LIVRE SECOND
point de la dite guerre. Sur laquelle requête le dessus dit duc de Bedforl assembla par plusieurs fois son conseil pour sur ce avoir avis et délibération. Lequel conseil quant à ce ne put concorder; et fut la cause pource que plusieurs remontrèrent, au dit duc de Bedfort les grands frais et dépens que le roi Henri avoit soutenus à l'occasion du dit siège, et avecque ce avoit perdu do ses meilleurs hommes de guerre, disant en outre qu'elle ne pouToit longuement durer sans être siQ>juguée, et qu'ils étoient moult et en grand danger, et que c'ëtoit une des villes du royaume qui leur étoit plus proQtable à avoir, pour plusieurs raisons qu'ils y mettoient.
D'autre part, les autres n'éloient point contents que elle fût mise es mains du duc de Bourgogne; et disoient qu'il n'étoit point raison que le roi Henri et ses vassaux en eussent eu les peines et soutenu les mises, et icelui duc de Bourgogne en auroitles honneurs et les profits sans coup férir. Et mêmement fut dit d'un nommé maître Raoul Le Sage qu'il ne seroit jà en lieu où on le mftcbât au dit duc de Bourgogne, et il l'avaleroit. Et finablement, après que la dite besogne eut été de plusieurs débattue et examinée, il fut conclu que iceux Orléanois ne seroient pas reçus, s'ils ne trailoient et rendoient leur ville aux Anglois. Et pour tant les dessus dits ambassadeurs, celte présente réponse ouïe, dirent que de ce ils n'éloient point chargés; et savoient bien que les dits Orléanois souffriroient moult de griefs avant qu'ils se missent en l'obéissance et subjection des dits Anglois. Après lesquelles conclusions, les dessus dits ambassadeurs se déparpartirent et retournèrent dedans la dite cité et noble ville d'Orléans, auquel lieu ils rendirent la réponse de leur dite ambassade. Toutefois le duc de Bourgogne se tint assez content d'eux, touchant l'état de ses besognes dessus dites; et étoit bien content, au cas qu'il plût au roi Henri et à son conseil de prendre le gouverneinent de la dessus dite cité et ville d'Orléans, tant de pour l'amour de son beau cousin le dit duc d'Orléans comme pour eschever les aventures qui en pourroient advenir; mais alors iceux Anglois, en grande prospérité, n'a voient jpoinl considération que la roue de fortune eût en puissance de tourner contre eux. Et Jà soit
ce qu'en icelui voyage le dit duc dé Bourgogne nt à son beau-frère le duc de Bedfort plusieurs requêtes, tant pour lui comme pour ses gens , néanmoins lui en furent assez peu accordées. Et après qu'il eut séjourné en la noble et royale ville de Paris environ trois semaines, il s'en retourna en son pays do Flandre, où il fut moult oppressé de maladie; mais par la diligence de bons médecins il recouvra santé.