CHAPITRE CGXXXVI
Comneal le roi do France eontnignit Bodrigne d« Viltendras, lequel gaioit et trarailloit ton pays, d'aller guerrojfer lar Ici AngloU.
En cet an» vint i la connoissance de Charles, roi de France, comment ses pays, en divers lieux, éloient dégàtés et oppressés par aucuns capitaines tenants son parti, lesquels avoient grand nombre de gens d'armes sur les«haraps } entre lesquels étoit un des principaux Rodrigue de Yillandras, lequel avoit en sa compagnie mieux de six cents chevaux. Si Ini furent envoyés de par le roi certains messages; lesquels lui dirent et commandèrent de par lui qu'il vid&t ses pays ou allât en frontière contre les Anglois, k quoi il ne voulut obéir. Et pour tant le roi, qui étoit à Bourges en Berri, assembla gens et alla en personne pour le raer jus { mais le dit Rodrigue en fût averti. Si se tira vers Toulouse et alla au pays de Guienne ; auqucd lieu, avec aucuns du pays, il assembla derechef très grand nombre de gens d'armes, Si commença à faire très forte guerre aux Anglois ; et tant en ce continua qu'il leur fit très grand dommage et prit plusieurs villes et forteresses, où il mit de ses gens. Si entra en l'tle de Médoch jusqu'à Souiach, lequel pays ils détruisirent, et y trouvèrent des biens très largement et en très grand' abondance ; et pareillement conquirent le pays de Blanquefort. Et outre, allèrent devant un fort nommé Châtel- Neuf , lequel ils prirent d'assaut, et étoit au captai de Buch.
El tantôt après, vint le seigneur d'AIbretb atout très grand' puissance de gens d'armes, et les mena devers Bordeaux, où ils prirent l'église de Snint-Séverin, qui est à un Irait d'ar-
balète près de la cité. Si se logèrùit illee très grand nombre de gens de guerre ; et depuis , par nuit, mirent es vignes auprès de la ville une très grosse embûche de leurs gens ; lesquelles vignes étoient hautes comme treilles ; et le lendemain firent semblant d'eux déloger. Et adonc ceux de Bordeaux commencèrent h saillir dehors sur eux, et en issit bien deux mille largement, contre lesquels se mirent oeux de la dite embûche ; et y eut entre eux une très grand' besogne et merveilleuse escarmouebe ; car ils se combattirent félonoeusemént par moult grand' espace de temps, et se tinrent très vaillamment l'un contre l'autre. Si en de* meura de morts sur la place bien environ huit cents, dont la plus grand' partie furent An* glois; lesquels Anglois il convint retraire de> dans la ville de Bordeaux, pour la force et grand' puissance des François. Et adonc fureiU mises grosses et puissantes garnisons de gens d'armes autour de la dite ville de Bordeaux en plusieurs lieux, lesquels contraignirent et détruisirent moult le pays, qui étoit moult grand et plantureux, et avoit été long temps sans être si fort approché de gens de guerre quMI fat pour lors. Pour lesquelles entreprises, vaillances et diligences que fit icelui Rodrigue de Yillandras au pays de Bordeaux, le roi de France lui pardonna toutes les offenses et malfoits qu'il avoit faits contre lui. Toutrfois, dedans un an après ensuivant, les dits Anglois reconquirent la plus grand' partie de ce qu'ioeox
François avoient gagné sur eux.