‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 365 sur 761 · CHAPITRE CCXLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXLV

Comment il s'émot grand diacord enlre la duc de Bratant et la ducbeise sa femme, laquelle se déparlit de lui et s'en alla par Calais en Angleterre.

En ces mêmes temps fut moult grand discord entre le duc Jean de Brabant d'une part , et la duchesse Jacqueline, sa femme, d'autre ; et tant qu'icelle duchesse se départit de l'hôtel de son dit mari, pour ce principalement, comme il fut commune renommée, qu'elle le véoit de petit gouvernement, et aussi qu'il se laissoit dominer et conduire par gens de trop petit état selon sa puissance et seigneurie. Pour lequel discord apaiser et remettre ensemble, s'en entremit et travailla par plusieurs fois le duc Philippe de Bourgogne , aifquel les deux dessus dits étoient germains. Et pareillement y travailla par moult de fois la comtesse de Hainaut, mère de la dite duchesse ; mais finalement oncques ne purent tant faire ni travailler vers elle qu'elle y voulslt retourner ; ainçois se conclut et délibéra du tout en elle-même qu'elle trouveroit les manières que la départie seroit faite d'elle et de son mari, et qu'elle en pût avoir un autre qui gouvernât sa personne et sa seigneurie ainsi qu'il apparlenoit à elle. Et pour lors étoit en fleur de son flge , belle et bien formée, ornée de bon entendement autant que nulle autre dame pouvoit être ; et si véoit son temps passer et sa jeunesse en grand' déplaisance, sans recouvrer. Et sur ce propos retourna en son hôtel, et avec la dite comtesse de Hainaut, sa mère, qui en partie l'avoit mariée au dit duc de Brabant contre sa volonté. Auquel hôtel elle fut certaine espace, et après vinrent ensemble en la ville de Valenciennes. Auquel lieu icelle duchesse prit congé à sa mère dessus dite d'aller jouer en sa ville deBohain ; mais quand elle y fut , se partit le lendemain assez matin, et trouva sur les champs le seigneur d'Escaillon, natif de Hainaut, Anglois en cœur de toute ancienneté, avec lequel avoit eu grand-conseil par avant au dit lieu de Valenciennes ; et lui avoit promis d'aller avec elle en Angleterre devers le roi Henri , afin que de lui elle eût aide pour faire la départie dessus dite, c'est à savoir de son mari et d'elle. Et pour tant, après qu'elle eut trouvé le dit seigneur d'Escaillon, comme dit est, qui avoit environ soi-

CHRONIQUES D'ENGLERRAND DE MONSÏRELET.

xanle combalUnts avec lui, se mit en chemin en sa compagnie pour aller droit vers Calais ; et chevauchèrent celle première journée jusqu'à Houdain, assez près de Saiot-Pol ; et puis tira jusqu'à Calais , où elle fut par aucune espace ; et puis passa en Angleterre, et alla devers le roi , lequel sans faille la reçut et traita honorablement ; et avec ce lui promit de l'aider en toutes ses affaires généralement.

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