CHAPITRE CXVra
Comment le cardinal deSatnte-CroIx vint en France, de par le aaint pire, pour apaiser la guerre des partiel de»ua ditea.
En ce temps, fut envoyé par notre saint père le pape , es parties de France , le cardinal de Sainte-Croix, pour apaiser le dlscord qui étoit entre le roi de France , d'une part , et le roi Henri d'Angleterre et le duc de Bourgogne ensemble, d'autre part. Pour lequel traité le dit cardinal fit de grands diligences entre les parties, mais enfin ne pouvoit rien accorder à paix. Par son travail et moyen furent accordées unes trêves, à durer l'espace de six ans , entre le dessus dit roi Charles et le duc de Bourgogne , et baillèrent chacun d'eux , pour la sûreté et entrelènemenl des dites trêves, lettres scellées de leurs sceaux , devisées par la meilleure forme et manière que faire se pouvoit. Par le moyen desquelles en aucuns lieux sur les frontières le peuple eut grand' consolation , espérant que ce se dût entretenir : et à l'occasion d'icelle se commencèrent aucuns des pays sur les dites frontières à remplir de laboureurs, bétail et autres choses. Mais cette liesse ne leur dura point grandement; car en dedans le premier demi-an, les parties fu-
rent si obstinées et entretouillées qu'ils commencèrent comme devant à démener très forte guerre l'un contre l'autre. Si fut la principale cause de* cette émeute pource que les François prenoient aucuns tenant le parti de Bourgogne, comme Anglois , et pareillement les dits Bourguignons, c'est à savoir les pauvres saquements, voulant vivre de la guerre, se boutoienl avecque les dits Anglois , et , en portant la croix rouge , prenoient les François et leur faisoient guerre. Par lequel moyen icelles trêves devant dites furent en bref du tout mises à néant. Si n'étoit lors en nulle des trois parties justice ni raison entretenue : ains rëgnoit contre le peuple et gens d'église très innumérables et tyranniques pilleries. Et combien que , pour vivre en paix au-dessous de ceux qui foisoient la guerre, ils donnassent et promissent du leur très largement, en prenant d'iceux ou de leurs capitaines saufs-conduits, lettres de gardes ou scellés d'apactiz, néanmoins peu ou néant leur étoit entretenu, et par ainsi n'avoient-ils autre recours sinon de crier misérablement vengeance à Dieu.