CHAPITRE XUV
Comment l« duc de Boorgogne relourna au pays de Hollande, od il m assaillir la ville de Uermonlfort, eiaulrcs malières.
Après que le duc de Bourgogne eut, comme dit est, ordonné de ses besognes en Hainaut, il retourna, atout grand' puissance de gens d'armes, en Hollande, pour corriger aucuns qui autrefois lui avoient fait serment, lesquels faisoient rébellion au dit pays. Et en ce voyage, fit assaillir une ville fermée de fortes haies et fossés pleins d'eau, nommée Hermontfort. Lequel assaut dura assez longuement, et fut moult ftpre, cruel et terrible. Et mèmement le dit duc, de sa personne, passa l'eau des dits fossés, et alla combattre ses ennemis et adversaires très vaillamment. Et pour vrai, il se mit adonc en très grand péril et danger, car les défendants en grand' hardiesse s'abandonnoient sans eux épargner pour eux défendre et sauver leurs vies. Durant lequel assaut, fut mis à mort un très vaillant et puissant chevalier, c'est à
savoir le seigneur de Yozdanquin. Et avecque lui ëtoient aucuns autres experts hommes de guerre; et si y fut navré Le Bon, seigneur de Saveuse, tant qu'il le convint porter hors des fossés, comme en péril et danger de mort, et plusieurs autres. Et adonc le dit duc et ceux de son parti, voyant et considérant la perte et dommage de leurs gens, eurent conseil de faire sonner la retraite arrière, comme ils firent; et se logèrent assez près de la dite ville, où ils furent cette nuit assez pauvrement pourvus de ce que métier et besoin leur étoit. Et le lendemain, le dit duc prit autre marche. Et lors s'étoient alliés avec la duchesse Jacqueline ceux de la ville d'Utrecht; et aussi les ducs de Gueldres et de Clëves y ëtoient de la partie du dit duc, par quoi la guerre et tribulation croîssoit et multiplioit au dit pays de Jour en jour.
En ce temps, s'assemblèrent es marches de Picardie environ cinq cents combattants, tant hommes d'armes comme archers de plusieurs terres; lesquels, sous la conduite de messire Charles de Moyencourt, Matthieu de Bumières, Jean de Longueval et aucuns autres gentilshommes, furent menés par l'ordonnance et commandement du duc de Bourgogne, à la requête d'un chevalier nommé messire Philibert Andrinet, à l'aide et secours d'Ame, duc de Savoie, bel oncle d'icelui duc de Bourg<^De, qui avoil lors guerre etdissensionau duc de Milan. Lesquels cinq cents combattants dessus dits chevauchèrent par plusieurs journées, tant qu'ils vinrent au dit pays de Savoie, où ils forent joyeusement reçus du dit duc; et de là furent envoyés sur les marches en tirant vers Lombardie, où ils firent maux inestimables; et tant que par la renommée d'iceux et par la cremeur que les deux princes dessus dits eurent pour le pauvre peuple, ayant d'iceux compassion, se concordèrent et firent bonne paix; et la dite paix conclue, le duc Amè de Savoie donna congé & iceux Picards, en eux grandement remerciant de leur travail, et donnant à aucuns des plus notables draps de Damas et autres joyaux; et par ainsi les dessus dits Picards retournèrent en leurs propres lieux. La cause de la guerre si étoit pource que le duc de Milan avoit pris Novare et la cité de Yerceil sur le duc de Savoie, lesquelles lui furent rendues.