‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 73 sur 761 · CHAPITRE XUV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUV

Commenl l'uiiireniii de Pirii Ht propoMr devant le roi eantrele pipe delà Lune, M du ptnement do roi Loals de Sicile et da BorgM de U He«e.

An commencement de cet an *, l'université de Paris fit proposer par mattre Jean Courteheuse, natif de Normandie, contre le pape Bénèdict, en la manière ci-après déclarée, où ëloient présents les rois de France et de Sicile, les ducs de Berri et de Bourgogne, de Bar et de Brabant, les comtes de Mortagne, de Nevers, de Saint-Pol, de Tancarville, le recteur de l'université, les suppôts et députés de par icelle, et plusieurs autres grands seigneurs, avec grand' multitude de clergé et de peuple de Paris; lecomtede Warvick, anglois; les ambassadeurs d'Ecosse et de Galles, qui lors étolent tous à Paris; et fut cette proposition faite en la grand' salle du Palais. Si prit icelui mattre Jean son theume au septième psalme. Contertetur dolor in eaput ejus, et in vertieem iptiut iniquita* êjvt deteendet. C'est-à-dire : La douleur sera convertie en son chef, et l'iniquité de lui descendra sur lui. Et fit six conclusions. La première, que Pierre de La Lune étoit schismatique obstinément, voire hérétique, troobleur de la paix et anion de l'église; la seconde, que le dit Pierre ne doit point être renommé Bénédict, pape, cardinal, ni par aucun nom de dignité; ni à lui comme pasteur de l'église on ne doit point obéir, sur les peines ordonnées contre ceux qui baillent faveur à schismatiques; la troisième conclusion, que les faits, les dits, les collations, provisions, sentences et procès du temps de la date de la lettre, faite en manière de bulle, ni quelconques

' MonitrrieteonnMfiMraniiée à FlqttWt qui tombe, l'«M<e IMS, l« 16 avril.

peines temporelles ou q)iritndle8, claires <mi obscures , qui contenues y sont , sont de nulle valeur; la quarte conclusion, que la dite lettre d'ell&méme est mauvaise , séditieuse, pleine de fraude, troublant la paix et (rffensant la nuijesté royale ; la cinquième conclusion e«t qu'au dit Pierre de La Lune ni & ses lettres ou mandements nul ne doit obéir, sur peine de bailler faveur à schismatiques ; la sixième conclusion, qui est à procéder contre le dit Pierre et contre ceux à lui favoraUes , et retenant ses lettres.

Après lesquelles six conclusions déclarées, furent faites certaines requêtes au roi de France par les dessus dits proposants et par l'université. La première requête , que bonne information soit faite diligemment d'ioelle lettre , et soient pris tous les sustanteurs et récepteurs pour les punir et corriger selon leur cas ; desquels monlt il y a en ce royaume ; et senmt déuMumés par l'université en tempe et en lieo. La seconde requête , que le roi dorénavant , ni nuls de son royaume, de quelque état qu'ils soient, ne reçoivent lettres du dit Pierre de La Lune. La tierce requête, qu'a soit commande de par le roi i la dite université sa fille que par icelle la vérité soit prêchée par tout le royaume. La quarte requête , que l'évêque de Saint- Flour, qui a été envoyé devers le dit Piore en ambassade, soit révoqué; et soit retenu et pris mattre Pierre de Conrcelles, Sansien Le Leu, le doyen de Saintr<;ermain d'Auxerre, et iceox punis selon leurs démérites. En outre, que la lettre, faite en manière de bulle, soit déchirée comme injurieuse et offensive à la m^esté royale, avec protestation de procéder é plus grandes choses touchant la foi, et d'expUqun' et démcmtrer les choses dessus dites devant ceux auxquels il appartiendra, en temps et en lieu, lesquelles requêtes prestement fkirent octroyées du roi ft la dite université. Et adonc, devant tout ceux qui là étoient, la dite lettre fut déchirée et rompœ par le recteur de l'uni* versité. Le doyen de Saint-Germain d'Auxerre fut Ut pris en présent et mis en diarte; et tantôt aptét ftat pris l'abbé de Saint-Detais en France, et mattre Jean de Sains, Jadis secrétaire du roi, et plurieun autres bommei de nom, et tenus prisonniers au Louvre}; et auquel traips aussi, par la diligeow deageosda

UVRE PREMIER

roi, le messager qui avoit apporté les bulles deTant dites fut tellement poursuivi, qu'il fut pris Yers Lfoo sur le Rhône, et ramené prisonnier à Paris avec le dessus dit Sansien Le Leu, qui avoit été pris en l'église de Qervaux. Si étoient alors le roi, tous les princes et le dergé moult ennuyés et courroucés ccmtre le dit pape de La Lune ; lequel pape, après qu'en assez brd' temps il fut venu à sa connoissanoe comment il avoit ému le roi de France, ses princes et l'université de Paris contre lui, et de ce en moult grand doute et cremeur, se partit dn port de Vendre , seulement avec quatre cardinaux, pipr mer, et de U s'en alla en Aragon, et puis en Perpignan. Auquel temps aussi le roi Louis de Sicile prit congé du roi de France pour partir de Paris, et alla en Provence contre aucuns favorables an roi Laneelot son adversaire, â étoit lors la reine de France i Melun ; auquel lieu alla le roi et s'y tint par aucuns peu de Jours, puis retourna i Paris , où étoient encore les ambassadeurs du im d'Ecosse. Lesquels , après qu'il eurent reçu grand' somme de pécune du toi pour mener guerre aux Anglois, prirent à lui congé et s'en retournèrent en leur pays. £t d'autre partie, le roi octroya à ceux de Galles, un an durant, à ses dépens, trois cents hommes d'armes et deux cents arbalétiers, desquels fût conducteur le Borgne de La Heuse , chevalier de grand renom, natif de Normandie; et lui fit le roi délivrer navire et argent pour faire son dit voyage en Galles.

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