CHAPITRE CXXX
Comment un moine de l'ordre de saint Benoit voulut prendre le châtel Saint-Ange, i Rome.
Durant ce temps, un nommé Le Petit, moine qui avoit été moult aimé du pape Martin et eut grand gouvernement durant sa seigneurie, après le trépas d'icelui se reirabit devers le pape Eugène et trouva manière d'être très bien de lui, tant qu'il fût en sa grâce comme pour en partie avoir gouvernement comme il avoit eu au temps, de son devancier. Durant lequel temps, par tentation diabcrfique, comme on peut supposer, il eut volonté de faire trahison contre icelui pape Eugène; et pour icelle mener à effet et de tous points accomplir, avoit parlé au prince deSalerneouA ses commis pour le mettre à puissance de gens dedans le diAtel de Saint-Ange, et de là dedans Rome. Si étoit tenu un certain Jour devers le dit pape
pour prendre congé de loi, disant qu'il s'en vouloit aller demeurer en Avignon aucune espace de temps. Et entre-temps requit au ehfttelain de Saint-Ange qu'il hii voulait garder ses coffres où étoient ses biens jusqu'à son re^ tour, lequel lui accorda, non doutant que ce fût pour quelque manvaiseté faire. Si fit le dit Petit, noise, faire douze coffres, dedans lesquels devoit avoir douze hommes, et à chacun coffre encore deux hommes pour les porter.
Et quand ce vint que toutes ces besognes fumt toutes prêtes, pour mieux fournir sou entreprise, il envoya un petit page, qui étdt son neveu, porter unes lettres à un prisonnier dedans le dit chfttel; lesquelles furent d'aventure trouvées au dessus dit châtelain, lequel, par le moyen d'icelles, sut et aperçut la dite trahison. Si les porta sans délai devers le pape, lequel fit incontinent par la justice séculière prendre icelui Petit, moine, lequel fut géhenne et connut tout son fait; après laquelle connoissanoe il fut pendu à un gibet, et fut mis A ' mort dedans la cité de Rome; lequel gibet y fut pour ee Dut tout propice, et puis tal écartelé au marché. Et par ainsi le dessus dit prince de Salerne faillit à son intention ; mais pour ce ne demeura mie qu'il oe fit forte guerre au dessus dit pape. '
E^ ces Jours, un saquement, nommé Thoumelaire, qui éloit prévôt de Laon de par le roi Charles , prit le chfttel de Passavant par certains moyens qu'il avoit dedans la forteresse ; laquelle prise déplut moult au duc, doutant que par oe moyen son pays ne fût en guerre. Si les fit tan(6t assiéger par ses gens, et enfin furent les dessus dits preneurs contraints par telle manière qu'il leur convint rendre la dite forterene. Et avec ce fut le dit Thoumelaire exécuté et mis à mort, ef aucuns autres avec lui, et si fut icelle forteresse démolie.