LIVRE SECORD
dé|à erié en plosieurs lieax par la ville h sa venue. Et quand ee vint i la nuit, par toute la âetsM dite rille f\irenl faits moult de beaux feux sur hauts éofaafauds, et tant que tout resplendissoit. Et quand oe vint le lendemain , furent faite» unes Joules sur le marché, auxquelles joutèrent plusieurs nobles hommes et bourgeois. Si emporta le prix de ceux de dehors le swgneur de Waurin, et de ceux de dedans le damoiseau de Clèves, lequel fut servi de lances par son oncle le duc de Bourgogne,
Après lesquelles joules et que le souper fut ftiit, on commença à danser en grand triomphe; et y furent mandées les damoiselles de la dite ville de Bruges. Et le mardi ensuivant furent Alites encore unes joutes stir le dit marché ; et soupèrent tous les dits seigneurs , dames et damoiselles en la maison des èchevins, où ils furent servis très abondamment aux dépens de la dite ville.
Et le samedi, vinrent de Charolois le comte du dit lieu, fils du dit duo de Bourgogne, et la comtesse sa femme, fille du roi de France ; à rencontre desquels allèrent le duc d'Orléans et plusieurs autres nobles hommes, et ceux de la loi de la dite i^ille, accompagnés de grand nombre de notables bourgeois; et furent convoyés Jusqu'à la cour d'icelui duc; et le dimanche en persévérant fui'ent faites Joules, danses et plusieurs autres ébatiements qui trop longs seroient à raconter chacun par lui. Mais pour vrai, les Brogelins firent es Jours dessus dits toutes les Joyeusetés qu'ils pouvoient imaginer, tant pour l'amour de leur dit seigneur et prince comme pour complaire au dit duc d'Orléans et & ceux qui étoient avec lui ; et aussi lui firent aucuns présents, desquels il se tint assez content.
Et le lundi ensuivant, se départit d'icelle ville de Bruges, sa femme la duchesse en sa compagnie ; auquel déparlement y eut maintes larmes pleurées des dames et damoiselles de l'hdtel du dit duc de Bourgogne, au prendre congé à icelui duc, et par spécial pour la cause du département d'icelui duc d'Orléans. Et s'en allèrent i Gand, Jusqu'auquel lieu les convoya le devant dit duc de Bourgogne, où ils furent seniblablement reçus honorablement. Duquel lieu de Gand, peu de Jours ensuitant^ se de- J
partit le dessus dit duo d'Orléans, la duchesse sa femme avec lui , et les convoya le duc d« Bourgogne jusqu'au dehors de la ville ; si prirent congé l'un à l'autre et s'entre-ofTrirent de faire dorénavant ce que possible leur seroit l'un pour l'autre ; et de là s'en alla par aucuns jours en la cité de Tournai, où on lui fit très honorable et solennelle réception.
En outre, depuis qn'icelui duc fnt retourné des pays d'Angleterre à Gravelines , et de M venu à Sainl-Omer et es autres lieux dessus nommés, jusqu'au parlement de lui et du dit duc de Bourgogne, vinrent devers lui des marches de France, tant de ses seigneuries oomme d'ailleurs, plusieurs gens pour le voir et bienviengner et lui offrir leur service , desquels il en retint partie.
Et d'autre part, des pays mômes du dessus dit duo de Bourgogne en y eut très grand nombre qui par divers moyens firent tant qu'ils furent retenus à lui et de son hôtel, tant gen-* tilshommes comme damoiselles et antres de divers èlals. Aussi lui furent présentés par plusieurs chevaliers et écuyers bien huit ou dix de leurs enfants pour être ses pages. Et avec ce lui furent baillés environ vingl-quatre compagnons des marches de Boulenois , bien en point , montés et habillés , pour être ses archers et gardes de son corps, lesquels fùreni tous retenus de son hôtel. Et tant se multiplièrent les serviteurs dessus dits que, quand il vint au dit lieu de Tournai, il avoit environ bien trois cents chevaux de sa retenue.
Et quant à son ordre , elle (Ut par lui oe» troyée à porter à grand nombre de chevaliers et écuyers , et autres de moyens états qui lui en faisoient requérir pour l'avoir. Ils en faisoit peu ou néant de refUs ; et fut pour ce temps assez commun es pays de Picardie. Si étoient moult de gens désirant de le servir et être ft lui , sur intention et espérance qu'ils avoient principalement que, lui venu envers le roi , il auroit un 1res grand gouvernement au royaume de France ; pour quoi, par ces moyens, ils pourroient être moult avancés en diverses manières ; et lui-même l'enlendoit ainsi. Toutefois y avoit aucuns sages qui doutoient le contraire et qu'il n'en advint ainsi qu'il fil. Et bien disoient en leur secret que plutôt eussent conieiUè au dit duc d'aller devers le roi plut
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE M0NSTRE1.ET
hâtivement cl ù plus privée mesgnie qu'il ne fit. Et d'autre part, leur sembloit que ceux qui gouvernoienl le roi , et avoient gouverné long temps par avant durant le temps de ses adversités, ne souffriroient point, tant qu'ils pussent, qu'autre qu'eux eût le gouvernement, ji soit ce que celui duc lui fût plus prochain que tous les autres et qu'il eût moult Tort à souOirir pour la couronne de France. Néanmoins il a été vu de très long temps qu'entre si grandes seigneuries a toujours eu de grands envies et dissensions, et que les grands^ seigneurs ont souvent baillé l'un à l'autre des travers.
Et après , le dit duc d'Orléans , partant de Tournai , alla à Yalenciennes , et de Yalencienncs au Quesnoy-le-Comte , voir sa bellecousine la comtesse Marguerite, douairière de Hainaut, qui le festoya très joyeusement. Et après qu'elle lui eut donné aucuns dons, s'en vint en la cité de Cambrai , où on lui fit plusieurs présents; et entre les autres, lui donnèrent, ceux de la ville , cinq cents écus d'or de France. Duquel lieu de Cambrai il avoil intention d'aller à Saint-Quentin; mais aucuns de ses gens lui donnèrent à entendre qu'il y avoit grand péril pour lui et sa compagnie d'aller ce chemin, pource qu'il falloit passer par aucuns détroits près des forteresses de messire Jean de Luxembourg , qui encore n'avoit point fait le serment de la paix d'Arras.
Et pour cette cause, afin d'aller plus sûrement, manda aucuns gentilshommes de la marche de Cambrësis et leurs gens, pouraider à convoyer leurs bagues. Duquel messire Jean de Luxembourg, si le dit duc d'Orléans eût su les affaires , il n'en dût point Être en doute ; pour deux raisons : la première , si est qu'il étoit du tout réconcilié avecque le dit duc de Bourgogne, et mémement avoil été à Bruges au temps que le dit duc d'Orléans y étoit, et avoit eu avecque lui assez grand' communication et plusieurs parlements sur aucuns de leurs alTaires, tant de la seigneurie de Coucy, comme d'autres besognes qui leur.touchoient; et avecque ce, le dit messire Jean de Luxembourg étoit par bon amour parti de lui de la ville de Bruges , et lui avoit offert de le servir et lui faire plaisir en tout ce qui lui seroit possible. Par quoi étoit à supposer que jamais
n'eût consenti lui porter aucun dommage ou contrariété. La serx>nde raison si étoit qu'au temps qu'icelui duc d'Orléans étoit à Cambrai, le dessus dit messire Jean de Luxembourg gtsoit en son hôtel de Guise moult aggravé de maladie , de laquelle il alla de vie à trépas. Et furent apportées les nouvelles de sa mort au dessus dil duc d'Orléans en la ville de Cambrai; pour lesquelles il demeura deux jours plus qu'il n'avoit intention. Et fil requête aux gouverneurs de la dite ville de Cacnbrai qu'ils le voulsissenl élire à gardien de leur dite ville au lieu du dil de Luxembourg, qui par avant l'étoit, et il se feroit confirmer de par le roi de France, comme il étoit accoutumé. De laquelle requête il s'excusèrent au mieux qu'ils purent, disants qu'ils ne l'oseroienl faire sans le consentement de leur évêque.
En après , le dil duc s'en alla de Cambrai à Saint-Quentin, et de là à Moyon, à Compiëgne, à Sentis , et puis à Paris, où il séjourna aucuns jours ; et partout où il passoit et s^ournoit, on lui faisoil aussi grand honneur et révérence comme on eût fait à la personne du roi de France ou à son fils le dauphin -y et avoient les gens moult grand' confidence et espérance que par son retour el déprisonnement viendroit grand' consolation au royaume de France; cl par spécial, la plus grand' partie du peuple y étoienl moult fort afliecléSjet désiroient long temps par avant à le voir en sa franchise, comme lors le véoient.
Si éloil l'intention du dit duc d'aller devers le roi au plus tôt que faire se pourroit; mais il ouYl nouvelles pour lesquelles il se délaya grande espace de temps , c'est à savoir bien un an ou plus. El la cause si fut, pource que le roi fut averti de toutes les manières qu'icelui duc avoit tenues depuis qu'il étoit retourné du pays d'Angleterre, et des alliances et serments qu'il avoit faits avec le dessus dil duc de Bourgogne , et aussi de son ordre, qu'il avoit prise; et mémement , que déjà étoit accompagné cl avoit de son hôtel grand nombre de gens des pays du dil duc de Bourgogne, qui avoient autrefois mené guerre au roi de France et à ses pays. Et lui fut dit en outre que ces alliances se faisoient contre lui et ceux qui le gouvernoienl, et qu'avccque iccux deux ducs étoienl alliés plusieurs grands seigneurs, comme les