‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 658 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

pour chanter les heures de la nuit et du jour ; et si avoit graod nombre de ribaudequins portant canons, couleuvrines, arbalètes et plusieurs autres gros engins ; et si étoient iceux Flamands ou la plus grand' partie armés de plein harnois, selon la guise du pays. Et à leur département de là, se mirent tous ensemble e,n armes et firent montre en la présence du dit duc de Bourgogne et du dessus dit connétable de France, qui les regarda moult volontiers.

Et ce même Jour se Térit en l'ost de Bruges un loup, pour lequel il y eut très grand effroi, et ftit crié à l'arme partout. Par quoi tous les osts se mirent aux champs et pouvoient bien 6tre trente mille ou au-dessus de têtes années, et adonc passèrent la rivière de Gravelines ; et se logèrent devers Toumehem. Si fit en icelùi jour un terrible temps de pluie et de vent , pour quoi ils ne purent tendre leurs tentes et les convint gésir sur les prés. Et I& furent pris trois Picards que les Gantois firent pendre, pource qu'ils avoienl dérobé les marchands de vivres en l'hôtel. Durant lequel temps, le comte d'Etampes et tous les gens d'armes du dessus dit duo de Bourgogne qui étoient ordonnés pour ce même voyage se tirèrent vers les parties où étoient les dessus dits Flamands. Si allèrent par un vendredi tous les osts de Flandre et aussi les gens d'armes loger auprès du dessus dit châtel d'Oye, que tenoieni les Anglois. Lequel chfltel et forteresse d'Oye fut rendu et délivré en assez bref terme, et se mirent en la volonté du dessus dit duo de Bourgogne et de ceux de la ville de Gand. Laquelle volonté fut telle qu'on en pendit devant le dit chftl^, le même Jour, vingt-neuf; et depuis en furent pendus encore vingt-cinq ; et si en y eut trois ou quatre qui hirent répités à la requête du dit duc Philippe de Bourgogne ; après laquelle reddition icelui chàlel fut ars et brûlé , et du tout démoli.

H Et quant au regard des Picards et Bourguignons I& étant, nonobstant qu'ils soient assez ftpres au pillage, néanmoins ils n'y pouvoient avoir lieu pour rien conquerre ni avoir , car Hennequin , Winequin , Piètre, Liévin et autres ne l'eussent Jamais souffert ni laissé passer. Et, qui pis est, quand ils s'entreboutoient avec eux et prenoient aucune chose sur leurs adversaires et ennemis , il advenoit souvent

qu'avec ce leur étoit 6té ; et s'ils en parloient aucunement, ils avoient souvent de durs horions. Si les convenoit taire et souffrir pour la grand' puissance qu'avoient les dessus dits Flamands , mais ce n'éloit point patiemment ; et senibloit k iceux des communes de Flandre que de toutes besognes on ne pourroit venir à bon chef, si par eux n'étoit , et mêmement étoient si présomptueux, la plus grand' partie , qu'ils avoient grand doute que ceux de la ville de Calais abandonnassent leur ville et qu'ils s'enfuissent en Angleterre ; et disoient aucuns de leurs gens aux Picards, auxquels ilsdevisoient souventes fois : •< Nous savons bien, puisque les K Anglois sauront que messeigneurs de Gand » sont armés et & puissance pour venir contre » eux , qu'ils ne les attendront mie ; et a été » grand' négligence que le navire qui doit ve- » nir par mer n'a été assis avant qu'on les ap- H prochflt, afin qu'ils ne s'en pussent fuir. » Toutefois ils ne dévoient point de ce être en souci, car les dessus dits Anglois avoienl bonne volonté d'eux défendre contre eux. Et pour vérité , le roi Henri d'Angleterre , ceux de son conseil et tous les trois étals d'icelui royaume d'Angleterre eussent avant laissé perdre toute la conquête qu'ils avoient faite au royaume de France depuis trente ans par avant, que la dite ville de Calais , comme on fut depuis véritablement acerlené et informé ; et aussi ils en montrèrent assez bien les manières et le semblant bref après ensuivant. En après, le ditehàtel d'Oye ainsi démoli, comme dit est , tout l'ost et les gens d'armes se délogèrent et allèrent loger entre le chàtel de Marcq et icelle dite ville de Calais.

Auquel Jour, le dessus dit duc Philippe d« Bourgogne avecque ses gens d'armes s'en allèrent courre devant la ville de Calais , et issirent et saillirent les Anglois hors contre eux de pied et de cheval , et y eut fort grand' escarmouche ; mais enfin les dits Anglois furent reboolés ; et gagnèrent sur eux les Picards et Flamands vaches , chevaux , brebis , moulons et plusieurs autres choses de la ville. Si se tint le dit duc de Bourgogne avec ses gens grand' espace de temps devant la dite ville, tant que les osts fussent logés ; et puis retourna le dit duc en son logis vers le ehfttel de Marcq. Devant laquelle forteresse allèrent les Picard»

CHRONIQUES D'ENGUERRAJSD DE MONSTRELET. [1436

dessus dits livrer une moult grand' escarmou* che. Et fut depuis le boulevert conquis; dont ceux de dedans se commencèrent moult fort & ébahir de ce, et boutèrent et mirent la bannière do monseigneur saint Georges dehors vers la dessus dite ville de Calais ; et si commencèrent à faire sonner leurs campanes et cloches , et flrent lèans moult grands et horribles cris. Et pour ce, doutant qu'ils ne s'enfuissent par nuit, on mit grand guet tout à l'environ ; et le lendemain furent assis plusieurs gros engins contre la muraille, desquels ils furent fort rompus. Si furent un jour assaillis des Picards cl Flamands, mais ils se défendirent moult vaillamment de pierres en jetant à val et de trait , tant qu'ils blessèrent et navrèrent plusieurs de ceux de dehors et les firent reiraire. Puis requirent ceux de dedans d'avoir trêves pour parlementer , lesquelles leur furent accordées. Et lors s'offrirent d'eux mettre en la volonté du duc de Bourgogne, moyennant qu'ils ne fussent point pendus, mais à chacun on feroit son plaisir en autre manière ; à quoi ils furent reçus ; et fut défendu, sur peine de la barl, que nul n'entrât au chfttels'il n'y étoit commis.

El adonc furent ceux de dedans amenés par les quatre membres de Flandre en la lente de Gand , et fut ordonné qu'ils feroient charges pour ravoir aucuns Flamands qui étoient prisonniers dedans la dite ville de Calais. Si furent amenés hors de la dite forteresse cent et quatre Anglois , lesquels furent menés en prisou en la ville de Gand par le bailli du dit lieu. Et lors grand' partie du commun allèrent dedans le dit ch&lel et prirent ce qu'ils purent trouver. Mais aucuns de ceux de la bourgeoisie do Gand se mirent à l'entrée d'icelui ch&tel , et tollurent et ôtèrenl aux dessus dits , quand ils en issirent, tout ce qu'ils avoient pris, et le mirent tout en un mont ; cl disoient que ce faisoient-ils par l'ordonnance des échevins de la ville de Calais; mais quand la nuit fut venue ils le chargèrent tout sur les chars et charrettes et le menèrent où bon leur sembla. Si en furent de ce accusés devers les dessus dits échevins, dont ils furent bannis cinquante ans hors du pays et la comté de Flandre.

Pour lequel bannissement s'émutgrand murmure entre eux, et furent en grand péril

d'avoir l'an contre l'autre grand' dissension. Et le lendemain ensuivant, furent décapités sept hommes qui avoient été pris avecquc les dessus dits Ânglois , dont les six étoient Flamands, et le septième HoUandois ; et après ce fut la forteresse démolie et du tout abattue. Si se partirent de I& et s'en allèrent les Flamands au propre lieu où on dit que Jacques d'Arlevelles avoit jadis mis ses tentes , quand Calais fut conquis de par le roi Henri d'Angleterre, après la grand' bataille de Crécy : et le duc de Bourgogne atout sa chevalerie et ses gens d'armes se logèrent assez près, en tirant vers Calais. Et y eut ce jour très grand assaut contre ceux de dedans ; et en y eut de morts et de navrés de chacune partie, entre lesquels La Uire fut navré à la jambe d'un trait, lequel étoit venu voir le dit duc de Bourgogne. Si furent assis plusieurs engins, pour jeter dedans icelle ville de Calais ; et pareillement, ceux de dedans en affûtèrent plusieurs contre ceux de l'ost, dont leurs adversaires furent moult fort travaillés , et convint qu'ils se trahissent plus arrière. Si se logea le dit duc de Bourgogne plus prés des dunes , contre les montagnes de sablon ; et ainsi qu'icelui duc chevauchoil à petite compagnie pour aviser la ville, vint une grosse pierre de canon au plus près de lui, lar quelle occit un trompette et trois chevaux , dont celui du seigneur de Saveuse étoit l'un. En outre , les dits Anglois saiUoient très souvent dehors, de pied et de cheval; et y eut moult de fois de très dures escarmouches entre les deux parties , lesquelles ne se pourroient raconter chacune & part elle, ni nommer ceux qui y besognèrent le pis ou le mieux ; mais entre les autres, j'ai ouï relater à aucuns notables et dignes de foi que les seigneurs de Haubourdin , de Créquy et de Waurin furent bien vus et loués en aucunes d'icelles escarmouches , et moult d'autres notables cl vaillants hommes des pays de Picardie. Toutefois les dessus dits Anglois emportoient aucunes fois la renommée pour la journée , et d'autre part les Picards les reboutoient trop sou vent jusque dedans leurs barrières assez confusibleme-nt. Et quant est aux Flamands, ils étoient assez peu crémus d'iceux Anglois ; et leur sembloit que s'ils n'eussent eu que trois Famands contre l'un 4'eux qu'ils en fussent venus bien à

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