CHAPITRE CCXXXIIL
Comiaeat La Hire, Blancbefort et plinieunaoïret ctpHainei du rot Cbirlet coururent èi Alleouignes.
En ces mêmes jours et au propre temps , plusieurs capitaines du roi Charles, entre lesquels étoient La Hire, Blanchefort, BOussac, Antoine de Chabannes, Chapelle, Pierre Regnault et autres, si se tirèrent bien six mille chevaux par les marches de Barrois et de Lorraine, au pays d'Allemagne, et coururent jusque devant la ville de Bâle, où se lenoit encore le concile ; et donnoient à entendre à aucuns que c'étoit par l'enhort et consentement du pape Eugène pour défendre sa guerre. Et dommagèrenl fort le pays par feu et par épée, et après se tirèrent au pays d'Aussay ', envers Franc-
' AlMcr
fort. Si prirent et rançonnèrent plusieurs méchantes forteresses et forts moûliers; mais entre-temps qu'ils gàtoient le dit pays d'Allemagne et qu'ils y faisoient tant de maux , les Allemands s'assemblèrent en très grand nombre pour les rebouter. Si firent retraire les vivres et les paysans dedans les forteresses et es bonnes villes , et après leur commencèrent ft faire forte guerre; et les prenoient à leur avantage quand ils alloient fourrager à petite compagnie. Si en occirent et mirent à mort cruelle plusieurs par cette manière; et ne se vouloient point assembler en bataille contre eux à jour nommé, jà soit ce que plusieurs fois par eux en fussent requis. Lesquels voyant la perte de leurs gens, et ainsi croître la force des Allemands, se retirèrent hors du pays , après ce qu'ils y eurent fait de grands cruautés et dommages , et s'en allèrent en Bourgogne, où ils firent tout pareillement , et de là se tirèrent vers le Ni vernois; et après, toujours continuant en dégfttant pays et en faisant maux innumérables , s'en allèrent au pays d'Auvergne. Si multiplioient chacun jour la compagnie des mauvais, car tous méchants gens se boutoienl avec eux, qui n'avoient point de conscience, et tant qu'ils se trouvèrent bien telle fois en nombre de dix mille. Si ne déportoienl personne, de quelque état qu'il fût, seigneur ou autre; mèmemenl les propres villes et pays du roi et de ses princes dégfttoient comme les antres, et n'y savoit-on comment y pourvoir ai remédier, pource qu'ils étoient en si très grand nombre ; et par tout pays où ils alloieot , si comme autrefois vous ai dit, on les appeloit les écorcheurs. Et après cette pestilence, eurent les gens du pays moult à âouffrir es places et es lieux où ils alloient.