LIVRE SECOND
marches de Picardie et de Boulenois jusqu'au nombre de quinze cents combattants ou environ ; desquels étoient les principaux le seigneur de Taurin, -messire Baudo de Noyelle, messire Louis de Thiembronne, Robert de Savcuse , Richard de Thiembronne , le seigneur d'Eule, le bfttard de Roucy et moult d'autres experts et notables hommes de guerre, en intention de les mener courre devant Calais et autres forteresses tenant le parti des Anglois. Et se fit cette assemblée en un village nommé Le Wast, à deux lieues de SaintOmer, au loin duquel lieu chevauchèrent de nuit vers le pays de leurs adversaires. Lesquels adversaires et ennemis en icelle propre nuit étoient issus de leurs garnisons bien deux mille ou environ, pour aller fourrager le pays de Boulenois et es marches de là environ. Et ne savoient point icelles deux compagnies la venue l'une de l'autre, et ne venoient point tout un chemin pour eux entre-rencontrer. Mais le dessus dit messire Jean de Groy et ceux de sa partie, approchant les marches des dessus dits Anglois , envoya aucuns experts hommes d'armes connoissant le pays devant , pour enquerre et savoir des nouvelles ; lesquels trouvèrent le train des Anglois, leurs adversaires et ennemis ,vers le pont de Milay, environ le point du Jour ; et connurent et aperçurent bien qu'ils étoient moult grand nombre. Si le firent savoir à leurs capitaines , et qu'ils liroient vers la Fosse de Boulenois. Lesquels s'assemblèrent l'un avecquc l'autre pour avoir avis que sur ce leur éloit à faire. Si conclurent de les poursuivre et assaillir en tant qu'ils fourrageroient les villages , si ainsi on les pouvoit surtrouver ; et sinon, ils les combatlroient en quelque état qu'ils fussent ratteinls. Et fut lors ordonné que messire Jean de Croy dessus nommé , accompagné d'aucuns hommes d'armes experts, mëneroit la plus grand' partie des archers devant ; et tous les autres de la compagnie suivroient d'assez près, sous l'étendard de messire Louis de Thiembronne. Si furent derechef mis coureurs devant, qui chevauchèrent très grand espace de chemin , tant qu'ils virent les feux qu'avoienl boutés en icelles villes et cités les dessus dits Anglois ; lesquels étoient déjà avertis que leurs adversaires et ennemis étoient sur les champs, par aucuns hommes du pays qu'ils
avoient pris. Si rassemblèrent leurs gens enseinble sur une petite montagne entre Gravelines et Champagne. Si pouvoit être environ dix heures du Jour ; mais la plus grand' compagnie des Anglois étoient plus bas , et ne les pouvoit-on bonnement voir.
Et adonc ceux de la partie de Bourgogne voyant leurs adversaires et ennemis devant leurs yeux, furent moult fort désirants d'assembler à eux. Pour ce en y eut fort grand nombre de ceux de devant qui allèrent frapper dedans ; et en y eut grandement de tués à leur nombre de soixante ou quatre vingts, et grand' partie des autres se mirent & la fuite ; mais les assaillants n'étoient point ensemble et chevauchoicntà loin train ; puis voyant au-dessous de la dite montagne une si grosse compagnie de leurs adversaires et ennemis, qui se rallioient l'un avecque l'autre, ils doutèrent d'entrer entre eux et attendirent leurs autres compagnons, enhardiant l'un contre l'autre. Et entre-temps les dits Anglois reprirent cœur, voyant qu'iceux les assailloient dodtablement ; si vinrent par bonne ordonnance eux courre sus et férir en iceux vigoureusement. Et lors les dessus dits de la partie de Bourgogne, sans faire grand' résistance, se mirent en desroi et retournèrent hâtivement en fuyant vers les forteresses de leur obéissance. Et les dessus dits Anglois, qui avoient été comme demi-vaincus do première venue, coururent après à rêne lAchée et les chassèrent jusqu'aux bailles d'Ardre et dedans les barrières. Si en prirent et occirentbien cent ou plus, desquels en fut l'un Robert de Bournonville, surnommé le Roux ; et des prisonniers furent Jean d'Estrèves, Bournonville , Galiot du Champ, Maide, HouUefort, Barnamont et plusieurs autres notables hommes. Et mëmement iceux Anglois chassèrent si avant qu'ils tuèrent et occirent environ cinq ou six Bourguignons au plus près des fossés de la dite ville d'Ardre, desquels en y avoit un de grand parage. En laquelle ville se retrahirent le seigneur de Waurin, messire Baudo de Noyelle, messire Louis de Thiembronne, Robert de Ssr veuse, qui avoit été fait chevalier nouvel à cette besogne, et aucuns autres, et mèmement le dessus dit messire Jean de Croy, qui avoit été blessé de trait à l'assemblée, et y fut son cheval mort ; et retourna avecque lui le sei-
CHRONIQUES D'BNGUERRAND DE MONSTRELET
gneur d'Eule en Tabbaye de Lille, moult troublé et ennuyé de cette niale aventure ; et lea autres «'en retournèrent en plusieurs autres villes et forteresses du pays. En outre, après que les Anglois eurent ainsi rebouté leurs ad" versaireset ennemis, ils se rassemblèrent et se boutèrent en Calais- et autres lieux de leur obéissance, atout leurs prisonniers; au-devant desquels vint hors d'icelle ville de Calaif le comte de Mortagne, qui leur fit moult joyeuse réception et blAma moult fort ceux qui s'en éloient fuis et les avoicnt laissés en ce danger.