CHAPITRE CCni
Comment lea Ganloii et ceux du pa^t de Flandre flreni graad appareil de guerre pour aller derant la tille de Caiala .
Durant le temps dessus dit, les Gantois, pour savoir leur puissance, mandèrent par toutes leurs chAlellenies et es pays A eux sujets que tous ceux qui étoient leurs bourgeois, de quelque état qu'ils fussent, réservé ceux qui étoient A leur prince, vinssent dedans trois jours eux montrer devant les échevins de Gand et faire
CHRONIQUES D'ENGUERRÀND DE MONSTRELET
écrire leurs noms et leurs surnoms, sur peine de perdre la franchise de leur bourgeoisie, et avecque ce , qu'ils se pourvussent d'armures et d'habillements nécessaires à guerre. Aussi firent publier que ceux qui étoient condamnés pour leurs maléfices par les dits échevins ou autres arbitres à faire pèlerinage, fussent tenus pour excusés jusqu'au retour d'icelui voyage et quatorze Jours après ; et que ceux qui avoient guerre ou dissension l'un à l'autre demeureroient en la sauvegarde de la loi le dit voyage durant ; et qui l'enfreindrait, il seroit puni selon la coutume de la dite ville. Item , en outre , fut défendu que nul du pays, de quelque état qu'il fût, ne menât ou fit mener hors d'icelui pays aucunes armures ou habillements de guerre, sur peine d'être banni de dix ans. Âpres lequel mandement dessus dit, firent en icclle ville de Gand et en leur ch&tellenie moult grand appareil de guerre ; et savoient toutes les villes fermées et les villages combien Us dévoient délivrer de gens pour accomplir le nombre de dix - sept mille hommes, que ceux de la dite ville de Gand avoient promis à délivrer à leur prince en celte présente année ; et pareillement savoient bien combien chacun ménage devoit payer de taille des assiettes qui se faisoient pour la dépense d'icelle guerre. Et après, mandèrent par toute leur obéissance qu'on leur fit finance pour leurs deniers de chars et de charrettes, le tiers plus qu'on n'en avoit livré jadis pour le voyage de Ham - sur- Somme ; et furent leurs mandements publiés par toutes leurs chfllellenies par les oRlciers des lieux. Et pour tant que bonne expédition ne fût mie de ce faite du tout à leur plaisir, ils envoyèrent derechef autre nouvel mandement aux dits olQciers , par lequel ils leur signifioient, si de trois jours ensuivant n'avoient envoyé montrer en la dite ville de Gand, devant leurs commis, leurs chars et charrettes dessus dits, en nombre qu'ils lesdemandoient et rcquèroient , ils envoieroienl le doyen des Blancs-Chaperons et ses gens es dites villes pour prendre iceux chars et charrettes sur les plus apparents, sans rien épargner aux dépens de ceux qui auront été refusant de les bailler.
Lequel second mandement vu, pour la doute des dessus dits Blancs-Chaperons , les devant
dits paysans firent si bonne di^gence que ceux de Gand furent bien contents d'eux. Si ordonnèrent et conclurent , afin que chacun d'eux fussent embfttonnès, que chacun se pourvût de courts maillets de plomb ou de fer, à pointes ,el de lances, et que deux maillets vaudraient une lance ; et qu'autrement ne scroienl point passés à montre, et si en seroicnt punis ceux qui en seroient défaiUants. Et d'antre part, ceux do Bruges et les autres membres firent, chacun selon leur état et puissance, très grands appareils et ordonnances pour aller en icelle armée. Et fut bien par l'espace de deux mois ou environ, que la plus grand' partie de tous ceux qui étoient ordonnés pour aller en icelui voyage ne faisoient aucunement leur métier ni leur labeur, ainçois la plus grand' partie du temps s'occupèrent d'aller dépendre le leur par grands compagnies es tavernes et cabarets ; et souvent s'èmouvoient de grands débats et rumeurs les uns contre les autres, par le moyen desquels en y avoit souvent de morts et de navrés. Et entre-temps, le duc de Bourgogne préparait ses besognes à toute diligence pour fournir icelui voyage de Calais. Durant lequel temps en y avoit un nommé Mannequin Lyon, natif de Dunkerque, lequel, pour ses démérites, avoit été banni de la ville de Gand , et s'éloit rendu fugitif du pays. Si devint écumeur de mer ; et , par son engin et diligence, multiplia tellement en cbevance qu'il avoit à la fois huit ou dix nefs bien armées et avitaillèes , toutes & son commandement, et faisoit. guerre mortelle à toutes gens, de quelque état qu'ils fussent. Si étoit moult craint et crému sur la mer des marches de Flandre et de Hollande, et se disoit ami de Dieu et ennemi de tout le monde ; mais à la fia il en eut pour son salaire tel ou pareil qu'ont souvent gens de tel état qu'il étoit ; car, quand il fut au plus haut de la roue de fortune, elle le mit tout au plus bas ; et fut noyé en mer par tempête et orage de temps.