‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 41 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ques CHes, «t gènèralemenl tout TOtre donaine, pour la grande diminution , se périt 6t y» à néant. Le quart point est de l'église , des nobles et du peuple.

» Premièrement, quant à parler à la réale yérite de ceux de l'égliae , ils sont moult opprimés et très grands dommages et torts ils souffrent , tant de juges comme d'hommes d'armes , et plusieurs autres qui leurs biens et leurs TiTres prennent et ravissent, et leurs maisons et leurs biens rançonnent t et pour cette cause , ft peine ontrils de quoi vitre ni faire le service divin. Les nobles souventes rois sont mandés dessous l'ombre de votre guerre, dont nul denier ils ne reçoivent; et pour acheter chevaux , armures et oe qu'à guerre appartient, souvent advient qu'ils vendent leurs, choses.

■ Tant qu'est de votre peuple , il est tout clair, que tous ou à peu prés tendent à perdition pour les dommages qu'ils reçoivent de vos baillis , prévôts et spécialement des fer- BNers ou autres officiers , et avec ce les gens de guerre, lesquels sans cause trop longuement ont été tenus et encore sont ; pourquoi on doit douter que Dieu eacontre vous ne se courrouce si autrement par vous n'y est pourvu. El c'est tout notoire comment vos eooenus , du temps de Philippe et Jean , tous deux rois de France , vos nobles prédécesseurs, se maintinrent, et les grands dommages quils firent en votre royaume ; et comment à Richard , roi d'Angleterre à vous allié , premièrement son royaume tolhirent, et sa femme votre fille à rencontre de sa volonté, et la vôtre pareiUemenl longuement ils détinrent ; et pour l'amour d'^le, tant nobles comme mar* ebaods, ils tuèrent et noyèrent dedans la mer ; les trêves ils rompirent , et votre royaume en moult dé lieux par feux et pilleries ils ont gftté ; c'est & savoir en Picardie , en Flandre , en Normandie, en Bretagne, en Aquitaine, où doMuages irrèparaMes ils ont f»H.

> Néanmoins , très noble sire , la guerre que TOUS avez entreprise contre vos ennemis ae diaoDS point que la laissiez ; car s'il étoit dasi, très grand' honte pourroit être imputée eo votre grand-conseil, pour toi dissension laquelle est entre vos ennemis, et aussi semblablemeat la guerre qu'ils ont d'une part contre

les Gallois, et d'autre part contre les Écossois; et s'ils étoient pacifiés, plus grand dommage pourroieut faire en votre royaume que devant. En après il semble, et c'est vérité, que grand' diose avez & faire pour maintenir votre guerre, tant en votre domaine comme es aides qui vous sont faites. Derechef deux grandes tailles nouvellement sont taillées en votre royaume sur titre de la guerre ; nonobstant , rien n'en est dépendu pour vos dites guerres. Pourquoi, il est & douter qu'il n'en vienne très grands maux , considérée la murmuration du clergé , des nobles et du peuple ; car si tous ensemble semouvent, que Jà n'advienne! chose plus périlleuse seroit qu'oncques mais ne fut Jusqu'à l'heure présent. Et chacun de votre royaume, qui féablement à vous est sujet , doit avoir grand' douleur quand il voit en telle manière tant d'argent de votre royaume périr. Et pour ce, trèsnoble seigneur, que nous, comme devant est dit , à vous tant sommes obligés , et afin que n'encourions l'indignation de vous , de notre dame la reine , et d'autres de votre sang royal , et d'autres hommes féables de votre royaume, sans ce que nous quérons quelconques injurier ni autre gouvernement, mais tant seulement pour nous acquitter féablement envers vous , très humblement vous supplions que vous Veuilliez mettre remède aux conventions dessus dites , et appeler les non suspects en cette matière, et qu'ils n'aient point de doutance à vous dire vérité, et qu'ils vous donnent bon conseil, et en bref ce soit mis en exécution et effet. Et à ce faire nous offrons corps, richesses et amis , et & tous ceux qui véritablement se voudront acquitter ; car vraiment nous ne pourrions voir ni souffi-ir tels inconvénients être faits contre vous et votre majesté royale ; et n'est point notre intention de cesser ni taire cette pétition , jusqu'adonc que premier remède y sera mis. »

Ainsi flna la supplication du dit Jean de Bourgogne et de ses deux frères.

Un autre jour que le roi étoit en assez bonne prospérité de santé , les devant dits frères suppliants, avec le duc de Berri leur oncle , et autres princes, le chancelier de France , maître Regnault de €ort)ie , le premier président en parlement et grand nombre d'officiers royaux S'en allèrent en l'hôtel deSaint-Pol;

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

auquel lieu ils trouvèrent le roi qui de sa chambre étoit descendu en un jardin. Et après que très humblement l'eurent salué, lui firent les trois frères dessus dits hommage des seigneuries qu'ils tenoient de lui : c'est à savoir, le duc Jean, de sa duché de Bourgogne et de ses comtés de Flandre et d'Artois; Antoine, duc de Lembourg, de sa comté de Relhel ; et Philippe, le moins-né, do sa comté de Nevers. Si y avoit pour ce un très grand nombre de nobles hommes, chevaliers et écuyers, qui firent pareillement hommage au roi de plusieurs seigneuries qu'ils tenoient en divers pays de son royaume. Et après qu'iceux trois frères eurent requis au roi lettres, et icelles obtenues par les diligences qu'ils avoient faites , prirent congé de lui et s'en retournèrent en leurs hôtels. Et adonc en ces mêmes jours, vint à Paris et es villages à l'environ , au mandement du dit duc de Bourgogne et de ses deux frères , bien six mille combattants-, entre lesquels étoient pour les conduire Jean -sans- Pitié, évèque de Liège, et le comte de Clèves. Et fut faite cette assemblée pour résister à rencontre du duc Louis d'Orléans, si aucunement vouloit faire entreprise à rencontre d'eux ; car déjà étoient bien informés qu'il n'étoit point bien content de ce qu'on avoit ainsi fait jretourner le dit duc d'Aquitaine, son neveu, comme dessus est dit , et aussi de la proposition qu'avoient faite devant le roi les trois frères dessus, dits , et que de ce étoient fort en son indignation, et par spécial le duc de Bourgogne ; et sentnit icelle proposition dessus dite être faite plus à sa charge principalement que de tous les autres princes du royaume. Et pour ce que le dit duc d'Orléans ne savoit à quelle fin icelles besognes pourroient venir, ni comment on se voudroit gouverner envers lui , manda gens d'armes de toutes paris pour lui fortifier. Entre lesquels lui vint Harpedëne, a|out ses gens qui étoient es frontières du Boulenois. Et d'autre part y vinrent le duc de Lorraine et le comte d'Alengon, atout très grand nombre de gens qui se logèrent autour de Helun et au pays à l'environ, bien quatorze cents bassinets, avec grand' multitude de gens. Et par ainsi furent les pays d'entour de Paris et de la marche de rile-de-Francp et de Brie, moult tra-

vaillés et appressés par les gens d'armes des deux parties. Et portoieht les gens du duc d'Orléans , en leurs pennonceaux , au bout de leurs lances en écrit : Je l'emrie. Lequel duc manda tantôt à venir devers la reine et devers lui , au dit lieu de Melun , le roi Louis, lequel se disposoit à puissance de gens d'armes pour aller en son royaume de Naples. Si délaissa tantôt son entreprise, et alla devers la reine et le duc à Melun , avecque lesquels il eut aucun parlement , et puis se tira à Paris en intention de traiter entre les deux parties; et se logea en son hôtel d'Anjou, et puis assembla par plusieurs journées avec les ducs de Berri et de Bourbon , et avec le grandconseil du roi, pour traiter entre icelles deux parties d'Orléans et de Bourgogne.

Durant lequel temps, le dit duc d'Orléans écrivit à plusieurs bonnes villes du royaume ses lettres , en remontrant comment on avoit proposé et semé paroles diBamatoires, à Paris, à rencontre de lui et de son honneur, lesquelles on ne devoit pas croire ni tenir icelles pour véritables, sans premier l'avoir oui. Et pareillement en écrivit à l'université de Paris, et y envoya ses ambassadeurs, requérant que la matière qui étoit entre lui et le duc de Bourgogne fût par eux bien avisée et duputée , ainçois qu'ils donnassent le tort ou faveur à l'une des parties. Après lesquelles lettres reçues, la dite université renvoya devers ledit duc & Melun leurs messagers très notaUes, qui lui touchèrent sur trois points la cause pourquoi ils étoient venus devers lui. Premièrement le remercièrent de l'honneur qu'il avoit fait à eux d'envoyer ses ambassadeurs. Secondement, que très bien leur plairoit que la réformation du royaume fût faite. Tiercement, seroient très désirants et joyeux qu'ils fussent pacifiés lui et le duc de Bourgogne.

Lesquelles choses ouïes par le duc d'Orléans des dessus dits ambassadeurs, fit réponse de lui-même qu'ils n'avoient pas fait sagement de compagner ni assister le dit duc de Bourgogne es besognes dessusdites, lesquelles avoient été proférées en la plus grand' partie contre lui, attendu qu'ils ne pouvoient ignorer qu'il ne tùi fils et frère du roi, auquel avoit été baillé le régime du royaume , comme A ce-

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