‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 43 sur 761 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Comment le duc Jean de Bourgogne eut, de par le roi , le Kouverncraenl de Picardie; de l'anitussade d'Angleterre, et de l'état de Clignet de Brabant, chevalier.

Au commencement de cet an, le duc deBoiu-gogne, par l'octroi du roi, des ducs d'Orléans et de Berri et de tout le conseil royal, reçut le gouvernement des pays de Picardie. Si envoya de par lui sur les frontières de Boulenois messire Guillaume de Vienne, chevalier, seigneur de Saint^eerge, atout six cents bassinets, et moult de Genevois arbalétriers, lesquels furent mis en garnison sur les dites frontières, et y firent forte guerre aux Anglois , mais pourtant n« demeura point que le pays ne fût souvent couru et dégdté tant des dits Anglois comme de ceux des dites frontières. Auquel temps retournèrent à Paris devers le roi et son grand-conseil les ambassadeurs du roi d'Angleterre : c'est à savoir le comte de Pennebrocb, l'évoque de Saint-David et aucuns autres, qui firent requêtes bien acertes que trêves fussent baillées entre les deux rois et leurs pays, et que marchandise pût être faite et avoir son cours, et aussi que le roi de France voulstt donner et octroyer sa fille aînée, Isabelle, Jadis femme au roi Richard, au fils aîné du dit roi Henri d'Angleterre en mariage, sous telle condition qu'icelui roi d'Angleterre, prestement le dit mariage consommé, meltroil le dit royaume en la main de son fils et l'en revêtiroit <.

< On trouve dajii Rymer l'acte qui autorise Henri, évtque de Winchester, Thomas, seigneur de Camoys, Jean de Norbur j, écuyer, et Jean Cateryg, trésorier de Péglise de Lincoln , A se rendrt aupri* de Charles VI pour traiter de la paix. Un antre acte, daté du 92 mai de la méine année, autorise l'évèque de Winchester à négocier le mariage de Henri, prince de Galles, duc de Cornonailles et comte de Cheiler, filg aine d'Henri lY,

Lesquelles requêtes ouïes et entendues par le dit conseil royal, furent par aucuns Jours mises avant et débattues par diverses opinions; mais enfin, pour les fraudes que par avant on avoit vu en iceux Anglois, rien des dites besognes ne leur fut accordé ; et aussi le duc d*ON léans contendoit avoir icelle fille de France en alliance pour Ctnirles, son premier fils, comme depuis il eut.

Si s'en retournèrent les dits ^ambassadeurs en Angleterre, tout déplaisants de ce que rien n'avoient pu besogner, et tantôt après tat la guerre moult enfélonie entre les François et les Anglois; et mémement messire Clignet de Brabant, chevalier de l'hôtel du duc d'Orléans, qui nouvellement avoit reçu l'office d'amiral de France au lieu et du consentement de messire Régnaut de Trie * , qui s'en étoit démis moyennant une grand' somme d'argent qu'il en avoit reçue pour les pourchas et sollicitude du dit duc d'Orléans, s'en alla à Harfleur atout six cents hommes d'armes aux dépens du roi , auquel lieu il trouva douze gallées toutes prêtes pour entrer en mer et mener guerre aux dits Anglois , et avec ce pour prendre la possession de son dit office ; mais quand il dut entrer dedans, lui fut défendu de par le roi qu'il n'allât plus avant. Si s'en retourna & Paris, et brief ensuivant, par le moyen du dit duc d'Orléans, épousa la comtesse de Blois, donagière, jadis veuve de Guy, comte de Blois, laquelle éloit sœur au comte de Namur, auquel moult déplut du dit mariage; et pour tant qu'un sien frère, non légitime, avoit consenti de traiter icelui mariage, le fit depuis prendre par ses gens et décoler, et par ainsi fit son sang satisfaction à sa volonté.

Durant lequel temps le duc de Berri, qui étoit capitaine de Paris, traita tant avec le roi et son conseil que les Parisiens eurent congé d'eux garnir d'armureset d'autres habillements de guerre, pour eux garder et défendre si besoin étoit ; et, qui plus est, leur furent rendues

avec une des filles (cum aliquft de filiabus) du roi de France; mais il n'est nulle part fait mention que son père lui cédera le trOne d'Angleterre.

* Pierre de Brabant, dit Clignet, fut bit maréchal de France par la résignation de Regnaut de Trie et par lettres-patentes du l- avril t406. (f^oy. l'Histoire de ChasUllon, 1. 4, ch. 6, § 130.)

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