A ses hoirs, et le honorerez et recevrez sans opposition , contre dit ou difficulté aucune, comme votre derrain seigneur et vrai roi de France , et obéirez A lui comme tel ; et promettez que dès maintenant Jusqu'A jamais n'obéirez A nul autre comme roi de France, sinon A notre derrain et souverain seigneur le roi Charles.

» Item, que vous ne serez en aide, conseil ou accord pour quoi le dit roi d'Angleterre perde vie ou membre , ou soit pris de mal prise , ou souffre dommage ou dimiaution en sa personne, en son état ou biens quelconques ; mais si vous savez ou connoissez aucune semblable chose être pensée ou machinée contre lui , vous le détourberez et garderez tant que vous pourrez, et lui ferez savoir par messages ou lettres. Et généralement vous jurez que vous garderez et observerez sans fraude, déception ou mal engin tous les points des dessus dits articles contenus es lettres et appointement de la dite paix finale faite et jurée entre le roi Charles notre sire et le dessus dit roi Henri d'Angleterre : et n'irez en jugement A rencontre ou hors jugement, publiquement ou secrètement, par quelconque couleur que ce soit ou puisse advenir; mais par toutes voies et manières quelconques possibles, tant de fait comme de droit, résisterez A tous ceux qui viendront, attenteront ou s'efforceront venir ou attenter au contraire de articles dessus dits. Lesquels serments nous voulons et enjoignons à tous nos vassaux, de quelconque état, dignité ou autorité qu'ils soient, qu'ils jurent la dite paix , la tiennent et gardent sans l'enfreindre ; et A vous, et A vos commis et députés, baillent leurs lettres-patentes des dits serments qu'ils auront

CHRONIQUES D'ENGUERR\ND DE MONSTRELET

faits : lesquelles Qoa« voubiu par vous ftlro aip' portées v«rs nous.

H Et aussi voulons que vous baillez vos lettres de certification d'avoir reçu les dits serments à ceux qui ainsi les auront faits, si mer tier est , et u vous en êtes requis de ce faire , vous donnons pouvoir, autorité et mandement spécial à vous dessus dits, à neuf, & huit, à sept, à six, à cinq, à quatre, à trois de vous.

» Mandons et commandons à tous nos justiciers, officiers et sujets qu'à vous et vos dits commis et députés en cette partie obéissent et entendent diligemment, vous prêtant conseil , confort et aide , si métier est et si requis en sont. Et pource qu'il sera nécessité de bailler et pubijer c^ présentes en plusieurs lieux , nous voulons que pleine foi soit ajoutée au o»- ^imm d'icelles faites sous le scel royal, comme & l'original.

» Donné en notre siège devant Melun , le vingt-troisième jour de juillet l'an de grâce mil quatre cent et YÏngt» et de notre régne le quarante-cinquième.

» Ainsi signées, Mabc. »

Atout lequel mandement Philippe, comte de Saint-Pol , et les autres ambassadeurs et commissaires pour icelui mettre à exécution se partirent de Paris et allèrent par aucuns jours à Amiens , eschevaut les aguets des Dauphinois, Auquel Heu d'Amiens furent reçus bénir gnement; et après qu'ils eurent montré leur pouvoir aux gouverneurs et habitants d'icelle ville , prirent d'eux les serments. Et après allèrent de là à Abbeville, Saint-Riquier, Montreuil , Boulogne , Saint-Omer et autres lieux, OÙ ils furent partout obéis , et mirent & due exécution la charge qu'ils avoient.

CHAPITRB GCXXXIX.

Comment Pbilipp«, comte de Siint-Pol, ail* i Bruxellet, et fit prendre Ira gens de son frère le duc de Brabant; et aulcei dlranei besognes qui advinrenl en ce temps.

Durant le temps dessus dit, Philippe, comte de Saiotr-Pol, dessus nommé , fut bfttivemeot mandé par grand' partie des nobles et bonnes villes du pays de Brabant, et aussi par sa tante, comtesse de Haipaut, femme de son frère , le duc Jean de Brabant. Auquel mandement, toutes autres choses mises en arriére, il alla sans

délai. Et lui venu au dit pays, fut tantôt hit gouverneur de toute la duché de Brabant par le consentement des dessus dits, au Heu de son frère le duo, duquel bonnement plus sonCfrir ne pouvoient le gouvernement , parce qu'il se méfaisoit par diverses manières. Si se tint icelui comte atout son état en la viUe de Bruxelles , et commença k faire plusieurs nouvelles ordonnances qui grandement déplurent à ceux qui gouvemoient le due de Brabant , lequd pourlors étoit absent d'icelle ville de Bruxelles. Et pour tant iceux gouverneurs ramenèrest atout grand' puissance des gens d'armes eo la dessus dite ville de Bruxelles, laquelle, de première venue , ne lui fût pas ouverte jusqu'à tant qu'il eût promis à son Irére , le comte de Saint-Pol, qu'il tiendroit ses gens et tous les habitants de la ville paisU)les, et sur ce il entra. Nais quand il fut dedans , ceux qui le gouvernoient laissoient à grand' peine et ennui approcher de lui son frère dessus dit et les autres nobles et notables gens de la ville , dont ils ne furent pas bien contents ; et eafio se oondurent avec le dit comte de SaintrPol d'y pourvoir. Et de fait se mirent ensemble en très grand nombre , prirent et menèrent prisonniers tous les gouverneurs du dit duc de Brabant, entre lesquels étoit le principal le damoiseau de EUtinseberg. Desquels prisonniers grand' partie furent décapités , c'est à savoir messire Jean de Gaudeverk, Jean Sthocart, Edouard Le Due, Henri Le Duc, messire Henri Clavin, maître Guillaume Clavin, messire Jean'Glavin, messire Guillaume Pipempoix, messire Guillaume Moyeux , le damoisel Guillaume Asohe, Jean Du Vert , messire Evrard Serolaux, Jean Oavin , geûlier, et avecque eux plusieurs autres. Si fut mis le dit duc au gouvernement des nobles du pays de Brabant par l'accord el consentement de son frère le comte de Saint-Pol , et aussi des trois états de son dit pays. Et après furent eux deux ensemble assez unis el en bonne amour.

Esquels jours , les Dauphinois qui se tonoient à Guise en Tbiérascbe et «n la marche environ s'assemblèrent environ cinq cents combattants, atout lesquels allèrent soudainement en la ville de Beau-Hevoir, appartenant à messire Jean de Luxembourg, et oU il faisoit sa demeure, et aussi en autres villages à l'en-

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