‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 438 sur 761 · CHAPITRE XXm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXm

Comment les ducs de Bedforl et de Bourgogne prirent peine à apaiser les ducs de Ghxsestre et de Brabant.

A rissoe du mois d'octobre, continrent ensemble, en la cité de Paris, les ducs de Bedfort et de Bourgogne, chacun atout son conseil, ainsi que promis l'avoient à la dernière convention par eux tenue à Amiens, pour traiter de la paix et dissidence qui éloit mue entre le duc Jean de Brabant et le duc de Glocestre. Et là, en la dite ville de Paris, pratiquèrent et débattirent la matière en grand' délibération et conseil, par plusieurs journées, selon les propositions, allégations et probalions d'une partie et d'autre, jàsoit ce qu'iceiles parties eussent procès en cour de Rome, devant le pape. Et enfin traitèrent tant les dits ducs de Bedfort et de Bourgogne que ils firent appointement selon leur avis et de leurs conseils entre icelles parties.

Lequel traité ils envoyèrent par leurs ambassadews devers les ducs de Brabant et de Glocestre ; et alla en cette ambassade devers le dit duc de Glocestre, à Calais, où il étoit lui et sa femme, messire Raoul Le BoutiUier et l'abbé Fouquans. Lesquels, là venus, montrèrent au dit duc les articles du dit appointement et de leur ambassade. Lesquels eurent du dit de Glocestre et de la dame réponse négative, disant ainsi que point ne tiendroient celte ordonnance, mais dirent qu'ils iroient en Hainaut à puissance prendre l'obéissance de leur pays. Et sur celte rèp<Htse se départirent les dits ambassadeurs ; et ceux qui furent envoyés devers le dit duc de Brabant eurent de lui réponse, avecque son conseil, que l'appointeraeot que avoient fait les ducs de Bimrgogne et de Bedfort, il avoit bien pour agréable et en étoit content. Lesquelles réponses des deux ducs dessus dits furent portées à Paris devers les ducs de Bedforl et de Bourgogne, qui de ce furent fort troublés, pource que le duc de Glocestre n'avoit voulu tenir le dit appointement qu'ils avoient fait. Et par spécial, le due de Bourgogne en fut très mal content, et tant ipi'il dit tout pleinement à son beau^rère le duc de Bedfort, puisqu'il véoit que son frère le doc de Glocestre ne vouloit condescendre à nvl traité de raison, qu'il aideroit de toute sa

puissance à son cousin le duc de Brabant à garder son honneur et sa seigneurie contre le dit duc de Glocestre. Par lesquelles tribula> lions le dit duc de Bedfort fut très courroucé en coeur contre son frère, doutant que par t^ les divisions et dissensions les alliaiM^s qu'ils avoient en France avecque le dit due de Bourgogne ne fussent du tout corrompues et aimichiUées.

Item, les dits ducs de Bedfort et de Bourgogne firent la fête de la Toussaint et le jour des âmes dedans Paris solennellement, chacun en son hôtel. Et lors, aucuns jours ensuivant, le dit duc de Bourgogne fit en son hôtel d'Artois, à ses propres dépens, les noces de messire Jean de La Trimouille , seigneur de Jonvelle, et de la damoiselle de Rochebaron, soeur au seigneur d'Amboise, qui pour ce temps se tenoit avecque la reine de France', femme au roi Charles^ défunt, en compagnie de la dame de La Ferlé. Auxquelles noces furent la dite reine, le dit duc de Bedfort , sa femme, la duchesse, sœur au duc de Bourgogne ; avecque eux le c(Mnte de Salsebery et la comtesse sa femme, le comte de Suffort, l'évAvèque de Tbérouenne, le seigneur d'Etablc , avecque très grand nombre de notaUes chevaliers, écuyers, dames et damoiselles, et autres gens de grand et noble état, qui très grandement furent festoyés et reçus par le dit duc de Bourgogne et les siens.

Et furent adone grands résolution» et éibattements, tant en boires comme en mangers riches et précieux , comme en danses , joutes et adtres ébattements. Et même joutèrent les ducs de Bedfort et de Bourgogne et aucuns .attires princes avecque grand nombre de leiirs chevaliers.

En après te dit duc retoona de Paris en so.u hôtel de Bourgogne ; et là prit en mariage ,' par dispensation apostolicpie, la veuve de son oncle, comte de Nevers, jadis mort à la bataille d'Azincourt. Laquelle dame étoit moult renoDunèe de vivre saintement, et avoit du dessus dit comte de Nevers deux enfants ; et si étoit soeur germaine au comte d'Eu, qui pour lors étoit prisonnier en Angleterre , et demisoeur à Charles de Bourbon , comte de Clermont. En ce même temps, rendit son esprit Jean de Bavière, jadis évèque de Liège, oncle

CHRONIQUES D'ENGUERRÀND DE MONSTRELET

au duc de Bourgogne et à la ducbesse Jacqueline de Bavière ; el pour tant qu'il n'y avoit nul enfant de la duchesse de Bourgogne , sa femme, il déclara en son derrain le dit duc de Bourgogne son hoir et successeur, et mit du tout en oubli la dessus dite Jacqueline de Ba- Yière, sa nièce.

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