‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 705 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

chands ou autres gens qui Journellement y repairent t mais Jà à Dieu ne plaise que J'aie courage ni volonté de ce faire ; car oncqucs envers mon dit seigneur ne fis, ni Teuil, ni ai intention de faire chose que chevalier d'honneur ne puisse et doive faire, touchant les lettres de garde qu'on dit que J'ai baillées, et qu'avoit été acertené être à l'assemblée des trois états piéça faite en la ville d'Arras, i laquelle avoit été remontré que mon dit seigneur étoit puissant, et plus, la merci Dieu ! que oncques SCS prédécesseurs comtes d'Artois n'avoient été : par quoi il sembloit que au dit pays ne devoit avoir autre que lui. Et pource que autres choses avoient été conclues que plus nulles des dites gardes ne seroient baillées, sinon à mon dit seigneur, Je n'ai point de souvenance que J'aie été à quelque assemblée avecque iceux trois états en la ville d'Arras, où il y ait ainsi été conclu sur le fait des dites gardes; mais J'ai bien mémoire qu'à Lille, en la maison du seigneur de Roubaix , où pour lors mon dit seigneur tenoit son hôtel, en la présence de plusieurs de son conseil, Ait conclu que nul ne bailleroit plus les dites gardes; et en fus d'opinion comme les autres ; et dis que Je n'en baillerois nulles si les autres ne les bailloient ; et à cette cause me départis. Mais aucuns temps après , plusieurs recommencèrent A en bailler; et grand espace depuis, quand Je vis ce, J'en baillai pareillement; mais Je n'entendois point que mon dit seignein- en dût être mal content, ni qu'on me vouisft tenir en plus grand' servitude que les autres. Mèmement que pour aucunes des dites gardes por moi baillées, mon dit seigneur m'en écrivit plusieurs lettres closes signées de sa main. Si a fait ma dite dame la duchesse, moi mandant que Je les voulsisse bailler. Et par ce me semble que mon dit seigneur n'en doit point être mal content.

» Au regard de Riflard de Neuville, qu'on dit avoir été tué à cause des dites gardes, et le seigneur des Bosqucaux, qui en sa maison fut chassé pour le vilcner, combien que pour aucuns déplaisirs qui par eux m'ont été faits Je n'ai pas été bien content d'eux , néanmoins , mon dit seigneur bien informé de la vérité , j'ai espérance que les rapports qui lai ont été faits ne seroient pas roorés véritables, mais,

tout à Topposite, ils seroient trouvés menteurs et faussaires. Quant à la désobéissance qu'on veut dire que font mes officiers et commis au bailli d'Amiens, aux officiers du roi et à ceux de mon dit seigneur le dessus dit duc de Bourgogne, qu'ils ne veulent soufTrir y exploiter, et disent et veulent soutenir par leurs raisons que Je n'ai nul serment, fors tant seulement au roi d'Angleterre , Je n'en ouïs oncques faire mention Jusqu'à présent; et sans savoir les torts particuliers , pour quoi ni A quelles gens ce ait été, n'y saurois bonnement que répondre. Et me semble que le bailli d'Amiens, que Je tenois pour mon spécial ami , m'en dut avoir averti ; car s'il l'eût fait, Je lui eusse rendu peine d'y avoir pourvu A mon pouvoir, tellement que J'espérois que mon dit seigneur en eût été bien content. Du prévôt de Péronne , qu'on dit avoir aguetté et chassé en la ville de Cambrai, pour le vilener, battre et tuer. J'en ai fait parler à mes dits archers, lesquels dient que eux étant allés ébattre au vingtième lieue de Cambrai, il leur fut dit que le dit prévôt s'étoil vanté que s'il pouvoit être mattre d'eux, il les prendroit et les feroit pendre par les hâtereaux. Pour quoi soudainement s'émurent et chaudement le poursuivirent , pour savoir s'il leur vouloit mal ; et assez tôt après surent qu'il n'avoit point ainsi parlé d'eux, et pour ce se départirent. Et quant aux menaces qu'on dit par eux avoir été faites A l'abbé du dit Saint-Aubert de Cambrai, ils s'en excusent.

<• Quant au receveur de Péronne , qui se plaint, disant qu'il ne peut exercer son office, ni les péageurs de Bapaume A Péronne , pouf les empêchements que y mettent mes officiers, mon dit seigneur s'informera et m'en fera écrire plus au long ; et quand il plaira A mon dit seigneur m'en faire avertir, J'ai espérance d'y faire telle et si bonne réponse que par raison il n'en devra point être mal content. Et au regard de mattre Ador Caperel, qui a informé mon dit seigneur que Je l'ai fait aguetter pour le vilener, Je vous cerlifle qu'il ne sera point ainsi trouvé {lour vérité, et requiers que sur ce soit faite bonne et vraie information. El s'il appert duement que Je l'ai fait aguetter, moi ouï. Je suis content d'en recevoir telle punition que de raison il appartiendra. Mais s'il

CHROMQLES D'EiNGUERRAND DE MOiVSTRELET.

est trouvé le contraire, je vous prie que vous veuillez tenir la main vers mon dit seigneur à ce que le dit Capercl et autres qui ont fait tels faux, mauvais et mensongers rapports soient punis tellement que tous autres y en prennent exemple, et que aperçoivent que mon dit seigneur ni nuls de ceux de son conseil ne veulent souffrir de tels rapports être faits contre moi ni autres ses serviteurs.

»Et pource, très cbers frères et compagnons, que je vous sens de grand' prudence et discrétion, aimant loyauté , honneur et grand' noblesse, et que vous ne voudrez un de vos frères être chargé sans cause, et en ce moi conOanl, et pour pleinement vous informer et avertir des dites charges et de mes dites excusations , je vous écris par la manière dessus déclarée , vous priant fraternellement, et tant acertes comme Je puis, que vous veuillez tenir la main envers mon dit seigneur, à ce que de sa grâce il lui plaise ôter de moi son indignation, et être content de mes excusations et réponses cidessus contenues , et aussi qu'il ne lui plaise de croire rapports qui lui ont été ou pourroient être faits à rencontre de personne, sans le moi signifler, pour y répondre, et être oui en mes excusations raisonnables, ainsi que vous savez que de droit à un chacun faire se doit.

» £t véritablement, si par vous ne suis en cette matière assisté, el qu'on veuille procéder envers moi en telle manière el sinistres rapports, sans être oui , comme dessus est dit, je ne m'en saurois envers qui me retraire , et n'aurois plus d'espérance d'être entretenu en termes de raison. Pour quoi j'aurois cause de m'en douloir, comme ces choses pouvez assez considérer, lesquelles les dils Taillemonde et Huet, ou l'un d'eux , vous en pourroient dire plus à plein. Très chers frères et compagnons, si chose vous plaise que faire Je puisse, signiflezle moi, et je le ferai de très bon coeur, comme sait Notre-Seigneur, qui vous ait en sa benoiste grâce.

» Ecrit en mon hôtel de Bohain, le jour de la Chandeleur. »

Ainsi écrivit messire Jean de Luxembourg aux chevaliers de l'ordre de la Toison, desquels grand' partie avoient grand' affection d'eux employer devers le duc de Bourgogne à ce que messire Jean de Luxembourg demeurât

toujours en sa grâce; et lui remontroient très souvent plusieurs causes par quoi il ëtoil len^ de souffrir de lui ; mais de jour en jour sourdoient nouvelles besognes entre eux, et faisoil-on divers rapports au dessus dit duc de Bourgogne de lui. Et encore derechef advint en ce même temps qu'en la prévôté de Péronne , on mil sus une grand' aide de certaine somme de pécune à lever et recueillir sur icelui. £t entre les autres furent taxés pour le payer aucuns villages des seigneuries de llani el Nesle, lesquels, pour ce temps, possédoit le dit messire Jean de Luxembourg , lequel ne fut point bien content que les dites aides se levassent sur nuls de ses sujets; mats de fait fil et interjeta une appellation contre les officiers du dit duc Bourgogne qui l'avoient assise et la vouloient cueillir. Lequel duc , non content de ce, envoya aucuns de ses archers avecque les sergents qui avoient charge de faire la dite exécution de l'aide dessus dite. Et quand ils furent venus en icelles seigneuries, ib commencèrent à prendre et lever des biens des dils sujets assez rigoureusement, et tant que iceux sujets s'en allèrent plaindre, en la dite ville de Ham , à Jacolin de Béthune , qui là éloit en garnison.

Si fit tantôt ses gens monter à cheval en très grand nombre, pour aller voir ce que vouloit être, et lui-même en personne y monta pour alleraprès. Si s'en allèrent où èloient les archers et officiers du dit duc de Bourgogne dessus nommé, lesquels , de première venue , sans enquérir à qui ils éloient, furent très bien battus. Et y fut un sergent de Mont-Didier fort navré en plusieurs lieux. Mais quand le dit Jacotin , qui venoit , aperçut que c'éloient les archers du duc de Bourgogne , il fit cesser ses gens, et s'excusa aucunement à eux, en disant qu'il entendoit que ce fussent les eborcheurs, c'est à savoir les gens du roi Charles.

Néanmoins ils furent très durement viUainés , et retournèrent bref ensuivant devers leur seigneur et matlre le dit duc de Bourgogne , auquel ils firent grand' plainte de la besogne dessus dite; dont le dit duc fut très nul content et moult fort indigné contre le dit messire Jean de Luxembourg et ses gens; tant qu'il lui en vouloit faire faire amende , quoi qu'il en fût ni dftt advenir.

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