‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 722 sur 761 · CHAPITRE CCUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCUI

C»aini«nt le doc d'Orléans hit iiiUré de s» prison d'Angleterre per le moyoD du duc de Bourgogne, et ipoua bi damoîMlle de Clèvet, niice «u duc de Bourgogne.

Vous ayei ci -dessus bien enleodu et ovA racoBler comment, par plusieurs fois , diterws ambassades, tant de par le roi comme da duc de Bourgogne, avoient été envoyées par devers les gens du roi d'Angleterre sur uiten> lioD de traiter paix eatre les deuK royaumes, et aussi pour la délivrance de Charles, duc d'Orléans *, Lesquelles ambassades y avoient «sseï peu besogné; car les dits Anglois ne ))aiUoient réponse ni espérance de venir A a\icon traité , si n'étoit que ce Tùt au grand préjudice et dommage du roi de France et de •a seigneurie ; et ne vouioient les dessus dits Anglois venir ni oondesœadre à nul appoioment, si toutes les conquêtes qu'ils avoient faites en France , et en spécial les duchés de Guienae et de Normandie , ne leur demeu* roienl franchement, sans les tenir du roi de France en quelque souveraineté ou ressort ; et à ce s'étaient du tout fermés. Laquelle cbose icelui roi de France ni ceux de son conseil n'eussent Jamais accordée. Et au regard du duc d'Orléans, les dits Anglois n'étoient point trop désirants de le délivrer, pourca que chacun en avoil très grosse somme de pécune pour bien largement payer ses dépens. Et cela fut une des choses en partie pour quoi ils le tinrent si longuement prison- PÏer, selon la relation qu'en faisoient aucuns Anglois , qui bien savoient des secrets du roi d'Angleterre. Et pour vrai, si le roi de France et ceux qui avoient le gouvernement des besognes touchant les seigneuries du dessus dit duc eussent long temps par avant conclu de ne lui point envoyer les dites finances , il est i supposer que sa délivrance eût plus tôt été trouvée qu'elle ne fut. Néanmoins, je crois que tout ce qui s'en faisoil éloit en bonne intention et pour entretenir honneur. Lesquels traités durapt et depuis , le dit duc de Bourgogne , qui avoit assez grand désir et volonté & aider à délivrer le dit duc d'Orléans , taat pour la prochainetë de sang dont iisr«ttenoieat l'un é l'autre, comme aussi afin que s'il r»-

* Le même qui a écrit de fort jolies poésies en langue anglaise et frantaise, et a traduit BoCce en vers français.

venoil en France ils pussent demeurer boo» et loyaux amis l'un avecque l'autre , et que toutes guerres et rigueurs qui avoient été au temp» passé, é cause el par le moyen de leurs pères défunts, fossent mises en oubli et du tout annulées sans jamtiifl rien en relever, fit , par plusieurs et diverses fois, parler et ouvrir cette matière par aucuns do ses 9009 tu dit duc d'Orléans et à ceux qui avoient poissanue de lui aider à avoir sa dite délivrance «BT«rs le roi d'Angleterre et ceux qui le gouverr noient, pour sentir comment ni par qœlle manière cette besogne pourroit prmdre fia.

Et en outre, fit parler au dit duo d'OrléMS, pour savoir s'il voudroit prendre e« nariage une sienne nièce , fille de sa Sttur, duob««ae de Clèves, laquelle étoit en son taAtaL Et ateoqne ce, au cas qu'on pourroit traiter de M délivrance, s'il seroit coal«nt du toot lui aUieret accorder avec le dit duc de Bourgogne, mbs jamais faire aucnae poursuite contre lui ni les siens, par quelque manière que ce fût , pMtf les querelles du temps passé dessus dit , sauf en tout le roi de France et son flls le dauphin. Lequel duc d'Orléans , considérant la grand' servitude où il avoit été long temps et le grand danger qu'il avoit eu et pouvoil encore avoir, sinelina à y entendre. Et de fiit pronit, en parole de prinee , que, si aiasi étoit que le dit duc de Bourgogne le pèt et voulsft aider à délivrer dlceUe servitude, il scioit ooBlenl de prendre sa dite nièce à épouse, st «vm m, du surplus, tant faire à lui sur toutes ses reqoétM, que de raison il devroit être aenteot. Après lesquelles promesses , on eommoifa derechef & traiter ditigemment avec le dit roi d'Aagie» terre et ceux de son conseil. Si Ait tant ea oe temps continué entre les deux parties , que finalement furent d'accord , .moyennant et par tel si que le due de BourgogM baillât soBseel au roi d'An^eterre pour la somme qm entre eux M dite et devisée.

Après ces traités faits et aeoerdés parla manière ci-dessus déclarée, le dessos dit doc d'Orléans fut du tout mis à pleine délivranee. Et, après quHl eut promis soIenaeUement de lui en^lof er en tout oe qm lui serait possible i la paix finale d'entre les deux rais et leurs royaumes, et, avec ee, quand il eut prisooBgé au roi d'Angleterre ot aux uitres scàgneiva, se

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partit de iofidrw en Angleterre , et par aucun» peu à» joun viot «a la ville de Galaii , garni do boa Mur-oondiiit , «t de là fut amené à GraT«tises- Et étoit avec lui, povr le confire , le Migaeur de CoraouatUe , roessire RiAierl de Rot et autres polilshommes d'Angleterre. Auquel lieu de Gravelinee alla devers lui la duoh«BSC de Bourgogae , accompagnée de plusiaurs grands seigneurs et autres gentiUbommas. Si s'eatrcBreot grand' joie, et uontrémit seniblaot d'avoir toute liesse quand ils s'entrevirent eoseoiblfe, c'est A savoir le dit duo d'Ortèana pour sa délivrance et la dite duelMese pour sa voaue. Et peu de Jours enauivut jr alla le dit duc de Bourgogne pour le voir; et y fut fait , comne devant, très grand plaisir et joie à tous ceux qui lA étoieot pour ieelle aaiemblée, «t pour la grand' amour qu'ils voyoieat ees deux priaeas avoir l'un avecque l'aotK.

Et est a savoir cpi'ils s'entre^ceoUéreat et embrassèrent par plusieurs fois ; et , pour la grand' Joie qu'ils avoient de voir l'un l'autre, ils furent moult longue espace qu'ils ne disoient rien l'un à l'autre.

Et pf emièremeat parla le duo d'Oriéans , ti dit i « Par ma foi , beau-frère et beau^wusin , >• je vous dois aimer par dessus tous les autres » prinees de ce royaume, et ma belle cousine » votre femme ; car, si vous et eUe ne (tesies, » Je tau» demeuré à toujours au danger de > mes adversaires, et n'ai trouvé meilleur ami H que vous. »

A quoi le £t due de Bourgogne répondit que nioult lui pesoit que plus l^t n'y avoit pu pourvoir, et cpie, long temps paravent, avoit «u grand désir de soi employer pour sa rédemption.

TeUes et semblables paroles furent dites par «MuK de fois entre icenxdeux priaces. Pour lesquelles plusieurs nobles bommes et autres gens d'autorité , qui lé éloient des deux parties, étoient bien joyeux, et par spécial, pour la revenue du dit duc d'Orléans, lequd par si loag tempe avoit été prisonnier ée mains de ses adversaires les Anglois, c'est à savoir depuis le veedredt prochain devant la Toussaint de l'an de graee mil quatre eeat quinze jusqu'au mois de noveoibre aûl quatre cent quarante. Si étment là présents les ambassadeurs

du roi de France, desquels étoient les principaux : l'archevêque de Rbeims, grand-chancelier de France, et l'archevêque de Narbonne, le comte de Dunois , bâtard d'Orléans, et aucuns autres ; auxquels , chacun à son tour, le dit duc d'Orléans fit joyeuse réception, et par spécial à son frère. Et de là s'en vinrent A Saint-Omerpareau, et se logèrent en l'abbaye de Sainl-Bertin, où les appareils avoioat été faits moult solennels pour recevoir le dit due d'Orléans, et avec lui y vinrent les Anglois.

Si lût là re«u moult honm'ablement du dit duc de Bourgogne et des seigneurs de son hô.tel; et lui furent faits de par la ville grand» prèsens ; et chacun jour venoient gens des marches de France , comme des pays de Picardie, pour le voir, et, entre les autres , plus ceux de ses pays que d'autres lieux, et éloient moult Joyeux de son retour. Et après aucuns Jours ensttivanl, fut iodui duc d'Orléans requis, de la partie du due de Bourgogne , qu'il lui plût Jurer la paix d'ArrM et prendre en mariage la demoiselle de Clèves , nièce an dit duo de Bourgogne, ainsi comme il avoit été traité. Lequel duc d'Orléans flt réponse que tout ce qu'il avoit dit et accordé lui étant pri«sonniw, il vouloU entretenir. £t Mlono ces besognes ainsi condoas, se mirent les ducs et leurs gens dedans le choeur de l'égliae du dit Saint-Bertio , auquel lieu fut apporté le dit traité par écrit , en latin et en françois ; et là fut lu haut et enlendiblemsat , premier en latin et puis en françois, par mettra Jacques Traafoo, archidiacre de Bruxelles en Brabant, présents les deux duos dessus dits, les archevêques et évèipMS lAasaistants, avec grand non»bre de chevaliers et écuyers, gens d'église, bourgeois et autres oflleiers des deux partis.

En la in duquel, le duc d'Orléans promit et jura sur le livre et représentation de notre créateur, que tenoit en ses mains le dit ardddiaere de Rbeims, de bien entretenir icelui traité en tous ses points généralement , sauf l'article qui parloit de la mort do duc Jean de Bourgogne; et dit qu'il n'étoit point tenu de lui excuser d'ie^le mort, et que par son ame il n'en avoit été oongen!ant, et si n'en avoit rien su, omis en avoit été très déplaisant quand iceUe fut venue é sa connoissance, voyant et considérant que par le moyen de la dite roori.

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTREUiT,

le royaume de France étoit en plus grand danger que devant. Et ce fait, fut appelé le comte de Danois, bâtard d'Orléans, pour faire le serment dessus dit, lequel délaya un petit ; mais incontinent, par le commandement du dit duc d'Orléans, son frère , il le fit. Et ce fait et ac- «M>mpli, le duc dessus dit promit à épouser la dessus dite damoiselle de Clôves ; et de fait fiancèrent l'un l'autre en la main de l'archevêque de Narbonne. Si commencèrent léans de toutes parts à mener grand' joie et faire moult grands fêtes et ébattements. El fut envoyé par les gens du dit duc en plusieurs et divers lieux de ses pays, pour avoir provisions à fournir les fêtes d'icelles noces , et avec ce aussi sa fêle de Saint-Andrieu, qu'il n'avoit de pieça tenue. Et soutenoit le dit duc de Bourgogne tous les dépens du dit duc d'Orléans et de ses gens.

Et en après , le samedi devant la Saint-Andrieu , épousa le dessus dit duc d'Orléans la dite damoiselle de Clëves; et le lendemain, qui étott dimanche , fut faite la fête très honorable. Et étoit grand' noblesse i voir les seigneurs et les dames mener à l'église. Et menoil le dit duc de Bourgogne sa nièce, en la tenant par la sénestre main. El au droit c6té étoit sur le derrière messire Jean , b&tard de Saint-Pol, le seigoeor de Haubourdin, qui porloit la manche de la dite duchesse d'Orléans, et une dame porloit la robe par derrière , qui moult étoit riche. Et après , un petit plus derrière suivoit le duc d'Orléans , qui menoil la duchesse de Bourgogne, accompagnée des plus grands seigneurs , comme des comtes d'£u , de Nevers , d'Etampes, de Saint-Pol, de Dunois; et si y avoit très grand nombre de grands seigneurs, chevaliers et écuyers , dames et damoiselles , qui tous suivoienl le dit archevêque de Narbonne, lequel chanta messe pour icelui jour. Et avec lui éloienl très grand' quantité de gens d'église , qui firent la procession autour du chœur; et quant aux rois d'armes , hérauts et poursuivants, trompettes, ménétriers et autres jouant de divers instruments de musique , il y en avoit largement. El éloienl les dits officiers d'armes velus de leurs colles d'armes, où étoient les blasons des seigneurs à qui ils éloienl, entre lesquels y éloil le roi d'armes de la Jarretière d'Angleterre.

Atout lesquels honneurs éloienl aussi le dit seigneur de (Dornouaille , messire Robert de Ro8, avec eux plusieurs de leurs gens, auxquels on faisoit et fit-on durant ces besognes très grands honneurs et joyeuse réception ; et par spécial le dit due de Bourgogne à icelui seigneur de Comooaille; et alloient à leur plaisir par toute la ville sans ce qu'on leur baillât empêchement. El la messe finie, on alla dioer; et fut la duchesse d'Orléans assise en la grand* salle au milieu de la table; et au droit lez étoit le dit archevêque qui avoit célébré la messe , et de l'autre côté, au lez sénestre, étoit la duchesse de Bourgogne. Si éloienl aussi les comtesses d'Etampes et de Namur. Et aux autres tables étoient assises les autres dames et damoiselles, chacune selon son degré et noblesse. El quant aux deux ducs , les deux seigneurs anglois et les comtes dessus nommés et autre grande chevalerie dtnèrent l'un avec l'autre , comme en brigade, et furent, tant les uns comme les autres , servis très abondamment de plusieurs riches et divers mets.

Après lequel dtner, ils allèrent voir les joutes qui se faisoient sur le marché. El là étoient les dames aux fenêtres, en très grand nombre; desquelles joutes pour icelui jour en porta le bruit le seigneur de Waurin. Et derechef furent faites autres joules après souper, en la grand' salle de Saint-Berlin, tout haut, sur petits chevaux de six heaumes seulement ; et y eut moult grand' foison de lances rompues, et les faisoit moult bel voir. El le lendemain, qui fut le lundi, fut faite moult belle et joyeuse fête, tant en joules comme en autres ébattements ; desquelles joules le comte de Saint-Pol emporta le prix des dames. Esquels jours fu~ rent donnés moult grands dons à tous les officiers d'armes par les princes dessus dits, pour lesquels ils crièrent à haute voix et par plusieurs fois largesse, en dénommant ceux qui ces biens leur avoienl foits.

El le mardi ensuivant, qui fut la nuit de Saint-Andrieu, le duc de Bourgogne commença sa fête de la Toison-d'Or, et alla ouïr vêpres au chœur de l'église de Saint-Bertin, accompagné de ses ft'ères de l'ordre , vêtus et habitués de leurs manteaux, chaperons et habillemento autrefois aeoouluiués de porter. Auqud diour étoient mis et attachés par dessus les dits <Ae-

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vaiiers, contre leur siège, un lableau auquel étoient peintes les armes; et en j avoit une grand' partie qui point n'étoient .présents. Et en foilloit cinq qui étoient morts depuis le temps qu'on avoil octroyé la dite fête. Et le lendemain, qui fut le Jour Saint-Andrieu, vinrent en l'église en moult noble appareil, où fut (ait le service très solennellement ; et faisoit moult bel voir les ricbes parements tant de l'autel comme du chœur. Et pour vrai, les François et Anglois là étants étoient tout émerveillés de voir le grand élal et les richesses du dit duc de Bourgogne.

Après lequel service, le dit duc s'assit à table en la grand' salle, au milieu des dits chevaliers de l'ordre, lesquels se séoient tous d'un lei et par belle ordonnance, en la manière autrefois accoutumée ; et furent servis très richement. El en allant et retournant alloient deux à deux, et les plus anciens derrière , c'est à savoir en chevalerie.

Le Jeudi, entrèrent en leur chapitre, où ils furent très longuement pour élire les chevaliers qui tieodroient les lieux et les colliers de ceux qui étoient trépassés. Auquel chapitre se consentirent tous d'un commun accord d'en présenter un au duc d'Orléans. Et pour savoir si ce seroit son plaisir de le recevoir, on envoya devers lui l'évëque de Tournai , mattre Nicolas, et Raoulin, chancelier de Bourgogne, lesquels lui déclarèrent la volonté du duc de Bourgogne et des chevaliers de l'ordre. A quoi il fit réponse que volontiers les recevroit pour l'honneur de son beau frère et cousin, le duc de Bourgogne dessus dit. Et brièvement après vint en la grand' salle ; auquel lieu vinrent le dessus dit duc de Bourgogne et tous les chevaliers du dit ordre qui étoient léans, venants de leur chapitre, et les officiers d'armes devant eux. Et portoit le roi d'armes de la Toison un mantel et chaperon de la dite ordre sur stm bras. Et eux approchants le dit duc d'Orléans, messire Hue de Lannoy, qui de ce étoit chargé, porta la parole, et en adressant à lui, dit : « Mon » très excellent , très puissant et redouté » seigneur , monseigneur le duc d'Orléans , » véei-ci en votre présence mon très redouté » seigneur le duc de Bourgogne et messei- » gneurs ses frères de l'ordre de la Toison- " d'Or, qui ont-avisé et conclu tous ensemble

» en leur chapitre, que, pour la très haute re- » nommée, vaillance et prud'bommie qui est » en votre très noble personne, ils vous pré- » sentent un collier de la dite ordre, en vous » priant très humblement qu'il vous plaise à » recevoir et porter, afin que la très fraternelle » amour qui est entre vous et mon très redouté » seigneur se puisse mieux entretenir et per- » sévérer. «Lequel duc répondit qu'il le feroit volontiers.

Et adonc le dit duc de Bourgogne, qui avoit un des dits colliers tout prêt , lui présenta et le mit au col du dit duc d'Orléans, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit , et puis il le baisa. Et là présentement, le duc d'Orléans requit aussi au duc de Bourgogne qu'il lui plût porter son ordre, ce qu'il lui accorda. Et tantôt, le dit duc d'Orléans tira de sa manche un des colliers de son ordre , et le mit autour du col du dit duc de Bourgogne.

Et après, le dit duc d'Orléans fut affublé d'un mantel et chaperon de l'ordre, et puis fut mené au chapitre pour faire les serments accoutumés en ce cas, et pour aider à tiire quatre chevaliers, qui failloienl encore ; lesquels ne furent point dénommés si hâtivement; et ne sut nul adonc, fors eux-mêmes, à qui ils seroient donnés. Pour lesquelles ordres dessus dites ainsi baillées et reçues par iceux deux princes, la plus grand' partie des nobles et d'autres gens d'autorité là étants furent très joyeux de les voir en si très grand amour et concorde l'un avecque l'autre. Et certain temps après ensuivant, retournèrent en leur dit chapitre tous ensemble, et là se concordèrent d'envoyer et présenter au duc de Bretagne et d'Alençon, à chacun d'eux , un des colliers dessusdits. Pour lequel message faire y fut commis le dit roi de la Toison; et porta lettres des dits ducs d'Orléans et de Bourgogne, et des chevaliers do l'ordre. Si fit son message bien et à point, et tant qu'iceux seigneurs reçurent bien agréablement les deux colliers dessus dits, et lui donnèrent pour sa peine aucuns ricbra dons, desquels il fut content. En outre, les besognes dessus dites accomplies, et que la fête de saint Andrieu fut passée, le seigneur de Gomouaiile se partit de Saint-Omer, et par Calais s'en retourna en Angleterre atout ses gens, excepté la compagnie du dit mcssire Robert de Ros ,

CHRONIQUES D'ENGIJERRA>D DE MONSTRELET

qui demeura aTeeqae le duc d'Orléans, sur intention d'aller avecque lui devers le roi de France, où il étoit envoyé en ambassade de par I le roi d'Angleterre. Durant lequel temps, aucuns notables hommes de la ville de Bruges vinrent au lieu de Saint-Omer, pource qu'ils désiroient moult que le duo de Bourgogne, leur seigneur, duquel ils n'éloient point encore bien en grâce, retournât en leur ville ; car nonobstant qu'ils fussent réconciliés avecque lui , ai avoil^il dit que jamais n'y entreroit, si plus grand seigneur que lui ne lui menoit. Si requirent les dits Brugelins très humblement au dit 4ue d'Orléans que de sa grâce II lui plut faire eetto requête au duc de Bourgogne, et qu'il lui plut le y mener; laquelle requête il fil, et lui fut par le dit duc accordée.

Si se préparèrent, et tous ensemble se partirent de Saint-Omer; et par aucuns jours s'en allèrent à Bruges, ainsi qu'il avoit été ordonné, où ils furent reçus très joyeusement ; et firent ceux de Bruges de grands appareils pour honorer et recevoir iceut deux ducs et les duchesses leurs femmes, avecque toutes leurs gens, plus sans comparaison qu'ils n'avoient fait, passé long temps par avant : desquels appareils et préparations aucunes choses seront ci déclarées en bref.

Premièrement, quand les Brugelins surent que les dits deux ducs approchoient leur ville, ^us ceux de la loi, avecque tous les oflSciers et serviteurs issirenl dehors, et pareillement les doyens et connétables, en nombre compè-' tent, selon ce qui leur avoit été ordonné. £t poQVoient bien être sur tout quatorze cents , qui allèrent au dehors de la dite ville de Bruges , et hors les mettes d'icelle, et jusqu'à un hôtel nommé les Trois-Rois ; et Iâ se mirent en une grand' place, attendant la venue de leur seigneur; lesquels, le voyants venir et approcher d'eux au côté du duc d'Orléans, se mirent tretous en ordonnance à nus pieds , sans chaperons et tous déceints ; et en eux approchant, se mirent loua à genoux, les mains jointes ; et présente toute la seigneurie, qui y étoit en très grand nombre, et les duchesses d'Orléans et de Bourgogne, lui supplièrent très humblement qu'il leur voulstt pardonner leurs ofl«snses du temps passé, ^elon la teneur de la paix.

Lequel duc délaya an petit > mais incoDli-

MDt, par la prière du dit duo d'Orléans, leur octroya à leur requête ; et ce fait, ceux de la dite loi baillèrent au dit duo de Boorgopie toutes les ctefs des portes de la vffle. Et adonc, tous les dessus dits Brugelins se levèrent et s'en allèreot chausser et habiller. Et puis, parlant de lé, vinrent tantôt toutes les processions des églises de la dite ville, tant des quatre ordres mendiants que des religieux, des rdigieuses et béguines, et les paroiaies, atout leurs reliques et meilleures chapes. Si étoient en très grand nombre ; et commencèrent tous à chanter Te Dewn laudamut, à haute voix et daire, quand ils ouïrent que leur ikaturel seigneur étoit content d'eux ; si le convoyèrent la plus grand' partie jusqu'é son hôtel. Et quant eu regard des marchands da toutes hâtions, qui lors se tenoient en la dite ville de Bruges, ils s'en allèrent chacun d'eux en droit soi, en moult belle ordonnance, et trèt richement habillés de divers habillements, toof à cheval, au-devant du dit duc de Bouiigogne. D'autre part, étoient tbil» en plusieurs Iteox par où le dit duc devoit passer grands éohafauds, sur lesquels y avoit personnages qui jouoient de moult de manières de jeux. Aussi étoient les rues, à un côté et à l'autre, tendues de riches draps. Et quant aux trompettes d'argent, clairons et autres instruments de muaique , il y en avoit par si grand nombre que tout en retentissoit par la dite ville. Si y avoit, en outre, en plusieurs et divers lieux, œanié^ res d'instruments, tant en semblance de personnages qu'autres, qui jetoient vin et autres breuvages ; et en prenoient tous oeux qui en vouloient et advenir y pouvoient.

Finablement, il n'est point de mémoire que les dits Brugelins fissent oncques pour nul de leurs seigneurs, prédécesseurs dn dit duc, tent de joyeosetés ni de riches parements qu'ils firent cette fois, oomme dessus est dit. Et quand il tut descendu à son hôtel, ceux de la loi allèrent devers lui pour le bienviengner. Et après ce qu'il les eut reçus assex joyeusement, il leur fit par le souverain de Flandre rendre les clés des portes qu'ils lui avment présentees et baillées au-debors de la dite ville, disant qu'il avoit bonne fiance en eux ; dont ib foreni moult joyeux. Et là commencèrent tous * «lier t « Noël 1 » et ousii l'avoient

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