‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 694 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

devers ion seigneur le duc de Bourgogne , qui le reçut moult joyeusement et moult honorablement.

En ee même temps, un gentilhomme cheTalier, qui étoitde l'hôtel du due de Bourgogne, prenant son chemin pour retourner en Savoie, dont il étoit natif, par la licence du dit duc , en son chemin alla en la ville de Guise voir messire Jean de Luxembourg, duquel il étoit très bien en grâce, et le festoya moult grandement en son hôtel; mais après qu'il fut départi de là et qu'il eut pris son chemin pour aller en son pays, comme dit est, il fut reneontré d'aucuns saquements, lesquels se disoient être au dit de Luxembourg , entre lesquels y étoit un nommé Garmonset. Si le prirent et le menèrent à Meaux en Brie devers les Anglois , et depuis fut mené à Rouen , où il ftit détenu prisonnier par certaine espace de temps; et enfin il mourut de maladie qui le prit, comme aucuns dirent , par déplaisance et par courroux. A cause de la prise duquel le duc de Bourgogne fut très mal content , et en récrivit aucunement au dit de Luxembourg avec autres besognes. De laquelle prise le dit de Luxembourg s'excusa grandement , car il est à supposer que d'icelle prise n'étoit en rien coupable ; car depuis fit exécuter aucuns d'iceux qui l'avoientpris etdétenu, et aussi fit moult grand' diligence de faire délivrer le dit dievalier, nommé messire Pbilebert , de la main des dits Angkris, par le moyen du cardinal de Rouen, son frère.

cHAPii^iE ccxxxn.

ComOMBt le esniM d'Eu, qui tloit pritoanier ra XnfjMBtn, retooro* es France, et de« armes qu'il t &'•

En l'an dessus dif, retourna de Ja prison du roi d'Angleterre le comte d'Eu , où il avoit été détenu depuis l'an mil quatre cent quinze. Si retourna en France. Et avoit été pris en la bataille d'Azincourt, et fut délivré par le comte de Sombresset , que le due de Bourbon , frère au dit comte d^a , lenoit prisonnier ; et l'avoit acheté, ou au moins la duchesse de Bourbon, sa DOère, de ceux qui jadis l'avoient pris à la bataille de Blangy, où le duc de Glareace mourut, comme en autre lieu est plus à plein déclaré. Pour le retour duquel comte d'Eu plusieurs princes de France et autres nobles hommes fu-

rent bien joyeux, et par spécial le roi Charles et le duo de Bourbon, son frère. Et tantôt après sa venue fut par le dit roi de France constitué capitaine de Normandie, depuis la rivière de Seine jusqu'à AbbeviUe et à la rivière de Somme. Si assembla certain nombre de gens d'armes» et alla prendre la possession de la ville de Harfleur. Si fut reçu d'aucuns qui en avoient le gouvernement par le seigneur de Rieux , maréchal de France ; mais aucuns autres ne lui voulurent point obéir, ains se retrahirent en une porte et en aucunes tours, et là se tinrent par certaine espace de temps, dont le dit comte d'Eu fut très mal content. Si les fit assaillir très roidement et àprement , et tellement qu'une, partie d'iceux se rendirent à lui , et les autres , qui étoient es tours du havre, envoyèrent à Rouen devers les Anglois pour avoir aide et secours ; mais depuis s'accordèrent secrètement devers le dit comte d'En , et tellement s'appointèrent ensemble que quand iceux Anglois vinrent aux tours dessus dites pour bailler aide et secours à ceux qui les avoient mandés , ils furent véhémentement trompés , car il en y eut de pris et retenus environ trente ; et les autres , qui s'aperçurent d'icelui mal engin, s'en retournèrent tout courroucés au dit lieu de Rouen.

Et après que le dit comte eut du tout l'obèissanee d'icelle ville de Harfleur et d'aucunes autres au pays de Caux , il y mit gens de par lui; et après , loi partant de ce pays, s'en alla à Bruxdles en BrabanI devers le duc de Bourgogne, son beaù-frère , qui le festoya grandement, et lui donna aucuns dons moult riches. Et après , hii partant de là , s'en revint par plusieurs journées à Noyon , où il fut moult conjoni des habitants d'icelle viUe. Si lui firent grand' plainte des pillards qui se tenoient en aucunes forteresses assez près de là , lesquels de jour en jour leur portoient de grands dommages , et couroient souvent jusqu'à leurs portes, en ravissant et en emportant tout ce qu'ils pouvoient atteindre, mèmement «eux qui se disoient an roi de France et autres qui se disoient être à messire Jean de Luxembourg. Et entre les autres, en y avoit un qui se nommoit Jean de lllle, avecque lui on sien frère, lesquels avoient àveoque eux ensemble jusqu'à trente compagnons ou environ , qui s'étoient boutés dedans une vieille forteresse nommée

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELÉT

Brétigny, laquelle ils avoirat aucnoeinèiit réparée et réédifiée, sur intention de faire guerre et grand' bataille à ceux du pays, et en y avoH une partie qui portoient la rouge croix et conlrefaisoient les Anglois. Si en fut icelui comte d'Eu averti et admonesté ; et pour y pourvoir assembla aucune quantité de gens de guerre partout où il les put avoir ; et lui envoya son neveu le comte d'Etampes une partie de ses gens.

Et tantôt après alla devant le dit châtel de Brétigny, qui étoit moult foible , et aussi étoil pauvrement pourvu et garni de vivres et d'artillerie. Et pour tant ceux qui éloient dedans dirent moult tôt contraints d'eux rendre à la volonté du dit comte d'Eu , laquelle volonté fut telle qu'il fit prestement couper le bftlerel au dit Jean de l'IUe et à son frère, en la cité de Noyon, et en fit pendre jusqu'au nombre de vingt. Pour laquelle prise et mort d'iceux , Jean de Luxembourg conçut grand' haine et malveillance contre le dit comte] d'Eu et ceux qui avoient été à cette entreprise, et tant qu'un peu de jours après, le dit comte étant à Chargnysur-Oise, fut ordonné par le dit messire Jean de Luxembourg à mettre une embûche de ses gens auprès du chemin par où il devoit retourner à Noyon, pour lui et ses gens ruer jus ; mais le dit comte en fut aucunement averti. Si prit autre chemin , et ne sortit point la besogne à son effet. Toutefois, à cette cause, demeurèrent en grand' haine et dissension l'un contre l'autre.

Page 1