CHAPITRE XXVn
Coaunenl la guerre se r'émiit enlre le> ducs de Bar el de Lorraine, et d«i iaaria|es Blls i Gompiégne, et aussi des alUaocet d'entre Orléans et Bourgogne.
^ se t'émut en cet an grand' dissension entre le duc de Bar, d'une part, et le duc de Lorraine , de l'autre. Si fut la cause pource que le dit doc de Lorraine, atout grand' puissance de gens de guerre des pays et alliés, aUa assié* ger très puissamment an chfttel qui étoit an dit due de Bar, et en partie au dit royaume de France; et pource que par avant avoit, par le marqms du Pont, fils au dit duc de Bar, été mis en la nain du roi , nom^stant laqueHe mise dessus dite tal pris du duc de Lorraine; et pour ce que ce fut fkit en la déplaisance du roi, fût aise tantôt sus une grand' armée es parties de France. Laquelle de par le roi conduisoit messlre Qignet de Brabant, amiral, pour mener au dit pays de Lorraine, à rencontre du dit due ; mais enfin aucun traité se trouva entre icelles parties, par quoi la dessus dite armée se dérompil et fut mise à néant ; et lors en ces propret Jours vint la reine de France 6t aucuns de ses enllaols en la ville de Compiégne: c'est A savoir, Jean, duc de Touraine, et IsabeUe, Jadis reine d'Angleterre ; et aussi y vinrent lesdnes d'Orléans et de Bourgogne, la dudKsse de Hollande, ftemme au duc Guillaume, comte de Hainaul, et sa fille, nommée Jacqueline de Bavière, le comte Charles d'Angouième, Bis premier né du duc d'Orléans, et plusieurs autres grands seigneurs, desquels les dessus dits étoient accompagnés en moult noble appareil ; et si y étoit un légat du saint siège de Rome, avec lui plusieurs évêques , docteurs et gens d'église.
Auquel lieu furent faits et traités les mariages : premier, du duc de Touraine, second fib du roi, et de la dessus dite Jacqueline de Bavière, fille au ducGuillaïune, comte deHaiuaut; et aussi de Isabelle, reine d'Angleterre dessus dite, et de Charles d'Orléans ; laquelle Isabelle étoit cousine germaine d'icelui Charles, et si l'avoit levée et tenue sur les fonts ; mais ce nonobstant, par dispensalion apostolique fut le
dessusdit mariage paraccompli, et pareillement l'autre pardevant déclaré ; ësquels Jours furent faits au dit lieu de Compiègne grands fêtes et ébattements, tant en boires, mangers, comme en danses. Joutes et autres Joyeusetés. Et brefs Jours ensuivant icelles besognes accomplies, la dite duchesse de Hollande, avec II Son beau*rrére, Jean de Bavière, prit sa fille, et Jean, duc de Touraine son mari, et par le con" sentement de la reine, des ducs dessus nommés et de tout le conseil royal , l'emmena au pays de Hainaut, au Qnesnoy-Ie-Comte , où lors tenoil son hôtel le dit duc Guillaume, qui les reçut et les festoya très Joyeusement ; et d'autre partie, après que grandes confédérations furent faites entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne, et qu'ils eurent promis l'un & l'autre d'entretenir bonne fraternité et amour toute leur vie, se départit le dit duc d'Orléans et emmena la dessus dite Isabelle, fille du roi , avec son fils, à Chftteau-Thierri, lequel roi, & sa requête, lui avoit donné ; et la reine avec le conseil royal et tout son état s'en retourna & Paris devers le roi, qui nouvellement étoit levé de sa maladie ; et le dit duc de Bourgogne s'en retourna en son pays d'Artois et de Flandre avec les siens. Si fit venir des pays de Bourgogne environ six cents combattants, pour aller es frontières de Boulenois et mener guerre aux Anglois, lesquels dëgfttérent ibrt le pays d'entour Bèthune, pour ce que le comte de Namiir n'avoit pas voulu souffrir que ses sujets payassent au duc de Bourgogne une taille que le roi de nouvel lui avoit accordée à lever sur les pays d'Artois pour payer les soudoyers des dites frontières.
Lesquels sujets du dit duc de Namur, voyant que par le non-payer auroient plus grand dommage, l'accordèrent et la payèrent sans délai ; et pour ce se tirèrent iceux gens d'armes hors du dit pays.
Et adonc vinrent à Paris devers le roi et les seigneurs de son sang le comte de Northombellant et le seigneur de Perciaque , anglois : lesquels au dit roi et à son conseil prièrent piteusement qu'ils pussent avoir aide de gens d'armes pour mener guerre à Henri, roi d'Angleterre * ; en requérant lesquelles aides, pro-
■ Le comte de Northumberliuid et Percy ayolent «lors
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CHROMQLES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
metloient au roi et de ce lai bailler en ôlage aucuns de leurs amis pour le servir à toujours contre le dit roi d'Angleterre, loyaument et féablement ; mais & bref dire ils eurent réponse négative, et par ainsi s'en retournèrent sans avoir quelque aide du roi ni des François. Durant lequel temps il y eut guerre recommencée entre les ducs de Bar et de Lorraine , pourquoi y [fut envoyé messire de Clignet de Brabant, amiral de France, atout grand' armée, lesquels par Champagne allèrent en Lorraine, devant le Neu-Gbfltel, appartenant au dit duc de Lorraine : laquelle ville de Neu-Châlel se rendit tantôt en l'obéissance du roi, par le conseil et volonté de Ferry de Lorraine, comte de Yaudemont, frère au dit duc. Et avec ce envoya tantôt icelui duc de Lorraine ses ambassadeurs à Paris, devers le dit roi de France, pour l'excuser des besognes dessus di^ : lesquels enfin firent tant, qu'icelui roi fut content et remanda ses gens d'armes, lesquels en allant et en retournant firent grands dommages es pays où ils passèrent. Et alors le duc Jean de Bourgogne et ses deux frères, avec plusieurs notables seigneurs, se tira en sa ville d'Arras, où étoit la duchesse sa femme et ses filles ; auquel lieu vint brefs jours ensuivant le comte de Clèves, qui épousa sa fille, nommée Marie; et le lendemain, le comte de Pentbièvre en épousa une, laquelle étoit nommée Aubine. Auxquelles noces on fit dedans la dite ville d'Arras très grand' fête et solennité ; et au- .cuns Jours ensuivant , le duc de Lembourg et les deux comtes nouveaux mariés dessus dits, après qu'ils eurent en grand' liesse pris congé à icelui duc de Bourgogne et à la duchesse sa femme, se départirent de là et s'en retournèrent chacun en son pays. Et assez bref ^près , le duc Guillaume , comte de Hainaut, alla à Paris très honorablement accompagné de ses Hainuyers : auquel lieu il fut reçu à grand' liesse du roi, de la reine, et généralement de tous les princes là étant. Durant lequel temps fut prononcé et défendu en plein parlement et par toute la ville de Paris que nul, de quelque état qu'il fût, ecclésiastique ou séculier, ne payât quelque subside au pape Bénédict *
Ikil aHiiDce avec !«• Ècoisolt pour marcher contre Henri de Lancastre.
* BenoK XIII, Pierre de La Lune.
ni à ceux à lui favorables , et pareillement fut défendu par toutes les provinces du royaume de France. Si étoient alors plusieurs notables clercs en icelui royaume en grand' perplexité pourladivision^.