‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 374 sur 761 · CHAPITRE CCLin · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLin

Comment lo roi d'Angleterre se tira de CaUU pir Abbeville â Beau vais, et depuis i Hantes, od alla devers lui le duc de Bourgogne.

Après que le dessus dit roi d'Angleterre eut par aucuns jours ordonné ses besognes à Calais, il se partit assez en h&te , pource que derechef les Parisiens et son oncie d'Excestre le hâloienl , afin de secourir la dite ville de Chartres. Et prit son chemin vers la mer , et alla à Montreuil loger en l'hôtel de la Couronne; et ses gens, en la plus grand' partie, se logèrent sur le plat pays, autour de la dite ville, en laquelle éloit venu, un Jour devant, Philippe, duc de Bourgogne, pour être à rencontre du roi. Et pour tant qu'il éloit occupé de maladie et fièvres, ne monta-t-il pas & cheval pour aller à rencontre d'icelui roi, mais y envoya messire Jeao de Luxembourg et sa chevalerie, pour lui humblement excuser de non y être allé. Et après la venue du roi, séjournèrent trois jours en icelle ville, pour parler ensemble et avoir conseil sur leurs affaires. Et eux de là partant ensemble, c'est & savoir le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne, allèrent loger au Yast, en Ponthieu ; et au passer parmi Montenay , fit le roi anglois ardoir la tour , maison el moulin de messire Jacques de Harcourt. Et pource que le dit roi vouloit passer l'eau de Somme par la ville d'Abbevile, se partit le dit duc de Bourgogne, et alla au dit lieu d'Abbeville traiter et tant faire qu'icelui roi y pût passer : laquelle chose lui fut octroyée assez enuis, mais le dit duc leur promit que tous les dépens seroient payés plénièrement.

Et entre - temps le roi s'occupa à chasser avecque ses princes en la forêt de Crespy ; et le jour ensuivant alla loger à Saint- Biquier, emprès laquelle ville étoit une forte forteresse nommée La Ferté, où il y avoit environ soixante combattants des gens de messire Jacques de Harcourt , de laquelle en éloit capitaine le bâtard de Bellay, qui par sommation & lui faite suffisamment , rendit la dite forteresse. El y fut mis de par le roi et le duc de Bourgogne un gentilhomme du pays nommé Nicaise de Boufllers, lequel la rendit bref après ensuivant en la main des Dauphinois , comme

dessus. Et outre, du dit lieu de Saint-Riquler chevaucha le roi anglois à Abbeville ; et là fut reçu honorablement par le pourchas et diligence du dit duc de Bourgogne, et lui furent faits en icelle ville de moult beaux présents. Et avecque ce, passèrent paisiblement toutes ses gens avec ses chars , charrettes et autres bagues ; et le lendemain , après que tous les dépens furent payés, se mit le dit roi au chemin avecque tout son ost , et congédia le duc de , Bourgogne , par condition qu'il lui promit de retourner vers lui assez bref atout son armée. Et chevaucha par Beaavais , Gisors , et de là au bois de Yincennes , où étoient le roi de France et la reine sa femme, lesquels il salua honorablement ; et pareillement fut d'eux reçu à grand' joie. Et là vinrent devers lui son oncle le duc d'Excestre et plusieurs antres des gouverneurs et conseillers du roi de France , avecque lesquels furent tenus plusieurs grands conseils sur les affaires du royaume.

Entre lesquels fut ordonné que les floreltes, c'est à savoir la monnoie du roi qui avoit cours pour seize deniers, seroient mises et rabaissées à trois deniers. Si fut tantôt ce publié par tout le royaume, es bailliages et sénéchaussées. Pour lequel rabaissement le commun de Paris et d'autres lieux commencèrent fort à murmurer contre les dits gouverneurs du royaume, mais autre ne le purent avoir. Et encwe , qui leur tourna à plus grand déplaisir et dommage, furent bref ensuivant remises de quatre à deux; et après j icelui roi d'Angleterre assembla grand' puissance de gens d'armes au pays de France , atout lesquels et ceux qu'il avoit amenés d'Angleterre se tira à Mantes pour aller combattre le dauphin , qui jà avoit été trois semaines devant Chartres. Et manda le duc de Bourgogne qu'il allât devers lui atout ce qu'il pourroit finer de gens d'armes pour être à la journée. Lequel duc se prépara hâtivement d'y aller, et se tira atout bien trois mille combattants en la ville d'Amiens et au pays à l'environ ret de là par Beauvais à Gisors se tira vers la dite ville de Mantes. Si laissa ses gens en un gros village, et alla à privée mesgnie au dit lieu de Mantes devers le dit roi d'Angleterre, qui de sa venue el bonne diligence tat très content; mais entre4emps le dessus dit dauphin et ceux qui étoient avec lui,

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