‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 706 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Si écrivit bref ensuivant au dit de Luxembourg qu'il lui envoyât le dit Jacolin de Bé- Ihunc et ses autres gens qui avoicnt fait celle offense ; ce que le dit de Luxembourg lui refusa, en lui excusant, comme dit est ci-dessus, disant qu'ils ne cuidoicnt point adresser sur ses gens ; et, par ainsi, multipla la bainc entre eux. £t d'autre part, assez bref ensuivant, icelui Jacotin rua jus des postes qu'il avoit en sa garde aucunes gens qui éloient aux comtes de Ncvers et d'Élampes. Ei de fait y fut occis un gentilhomme, nommé Jean de La Perrière, qui étoit capitaine des autres , et encore aucuns autres; dont les seigneurs dessus dits furent malement troublés , et le prirent très mal en gré. Toutefois le dit de Luxembourg étoit fort douté, pour tant qu'il avoit de moult puissantes places, c'est à savoir Coucy, Beau-Lieu, Ilamsur-Somme , Nt-slc , Ij» Ferté, Sainl-Gobain , Marie, Arsy, Montagu, Guise, Ilérison, Bouchain, Beau-Revoir, Konnecourt,Orsy et autres forteresses qui étoient garnies de gens puissamment , et si n'étoil point encore délié des Anglois, comme dit est ailleurs ; mais s'y floit moult grandement; pour quoi tous ceux qui avoient grand' volonté d'entreprendre contre lui , avoient doute qu'au cas qu'on lui courût sus et feroit-on guerre, de quelque côté que cefùt , qu'il ne boutât les dits Anglois en ses Torteresses et en ses villes , qui eût été la destruction de plusieurs villes et pays.

£t pour icelle doute principalement se dissimuloient tous ceux qui l'avoienl en haine. Lequel temps durant, il entretenoit en ses places plusieurs gens de guerre , en intention de résister et lui défendre contre ceux qui nuire ou grever le voudroient, tant François, Bourguigoons , comme autres. Desquelles gens de guerre plusieurs pays éloient fort travaillés , et par spécial le pays de Carobrésis. Et mêmement , sous ombre de ses gens , venoient très souvent les Anglois de Creil et autres garnisons qui prenoient plusieurs hommes prisonniers, et autres bagues pilloient et emmcnoient es autres forteresses de leur parti et de leur obéissance ; et aussi plusieurs gens du dit inessire Jean de Luxembourg avoient grand' hantise et communication avec les dits Anglois. Auquel temps y avoit un nommé Përinet Quatre- Yeux, qui étoit de devers Beau-

vais en Cambrésis ; lequel étoit guide d'iceux et les avoii amenés plusieurs fois en icelui pays, où ils avoient pris et rançonné aucuns riches hommes ; mais il advint que pour continuer en son mauvais propos, il étoit venu en une censé assez prés d'Orsy , nommée Gourgouchc , auquel lieu le sut le dit de Luxembourg, qui étoit en la forteresse d'Orsy ; et incontinent y envoya ses archers, qui sans délai les mirent à mort , et fut enterré en une fosse : pour laquelle besogne et exécution il acquit grand' louange de tous ceux du pays.

aiAPlTRE CCXXXIX.

Comiof nt le comte de Riclirmoiil, connéiablc do Trance, prit la ville de Mraux en Brie sur les Anglois.

En après, durant toutes ces tribulations, Ar- Ihus de Bretagne, comte de Bichemont, connétable de France, assembla jusqu'au nombre de quatre mille combattans de gens de guerre , avec lequel étoient La Ilire , Floquct , le seigneur de Torsy, messire Gilles de Saint-Simon et plusieurs autres capitaines françois , tant de gens de Champagne , François comme autres , atout lesquels il se tira, i l'entrée du mois de juillet, devant la ville de Meaux en Brie , que pour lors lenoient les Anglois. Et tout de première venue se logea à Champ- Commun, qui est un bien gros village; et bref après ensuivant , fit assiéger une bastille devant icelle ville de Meaux, devant la porte de Saint-Remy ; et après fil loger ses gens en l'abbaye de Saint-Pharon , aux Cordeliers et en autres divers lieux de la dite ville. Et tantôt après fut mise une bastille en l'Ile, vers la tour de Coutance; et il en fut faite une encore par messire Denis de Chailly, à la porte de Cormiï- Ion , vers la Brie ; et depuis en furent faites cinq en deux lies , vers la tour de Sulpice , contre le marché, qui toutes furent fournies de gens de guerre.

En outre furent dressés plusieurs gros engins contre les portes et murailles de la dessus dite ville , qui très fort la dommagèrcnt. Et tant en ce fait continuèrent qu'en la fin de trois semaines le dessus dit connétable de France et ses capitaines conclurent l'un avec l'autre de faire assaillir icelle ville par leurs gens d'armes, qui en étoient en moult grand' volonté. Duquel assaut elle fut prise et con-

CHRONIQUES D'ENGLERRANU DE MONSTRELET

quise à peu de perle de leurs gens. El fut pris dedans icelle le b&tard de Tbten, lequel tantôt après eut le b&terel coupé, et avecque lui un gentilhomme nommé Carbonnel de Haute, avecque aucuns autres ; et si furent morts des dessus dits assiégés , tant en défendant leurs gardes comme eux retrayant au marcbé, environ le nombre de soixante hommes, et de quarante à cinquante prisonniers, parmi les deux dessus dits. Après laquelle prise le dessus dit connétable, et la plus grand' partie de ses dites gens , se logea dedans la dite ville ; toutefois demeurèrent gramment de gens en aucunes des dites bastilles. Si étoient dedans le marché de Meaux , pour chefs de la part des Anglois, messire GuiHaume Chambellan, messire Jean Rippelay et aucuns autres , environ cinq cents combattants. £t par avant, devant la venue d'icelui siège , avoient envoyé certains messages de leurs gens à Rouen pour signifier la venue des dits François , leurs adversaires, en requérant aux commis du roi Henri d'Angleterre qu'ils fussent secourus au plus bref que bonnement faire se pourroit.

Pour lequel secours bailler, le comte de Cambregeh, qui lors avoit la charge, de par icelui roi d'Anglclerrc, de la garde et gouvernement de la duché de Normandie, et avec lui messire Jean de Talbot , le seigneur de Fauquemberge, messire Richard d'Oudeville ^ et aucuns autres capitaines anglois, accompagnés de quatre mille combattants ou environ, se mirent à chemin sur intention de lever le dit siège et chevauchèrent tant qu'ils vinrent dedans la ville de Meaux. Dedans laquelle le dessus dit connétable, sachant icelle venue, avoit fait retirer ses gens et ses habillements de guerre , qui très bien leur vint à point; car pour vrai s'ils eussentèté trouvés aux champs, il y eût eu grand meschef d'un côté et d'autre. Et vous dis que les Anglois ne désiroient autre chose que de trouver les dits François pour les combattre ; et de ce firent plusieurs requêtes par leurs officiers d'armes au dit connétable , qui ne leur vouloit accorder. Et entre-temps furent faites aucunes escarmouches entre les par* lies; à l'une desquelles les dits Anglois gagnèrent sur les François bien vingt bateaux de

• Weoilviilt.

vivres et d'autres biens : et d'autre part fui abandonnée une bastille que tenoit le seigneur de Moy,

En après , assaillirent iceux Anglois et prirent de fait une autre bastille qui étoit en l'Ile auprès du marché, dedans laquelle furent morts de cent à six vingt hommes du parti des François, et les autres furent prisonniers. Durant lequel temps , les dessus dits Anglois , voyant que les François n'avoient point volonté de les combattre, et aussi qu'il leur étoil impossible de les grever dedans leur fort, se disposèrent de retourner en Normandie, après qu'ils eurent rafraîchi leurs gens qui étoient au dit marché de Meaux.

Si se départirent de Meaux , et par la mêaie marche dont ils étoient venus s'en retournèrent au dit pays de Normandie. Après lequel département, le dit connétable et ses gens s'efforcèrent derechef moult fort de guerroyer et combattre ceux du dessus dit marché par divers engins ; et tant en ce continuèrent que environ trois semaines après ensuivant , le dit sire Guillaume fit traité avec le dit connétable, pour lui et pour ses gens , par telle condition qu'ik s'en iroieni, aauts leurs-vies et leurs biens. Lequel traité conclu et fini, leur fut donné bon et sûr sauf-conduit ; et s'en allèrent à Rouen , où le dit capitaine fût fort reproché de ceux qui avoient le gouvernement; et de fait fut mis prisonnier au chAIel de Rouen, pour tant qu'il avoit si tôt rendu icelui marché de Meaux, qui étoit bien garni de vivres et aussi d'habillements de guerre, et si étoit aussi une des forl« places du royaume de France. Néanmoins , depuis , il trouva manière de lui excuser vers les seigneurs de son parti, par lesqueb il tut mis à pleine délivrance. Au temps dessus dit, fut décapité et écartelé un gentilhomme nommé Jean de La Fange, qui étoit au connétable de France, pour ce qu'il fut trouvé coupable d'avoir pourparlé avecque les Anglois sur ancones besognes qui étoient préjudiciables au roi de France et i sa seigneurie. Si ftat pour Ion aussi écartelé avecque le dit Jean de La Fttnge un sergent du CbAtelet de Paris.

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