‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 380 sur 761 · CHAPITRE CCLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLVII

Comment Isa deux parties, c'Mt i WTOir le due de Boargogne et la DauphinoU, l'anemblèrent en bauilie le dernier Jour d'août, et ce qa'il en advint.

Or est vérité qu'en ce samedi dernier jour d'août, environ onze heures du matin, les deux batailles dessus dites, chevauchant l'une contre l'autre moult fièrement, s'arrêtèrent un petit, comme à trois traits d'arc l'un de l'autre; et adonc f\irent faits moidt en h&te de chacune partie nouveaux chevaliers. Entre lesquels le fut fait le dit duc par la main de messire Jean de Luxembourg. Lequel duc, après ce, fit chevaucher Philippe de Saveuse ; et y furent faits de son côté Collart de Commines , Jean d'Estenhuse, Jean de Roubaix, Ândrieux Yillain et Jean Yillain, Philebert Andrenet, Daviod de Poix, Guérard d'Athies, le seigneur de Moyencourt, Le Maître de Renty, Colinet de Brimeu, Jacques Pot, Louis de Saint-Sauf- Lieu, Guillem de Halewyn, Derre de Coroy et aucuns autres ; et de la partie des Dauphinois le furent faits pareillement Gilles de Gamache, Regnault de Fontaines, Colinet de Yillequier, le marquis de Sère , Jean Rogan , Jean d'Espaigny, Corbeau de Rieu et Sarrasin de Beaufort. En après, fut envoyé, de la partie du duc de Bourgogne, l'étendard Philippe de Saveuse, avec six vingts combattants, que conduisoient messire Mauroy de Saint-Léger et le bâtard de Roussy, loin à pleins champs , sur le côté, pour férir les dits Dauphinois au travers. Et lors les deux parties, qui étoient désirants d'assembler l'une contre l'autre, s'approchèrent très fort ; et par spécial les Dauphinois , en grand bruit et roideur, se férirent, tant que chevaux les pouvoient porter, à plein cours dedans la bataille du duc de Bourgogne , de laquelle ils furent très bien reçus. Et y eut à cette première assemblée grands froissis de lances, et hommes d'armes et chevaux portés par terre moult terriblement d'un côté et d'autre.

Et adonc de toutes parts commencèrent à férir l'on sur l'autre, et moult crueusement tuer, abattre et navrer; mais durant celte première assemblée, départirent de l'ost du dit duc les deux parts de ses gens, et moult en hAte se prirent à fuir vers Abbeviile, où ils ne

furent pas reçus ; et pour tant allèrent de là à Péquigny. Si étoit avec eux la bannière du duc, laquelle, pour la grand' hfttivelé, n'avoit pas été baillée en autre main que du varletqui l'avoit accoutumé de porter, lequel, en fuyant avec les autres, la {eta & terre, mais elle fut relevée par un gentilhomme nommé Jean de Rosimbos, et & icelle se rallièrent et rassemblèrent plusieurs nobles hommes des dessus dits, desquels grand' partie par avant ce jour étoient renommés d'être vaillants en armes. Toutefois ils laissèrent le dit duc de Bourgogne, leur seigneur, et leurs autres gens en ce danger ; pour quoi ils furent depuis grandement diffamés. Mais les aucuns se voulurent excuser pour la dessus dite bannière, disant qu'ils pensoient que avec icelle fût le dit duc.

Et aussi derechef leur fut certifié par le roi d'armes de Flandre qu'icelui duc étoit mort ou pris, et qu'il le savoit véritablement : pour quoi en poursuivant de mal en pis furent plus efBrayés que devant, et sans retourner s'en allèrent, comme dit est, passer l'eau de Sonmie à Péquigny, et de là en leurs propres lieux. Et entre-temps, une partie des Dauphinois qui les virent partir de l'ost du duc de Boui^ogne commencèrent à courre après , c'est à savoir Jean Raulet et Pierron de Luppel , atout environ six vingts combattants, et en prirent et tuèrent aucuns. Et entendoient à avoir gagné la journée et que tout fût déconfit, mais leur pensée ne fut [tas véritable, car le dit duc et environ cinq cents combattants, qui étoient demeurés avec lui des jdus nobles et experts en armes, se combattirent moult àprement et vait> lamment contre les dits Dauphinois, et tant firent qu'en conclusion ils obtinrent la victoire et demeurèrent maîtres en la place. Et comme il fut relaté de toutes les deux parties, le dit duc, de sa personne, se gouverna moult pradentement et fut en grand péril d'avoir occupation, parce qu'il assembla des premiers, et fut enferré de deux lances de première venue, dont lui perça sa selle de guerre tout outre l'arçon de devant, et lui échoppa de côté son harnois, et avec ce fut pris à brasd'un puissant homme d^'armes, qui le cuida ruer jus ; mais il étoit monté sur un bon cheval coursier, qui à force le passa outre. Si soutint, et aussi donna plusieurs coups à ses ennemis, et prit de sa

CHRONIQUES D'ENGUfiRRAKD DE MOINSTRELET.

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main inax hommel d'aruiec, et chana les dite Dauphinois trës longuement vers la riYière. Et au plus près de luii étoient le seigneur de Longtteral, Guy d'Erly et autres en petit nombre qui bien l'accoibpegnèrenl. Si tM grand espace qtie ses gens ne saToient oà il étoit. Et «près, Jeaft Raulet et Pierron de Luppel> re» tournant de la chasse d»sus dite, tinrent au lieu oA s'étoit Ikile la bataille, et entendoient ft trouver leurs compagnons victorieux , mais quand ils aperçurent le contraire, ils se mirent A fuir, et avec eux le seigneur de Mouy, vers Saint^-Yalery, et les autres prirent le chemin vers Âraines. Et adoao le due de Bourgogne, qui étoit retourné sur le ohamp) Ût rasseoMer ses gens et lever aucuns de son côté qui là avoient été mis à mort , par spécial le seigneur delaYiefville.

Et ]i toit oe que 1m nobles et grands sei' gneurs qui étoient demeurés avec le dit duc se portassent celui Joar très vaillamment, entre les autres fliut parler de Jean Yillain, qui ce jour avoit été Tait chevalier, lequel étoit du pays de Flandre, bien noble homme, de haute «tature et très puissant de corps, monté sur un boa cheval , tenant une (brte hache A deux tnains, «tout laquelle A assembler se bouta en la plus grand' presse de ses adversaires , et hvdit abandonné sa bride t si leur départoit de «i grands coups que ceux qui en étoient atteints tioieut portés Jus sahs recouvrer. Et en oet état le rencontra Pothon de Saintfr>Treille. Lequel, comme depuis il relata, voyant ces nerveiU«i que fkùsoit le dessus dit, se tira ar> dère le plus tôt qu'il put pour doute de sa hache 4easiM dite. En outre) «près que le dit duc eut, comme dit al, fait rasaÏBmbler et ramasser ses gens, et que premier les morts nirent dévêtus, t'en retourne à Abbeville, I& où il Ait Joyeuse^ ment reçu atout grand' partie des Dauphinois qui avaient été pris à cette besogne, c'est A bavoir le teîgneur de Goofians, Louis d'Offe^ iBoat, messire Gharies de Gatnache, et son flrère Louis^ messire Louis de nùembronne, Pothon de Saiote^Treille, le marquis de Sère bt won (Tère Philippe deSainV^uf-Lieu, Bies> lire Rigaul de fX>ntaiBes, Sauvage de La Ri'- ¥ière, Jean de Proisy, gouverneur de Guise-, meesire Raoul de Oaocourt, messir» Jean de Rogoa, Seai«rd de Saint'MAriia, Jean de Je^

gny, le seigneur de Mootmor, Jean de Gerselle, Le Bourg de La Hire, Yvon du Puy, Jean de Sourmain, Hervé Dourdas, et aucuns autres, jusqu'au nombre de cent à six vingts. Et si furent morts sur la place, tant d'une partie oomme d'autre, de quatre A cinq cents ou environ, dont on estimoit avoir de la partie de Bourgogne tant seulement de vingt A trente hommes ; desquels (Virent principaux le des» sus dit seigneur de YiefviUe et Jean, seigneur de Mailly. Et de la partie du dauphin furent morts de gens de nom i messire Pierre d'Argensy, baron dlvry $ messire Ourles de SaintrSauf-Ueu, Galhaut d'Arsy, Thibaut de Gériécourt, messire Corbeau de Rieux , messire Sarrasin de Beaufort, Robinet de Yersailles, Guillaume du Pont, le bAtard de Moy, et plusieurs autres gentilshommes jusqu'au DondHe dessus dit. Et pareillement (\irent emmenés prisonniers des gens du dit duc messire Collard de Gommines, messire Guillem de Ha)lewy, le seigneur de Sailly en Harenaise, L«mon de Launay et aucuns autres. A laquelle besogne messire Jean de Luxembourg, par trop Aprement assembler, fut pris prisonnier d'un homme d'armes qui se nommoit LeMoure, et emmené grand espace. Mais depuis, par aucuns des gens du duc de Bourgogne, et aussi des siensj fut rescous. Néanmoins il fut navré moult vaillamment sur le visage de travers le nez. Et en cas pareil fut pris prisonnier et navré le seigneur de Humbercourt, 6t depuis rescous, comme le dit de Luxembourg.

En après le dessus dit duc de Bourgogne venu A Abbeville, comme dit est, alla à l'égjise Notre-Dame foire son oraison M regracier son créateur de sa bonne (brtune ; et de lA s'en aQa loger à l'hôtel de la Couronne, et ses gens se logèrent par la ville, où ils purent le mieux, desquels les plusieurs avoient été navres i la dite journée. El adonc sut le dit duc comment la plus grand' partie de son ost l'aroit laissé et s'en étdent fuis A Péquigny, dont il tat très grandement émerveillé et d'eux très mal 000* tent, non pas sans cause; et tant que depuis ce jour ne voulut recevoir en son hôlel aucuns de ses serviteurs qui avoient été des (Uyànts dessus dits, mais les congia tous. Tootefois peu y en eut de gens de nom de too hôtel qui le laissassent. Et après qu'il eut a^our-

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