CHAPITRE CCXVni
Comment le leigneur d'OSèmoat prit La Hire pritonnier ea ta eliA de BmutiK odi U la«oU i U puime.
Durant les besognes dessus dites, le seigneur d'OITemont, qui point encore n'avoit oublié la mauvaise compagnie que La Hire lui avoit faite , lequel l'aToit pris et rançonné à Oermont en Beauvoisis , comme en autre lieu est plus i plein déclaré , assembla environ six vingts conÂattants , desquels étoit le seigneur de Moy, son beau-frère, le bâtard de Chauny et plusieurs autres capitaines, lesquels il mena, par moyen du dit seigneur de Moy, dedans la cité de Beauvais, dont La Hire étoit capitaine ; et à cette heure Jouoit i la paume en la cour d'une hôtellerie où étoit l'enseigne Saint-Martin. Le dit seigneur d'OITemont atout ses gens y alla tout droit , car bien te savoit par ses espies être à icelui jeu ; mais La Hire, qui en fut averti aucunement, s'en alla musser sous une mangeoire de chevaux, où enfin fut trouvé et pris par les gens du dit seigneur d'Oflîemont, avec lui un nommé Perret de Salle- Noire. Si furent prestement montés à cheval derrière deux hommes; et leur fût dît que s'ils faisoient semblant de crier ni' d'émouvoir quelque noise pour les rescourre, on les mettroit incontinent à mort. Et lors sans arrêter furent amenés à travers de la ville hors de la porte; mais aucuns de ses gens et de la communauté s'assemblèrent et poursuivirent pour eux cuider délivrer, et y eut fait aucunes escarmouches de trait entre icelles parties. Néanmoins ils ftireot emmenés jusqu'au chAtel de Moy, et de 1& à Meulan, où ils iVireot aucune espace de temps; et depuis furent amenés ■u châtel d'Ancre, qui étoit au dessusdit seigneur d'Offemont ; et 1& furent certaine espace de temps prisonniers. Pour laquelle assemblée et entreprise le roi de France et plusieurs de ses capitaines n'étoient mie bien contents, pour tant qu'on l'étoit ainsi allé quérir es pays
du roi; mais la plus grand' partie de ces nobles hommes et seigneurs dessus dits disoient avoir fait à icelui seigneur ce service à cause de lignage et appartenance.
Et depuis , le roi en écrivit bien délroitement au duc de Bourgogne en faveur de La Hire , afin qu'il mtt moyen à sa délivrance , et aussi qu'on ne lui ftt aucune griéveté de sa personne. Et enfin y fut tant besogné que le dit duc de Bourgogne, en partie par contrainte, trouva moyens qu'icelui et sa partie se soumirent de leur discord sur lui et son conseil , chacun d'eux oui en ses raisons; et se tinrent plusieurs journées en icelle ville de Douai, présent le dit duc. Lequel duc, en conclusion, tant pour complaire au roi, qui moult acertcs lui en avoit écrit, comme dit est, comme pour tant qu'il nit trouvé que la prise n'étoit belle ni bonne, ni honnête, mais du tout déraisonnable, les mit d'accord ; et eut le dit seigneur d'Offemont aucunes récompensations pour ses intérêts, non mie à comparer à la finance qu'il avoit payée ; et si lui rendit le châtel de Clermont, et le dit Perret paya mille écus pour sa rançon. Et par ainsi furent icelles parties rapaisiëes et accordées de toutes les questions qu'ils avoient eues ensemble.
Esquels jours furent accordés La Hire avecque messire Jean de Luxembourg, lequel le hayoit mortellement, tant pour la prise de Soissons comme pour autres griefs et dommages qu'il lui avoit faits en ses seigneuries ; et demeurèrent bons amis l'un avec l'autre, comme ils montrèrent les semblants. Et tantôt après, le dit La Hire retourna devers le roi de France, auquel il se loua grandement de l'honneur et de l'amour que le dessus dit duc de Bourgogne lui avoit fait en faveur de lui , dont le roi fut très content et lui fit très bonne chère ; et lui assigna incontinent la plus grand' partie de ses frais et intérêts qu'il avoit eus es besognes dessus dites. Et pource que ses gens furent avertis qu'il les convenoit départir du châtel de Germont, allèrent réparer une vieille forteresse nommée Thois , appartenant au seigneur de Grèvecœur. Si s'y boutèrent en garnison et commencèrent derechef à moult fort travailler le pays devers Amiens et Péquigny, et par spécial les terres et seigneuries qui ayoîent aidé Ji aller quérir La Hire, leur capi-
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
taine , dont dessus est fait mention. Si ëtoit l'un des chefs de ceux qui le dit chàtel avoient réparé, et faisant toutes les besognes dessus dites, un qui s'appeloit Philippe de La Tour.
CHAPITPE CCXIX.
Comment Chtrlef , roi de Fnnee, flt n premiire entrée en Il ville de Paris, depuis qu'elle fut réiduile en son obéis- •anee, et des priparattlk qu'on 7 flt.
Le mardi doiuième jour de novembre de cet an, le roi Charles de France se logea en sa ville de Saint-Denis. Si étoient en sa companic son fils le dauphin de Viennois, le connétable de France , messire Charles d'Âqjou, les cpmtes de Perdlac et de Vendôme , le jeune comte de Tancarville , messire Christophe de Harcourt, le bfttard d'Orléans et autres en très grand nombre, nobles et grands seigneurs, chevaliers et écuyers ; et si y éloit LaHire en très bel et noble appareil. Et de là s'en alla le dit roi en la cité de Paris, où il n'avoit été depuis le temps qu'il enavoil été débouté, quand elle fat prise du seigneur de l'Ile-Adam , qui ftat en l'an mil quatre cent dix-huit. Et vinrent au devant de lui jusqu'à la Chapelle le prévôt des marchands, écbevins et bourgeois, en très grand nombre , accompagnés des arbalétriers et archers de la ville, tous vêtus de robes pareilles, de pers et de vermeil. Et quand ils furent venus devant le roi, le dit prévôt des marchands lui présenta les clés de la ville de Paris , et le roi les bailla en garde au connétable de France. Si mirent iceux prévôt e( écbevins un ciel bleu couvert de fleurs de lys d'or , et le portèrent toujours par-dessus le chef du roi.
Après , vint le prévôt de Paris, accompagné de ses sergents de pied, qui avoient chacun un chaperon parti de vert et de vermeil. Et ensuivant iceux sergents vinrent les notaires, procureurs, avocats et commissaires du Cbàtelet.
En après, vinrent les personnages des sept péchés mortels et des sept vertus , montés à cheval; et étoient tous habillés selon leurs propriétés, lesquels personnages suivoient les seigneurs de parlement et des requêtes.
Après , suivoient les présidents; et y avoit très grand' multitude de peuple.
El ainsi alla le roi, très authentiquement et très noblement occompagné, entrer par la
porte Saint-Denis en la ville et cité de Paris. Sur laquelle porte étoit un écu de France, que trois angels tenoient élevé , et au dessus du dit écu étoient angels chantants, et au dessous y avoit écrit :
Très excellent prince et la^iieDr, Les manants de votre cité Vous reçoivent en tonte iionneor Et en très grande tiomilité.
Item, au Poncelet avoit une fontaine, en laquelle y avoit on pot où étoit une fleur de lys qui jetoit bon hypocras, vin et eau ; et dedans la dite fontaine étoient deux dauphins , et au dessous avoit luie terrasse voûtée de fleurs de lys; et dessus la dite terrasse étoit un personnage de saint Jean-Baptiste , qui montroit l'Agnut Dei; et y avoit anges chantant moult mélodieusement.
Hem y devant la Trinité étoit la passion, c'est à savoir comment Motre-Seigneur fut pris, battu, mis en croix, et Judas qui s'éloit pendu. Et ne parloicnt rien ceux qui ce faisoient, mais le montrèrent par jeux de mystère ; et furent les manières bonnes et bien jouées , et vivement compassionnées et moult piteuses.
» /tem,à la seconde porte étoient saint Thomas, saint Denis, saint Maurice, saint Louis de France et sainte Geneviève au milieu.
Item, au Sépulcre éloit comment Noliv- Seignéur ressuscita, et comment il s'apparut à Marie-Madeleine.
Item, à Saiule-Catherine , en la rue Saint- Denis, étoit le Saint-Esprit qui descendoil sur les apôtres.
Item, devant le Chfttelet étoit l'Annonciation faite par. l'ange aux pastoureaux , chantant Gloria in txeeUit Deo. Et au dessous de la porte étoit le lit de justice, la loi divine, la loi de la nature et la loi humaine ; et à l'autre côté, contre la boucherie, étoient le jugement, paradis et enfer; et au milieu éloit saint Michel l'ange, qui pesoit les âmes.
Item, au pied du grand pont, derrière le dit Châtelet , étoit le baptisement de Motrc-Seigneur, et y éloit sainte Marguerite , contrefaite, issanl d'un dragon.
Item , s'en vint le roi au portail de Notre- Dame de Paris, où il descendit; et vint devant lui l'université, qui proposa en bref. Et aa dit