‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 379 sur 761 · chapitre; ccLYi · texte numérisé non relu

chapitre; ccLYi

ComBent le due Philippe de Bourgogne *IU derml SelntlUqmier, M depaltt^ pirtUpoar aller conibttlre les Diopbiaoii ^i T«aai«M i l*mwoDV« de lui.

Après les besognes dessus dites,' et que le Pont-de^Remy fut conquis et du tout désolé, comme dit est dessus, se partit de IK le duc de Bourgogne, et alla loger dedans AbbeviUe ] et partie de ses gens se logèrent es faubourgs et autres lieux. Et de là en la fin de Juillet , alla devant Saint-Riquier, et se logea dedans le cbâtel de La Ferté, lequel par avant, avecque le cbfltel de Drugy et les faubourgs, et autres lieux, «voit été mis en feu, comme dit est dessus. Si se logèrent ses gens es autres lieux : et fut messire Jean de Luxembourg logé à la porte Saint-Jean, au lez vers Auxy ; et le seigneur de Croy aucuns Jour» ensuivant se logea auprès de la porte Saint-Nicolas vers Abbeville. Et i la porte du Héron, haut vers Le Crotoy, n'y eut point de logis; pour quoi ceux de dedans pour voient saillir chacun jour, durant le siège , assez à leur plaisir par là, tant de cheval comme de pied. Et entre-temps, ceux des bonnes villes dont dessus est faite mention vinrent en grand nombre i l'aide du dit duo ; et après que les logis furent pris, comme dit est, les assiégeants commencèrent très fort à faire leurs approches pour grever leurs adversaires. Si pouvoit avoir le dessus dit duc de Bourgogne en sa compagnie , tant hommes d'armes comme archers et arbalétriers, à compter ceux des bonnes villes, de cinq à six mille combattants. Et d'autre partie, les dits Dauphinois, sous la conduite du

seigneur d'ORèmonl, Pothop de 8ainlei>Treill«, Yerduisant, M eogues et autrw capitaines, peot voient être dedans icelle ville de douxe k qwh torze cents hommes-, car avec eeun qu'ils «voient amenés , messire Ja«quw de Harcourt leur avoit baillé de ses meilleurs gens. 8i «e m*^ rent de tout leur o«pur et puiHaqee h détbndN* et résistèrent é leur pouvoir «ux entreprises d9 leurs adversaires. Et au regard de parier dey saillies qui furent (laites par les dits Dauphinois durant le siège, i, les raconter ebacuqe h part soi il seroit trop loog et Qwmysble. Mais A vrai dire, Us en Qreat plusieurs «ù ils gigpè» rent plus qu'ils pe perdirrat. Et entre les an*' très qui flirent pris à icelles de la partie du due de Bourgogne, faut nommer aucuns d^ iM'ia* cipaux , c'est à savoir messire Edmond 4e Rom» ber, Henri l'AUemant, Jean de GoureeUes, Jaii de Crèvecœur, un nommé d'Avelet et aueuQi autres nobles hommes.

El entre-temps, les engins que afoit fait dresser le duc de Bourgovie contre ses ennemis rompirent et effondrèrent en i^uiieurs lieux les portes et murailles avec niaisons d'icelle ville. Et à l'opposite, les dits assiégé» jetoient leurs engins parmi l'est da dit duc ; pour quoi, tant d'un oAlé comme d'autre, y eut plusieurs hommes occis et pavrés durant Ift dit siège. Et aussi messire Jacques de Harconrt envoyoit souvent aucuns de ses gens dadans la ville, devers le seigneur d'OffismoM, pour lui et ses gens enhorter qu'ils 89 tinssent bien, et que bref ils anroient secours pour lever le dit siège ; car il af oit envoyé ses messages en plusieurs et divers lieux, tant en Champagne, Brie, Yalois, comme à Compiégna elautros lieux , é ceux qui tenoient la parti» du daiir phin, afin qu'ils s'assemblassent au plus grand nombre que faire pourroient pour venir vers lui à combattre le duc de Bourgogne. A la requête et mandement duquel s'assAu^lèreRt les dessus dits Dauphinois m très grand nofi»> bre vers Compiègne, pour eux mettre au chemin. Et durant ce temps, le dessus dit duc de Bourgogne, avec ses capitaines, continuant son siège à grands labeurs devant la dite ville de Saint-Riquier, ouït certaines nouvdles que ses adversaires étoient assemUés et- venaient pour eux joindre et «siembler avec messire Jacques de Hareourt et ee«x de Snnt-Riqiiier,

CHRONIQUES D'ENGUËRRAND DE MONSTRELET

sur intentioii de le venir combattre à son siège ; lesquelles nouyelles ouïes assembla son conseil hAtiyement pour avoir avis et délibération sur ce qu'il avoit & faire.

En la fin duquel fut conclu pour le mieux que le dit duc lèveroit son siège pour aller audevant des dits Dauphinois les combattre, ainçois qu'ils vinssent avec le dit messire Jacques de Harcoart et les autres.

Et ce fait, le vingt-neuvième jour du mois d'août et aussi du dit siège, le dit duc fit partir de son ost , environ à jour failli , Philippe de Saveuse et le seigneur de Crèvecœur, atout six vingts combattants, pour aller à Abbeville passer la rivière de Somme, et de là en Yimeu enquerre diligemment l'état et venue des dessus dits Dauphinois ; et leur pria et commanda bien instamment qu'ils fissent bon devoir de lui faire savoir des nouvelles véritables d'iceux, disant outre qu'atout son ost les suivroit sans délai. Lesquels de Saveuse et de Crèvecœur, en accomplissant la charge qu'ils a voient, chevauchèrent par nuit jusqu'à Abbeville , et repurent leurs chevaux certaine espace; et après, partant de là, allèrent au dit pays de Yimeu. Et entre-temps, le duc de Bourgogne, le plus secrètement qu'il put, fit descendre, cueillir et trousser toutes les tentes de son siège , ensemble avecque autres bagues , et atteler chars et charrettes, et puis tirer, après qu'il eut fait bouter le feu par tous les logis , droit A Abbeville. Et lui venu là , qui voulut boire ou manger faire le put , tout à cheval , car il ne voulut pas souffrir que ses gens se logeassent , pour tant que de heure à autre attendoit nouvelles de ses gens, qu'il avoit envoyés outre. Lesquels chevauchant vers Yimeu , en tirant & Oisemont, entre le point du jour et soleil levé, virent et aperçurent iceux Dauphinois , qui , en belle ordonnance , s'en alloient moult roidement, en tirant vers le passage de la Blanche-Tache. Si en fUrent pris aucuns qui chevauchoient à l'espace par les gens du dessus dit Philippe de Saveuse et du seigneur de Crèvecœur ; par quoi la vérité de leur intention fut dwtout avérée et découverte. Et sur ce, par iceux Ait tantôt et incontinent envoyé devers le dit duc de Bourgogne, comme dit est, qui étoit A Abbeville, pour le hâter, afin qu'il pût trouver ses ennemis avant qu'ils

fussent passée la rivière. Lequel duc, oyant les dites nouvelles, fut moult joyeux et fit diligemment tirer ses gens aux champs ; et chevauchèrent après iceux Dauphinois très vigoureusement; et laissa tous ses arbalétiers et ceux des bonnes villes au dit lieu d'Abbeville. Lesquels Dauphinois avoient déjà aperçu les gens du duc de Bourgogne, qui encore les chevauchoient et ponrsuivoient. Et pour ce , le plus tôt qu'ils purent, tirèrent au passage de la Blanche-Tache pour passer et aller avecque messire Jacques de Harcourt, qui étoit atout ses gens A l'autre côté de la dite rivière , vers Saint-Riquier. Durant lequel temps les gens du dit duc renvoyèrent derechef plusieurs messagers devers lui pour le faire hâter.

Lequel duc, qui étoit moult désirant d'assembler comme avec iceux, chevaucha son art atout moult , fort tant chevaux les pouvoient porter, pour les atteindre, et commençoient iceux Dauphinois A passer la rivière ; mais quand ils virent venir après eux le dit duc et sa bataille ordonnément, ils murent leurs propos et retournèrent aux pleins champs pour venir contre lui, chevauchant en bonne ordonnance et montrant semblant de venir combattre le dit duc et sa puissance, jA soit ce qu'ils fussent en petit nombre au regard de lui. Et s'étoilPothon de Sainte-Treille boulé avec eux , lui douzième , qui toute nuit étoit venu du dit lieu de Saint-Riquier pour être A cette besogne. Et lors les dites deux parties chevauchant comme dit est, l'une contre l'autre, commencèrent à voir pleinement chacun d'eux la puissance de son adverse partie ; et ndonc , pource que les gqns du dit duc chevauchoient en train, furent envoyés plusieurs hérauts et poursuivants pour le faire bAter ; et ainsi chevauchèrent les deux parties assez bonne espace, toujours approchant les uns contre les autres ; et messire Jacques de Harcourt, qui étoit A l'autre côté de la rivière atout ses gens, comme dit est dessus, voyant icelles deux parties ainsi chevaucher l'une contre l'autre, ne s'efforça pas de passer pour aider A ses gens, que lui-même avoit mandés, mais s'en retourna au Crotoy, dont il s'étoit parti le malin.

IHîl]

UVR£ PREMIER.

Page 1