‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 555 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

et se embûcbèrent la plus grand' partie en un quart de lieu près. Et aucuns autres , jusqu'à quarante ou cinquante, furent mis plus près; et les deux dessus dits nommés , qui conduisoient la besogne , amenoient chars et charrettes de Tins et autres choses, et avec ce y a voit une quantité d'aloses. Si étoient pour conduire les chars, charrettes et autres, en guise de charretons , aucuns experts saquements , armés & la couverte , lesquels assez tôt après que la porte versBlois fut ouverte, vinrent atout leur charroi pour entrer dedans ; et alloient devant Jean Conseil et le Petit GuiUemin dessus dits. Auxquels les portiers, qui bien les connoissoient, demandèrent des nouvelles, et ils répondirent qu'ils ne savoient que bien , et alors les portiers leur dirent qu'ils fussent les bien venus.

Et adonc, pour les mieux abuser, l'un des deux dessus dits prit une paire des dites aloses, et les bailla à iceux portiers, en leur disant: « Yoilà pour voire dîner, prenez en gré : nous » vous faisons souvent des peines, beaucoup de » altarger A la porte pour nous attendre, et » autres pour ouvrir les barrières. »

Entre lesquelles paroles et abusemenis que iceux faisoient, les dessus dits charretons toutefois s'assemblèrent à coup, et commencèrent à férir sur les dits portiers; si en occirent une partie, et gagnèrent prestement la porte et l'entrée d'icelle. Auquel lieu vinrent soudainemenll, & certain signe que les dessus dits leur firent, la première embûche, et derechef la seconde; si se mirent à entrer en icelle ville par bonne et ordonnée ordonnance, tous & pied, armés de pleines armes, leurs bannières et étendards déployés avec eux. Et adonc, par aucuns des dessus dits portiers, qui étoient échappés et entrés en la ville, et aussi par aucuns autres habitants qui aperçurent cette besogne, fut tantôt en plusieurs et divers lieux crié à l'arme. Auquel cri prestement toute la bourgeoisie et communauté s'émut; mais, qui pis étoit pour eux, le Jacobin dessus dit à aucuns prèchements qu'il avoit faits par avant en lieu public les avoit très amiablemeni instruits et admonestés qu'il leur plût à être ce propre jour au matin à un sien prâchement qu'il devoit faire moult solennel et authentique, et qui moult profiteroit, comme il disoit.

pour le sauvement de leurs âmes, s'ils le vouloient ouïr et retenir. Mais le dessus dit jacobin avoit, à certain propos, élu lieu pour assembler le dit commun à son prèchemenl tout à l'autre bout de la dite cité, le plus loin qu'il avoit pu de la devant dite porto par où elle fut prise. Et à celle même heure que le douloureux cri fut ouï parmi la ville , éloient & l'environ d'icelui jacobin la plus grande partie de la communauté et bourgeoisie dessus dite , lesquels sans délai tous effrayés se prirent à fuir vers leurs habitations. Si en y eut très grand nombre qui se armèrent et embàtonnërent, et se trahirent devers leur évêque et leurs gouverneurs d,e la dite ville , qui les menèrent au plus tôt qu'ils purent devers où ils savoient les dits François , tendant iceux rebouter hors de la dite ville ; mais à bref comprendre , ils ne purent ce faire , pourra que les dits François étoient en très grand nombre, bien armés et usités en fait de guerre; et déjà étoient bien avant en la dite ville quand ceux de dedans vinrent à eux : et derechef, pour les mieux abuser , commencèrent iceux François à crier à haute voix : « La paix ! la paix ! » et marchèrent par bonne ordonnance et en tirant vers eux ; et y eut trait tant d'un côté comme d'autre; mais ce dura assez petit : car avecque toutes ces maies aventures , un nommé Guillaume de Villeneuve, qui étoit capitaine de la garnison, lequel les devoit conduire et mener , quand il aperçut la besogne être si avancée, il monta à cheval, et avec lui environ cent combattants de ses gens; si se partit sans délai par une autre porte, et avec lui grand' multitude de peuple ; et par ainsi tout le surplus fut tantôt mis en déroi sans ce qu'ils fissent quelque résistance. Pour quoi les François ce voyant , s'avancèrent de plus en^'pluS et allèrent jusqu'au marché.

Et quand ils virent que nul n'arrèteroit devant eux pour eux grever, une partie des chefs se tinrent ensemble , et envoyèrent une partie de leurs gens par les rues voir s'ils Irouveroient qui leur contredistt; mais tout fuyoit devant eux , et se sauvoient où ils pouvoient le mieux.

Durant laquelle tribulation furent morts do ceux de la ville environ soixante ou quatre vingts , desquels fut le principal maître Jean

ŒRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELEF.

de Fesligny, natif de Bourgogne, leur évèque; et si en furent pris prisonniers de cinq à six cents, dont maître Gilles de l' Aube-Épine, qui gouYemoit pour les Anglois, fut le principal. Et à bref comprendre , tant de gens d'église comme bourgeois et autres habitants qui purent être pris et atteints furent mis à finance , et avec ce , généralement tous les biens qu'ils purent trouver, à qui qu'ils fussent, puisqu'on en pouvoit faire argent , tout fut pris et ravi.

Quant est à parler de ravissements , violations et autres besognes extraordinaires, il en fut fait, selon les coutumes de la guerre, comme en ville conquise. Et le lendemain furent coupées les tètes à aucuns de ceux qui par avant avoient gouverné pour les Anglois; et furent , de par le roi de France, dedans icelle cité reconstitués tous nouveaux capitaines de gens d'armes et gouverneurs. Si y demeura très puissante garnison pour les frontières des Anglois, desquels fut le principal chef sur tous les autres le dessus dit b&tard d'Orléans.

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