CHAPITRE CCLXIY
Béponse faite par le roi aui diu articles.
•I Quant est au premier point , il ne s'y faut point arrêter, car il n'a point été récité de ré-* penses faites é Nevers par lés seigneurs à monseigneur le chancelier de France , à messire Louis de Beaumont et aucuns autres envoyé! au dit lieu de Nevers de par la roi.
» Au dit second article, touchant les remontraaces de la paix : le roi a eu et a toujours bon vouloir d'y entendre et procéder par effet, par tous moyens licites et raisonnables , comme II sait bien et peut savoir que les dits seigneur^ ainsi l'entendent. Et vu les grands devoirs qu'il a feits en cette matière, il s'en tient être bien acquitté envers Dieu et le monde. Car, comme il est notoire, quand le traité fut fait d'entre le roi et monseigneur le duc de Bourgogne en la ville d'Arras , le roi fil , par l'avis de monseigneur de Bourgogne , qui désiroit le bien et union des dits royaumes , offres bien grandes et plus qu'il ne devoit aux Anglois qui pour lors étoient envoyés parle roi d'Angleterre pour traiter la paix des dits deux royaumes , lesquelles offres furent par eux refusées. Et' pour ce et autres choses , sembla aut cardinaux et autres illec envoyés pour la dite ma-' tiére par notre saint père le pape et le saint concile de Bâle, aussi aux parents et seigneurs
CHRONIQUES D'ENGUERRÀND DE MONSTRELEï.
de mon dit seigneur de Bourgogne , qu'avoit assemblés de tous ses pays en bien grand nombre, que, yu la déraison qui étoit en la partie d'Angleterre refusant telles offres , le dit seigneur de Bourgogne ne se devoit plus tenir à eux par loyauté; mais tant pour ce que pour autres causes s'en pouvoit éconduire et Taire paix avec le roi, son naturel et souverain seigneur.
» Item, et depuis , Vb roi , à la requête de monseigneur le duc d'Orléans et le duc de Bretagne, et du consentement de mon dit seigneur de Bourgogne , sans lequel jamais à la dite paix d'Arras n'a voulu entendre ni procé* der ù nuls moyens de paix avec les dits Anglois , jà soit ce que de leur part aucunes ouvertures leur en aient été faites, mais pour toujours soi mettre en son devoir, envoya devers mon dit seigneur de Bretagne ses ambassadeurs solennels, atout pouvoir sufllsant pour prendre lieu de convention , où les ambassadeurs solennels de la part du roi de France et d'Angleterre pussent aller, et mon dit seigneur le duc d'Orléans, qui devoit être amené à Cherbourg, y pût être , laquelle chose pour lors ne prit aucun effet.
» Item, depuis la requête de monseigneur d'Orléans et de madame la duchesse de Bourgogne, le roi consentit tenir journée entre Gra vélines et Calais, pour le fait de la dite paix & certain jour, auquel lieu et temps il envoya ses ambassadeurs à pouvoir suffisant, nonobstant que le dit lieu de Gravelines ,et Calais étoit bien lointain et en l'obéissance de ses ennemis; mais ce lui fit accorder et consentir la faveur de mon dit seigneur le duc d'Orléans , qui, pour celte cause, devoit être amené au dessus dit lieu de Calais ; car le roi vouloit et désiroit qu'il fût présent ou auprès du lieu où la dite cause seroit démenée, pour y avoir son avis, ainsi que bien raison étoit , vu la proximité de lignage, à quoi icelui duc d'Orléans allient au roi, et aussi pour parvenir à aucuns moyens de sa délivrance. £l si ne fût pour les causes dessus dites , le roi n'eût point accepté le lieu de Gravelines dessus dit. A laquelln convention fut faite une cédule par mon dit seigneur d'Orléans et ma dite dame la duchesse de Bourgogne , contenant plusieurs points touchant la dite paix. Laquelle cédule fut envoyée devers le roi Charles , où il avoit
lors ses trois états pour la diversité des opinions, aussi pour la faute de mon dit seigaeur le dauphin , auquel, comme chacun sait, touche plus qu'à nul autre après le roi. El ainsi que point n'y étoient les seigneurs et gens des pays de Languedoc, de Vienne et d'autres pays, fut prise une autre journée é Bourges en Berri, au mois de février ensuivant. Auxquels joiir et lieu le roi avoit intention d'être; mais non<4)stant certaines divisions qui lors survinrent, ne put venir à la dite journée.
» Item, et néanmoins , en entretenant Tappointement de la journée prise par mon dit seigneur d'Orléans et ma dite (terne la duchesse de Bourgogne, envoya à la journée entreprise au premier jour de mai 8<^nnelle ambassade , avec pouvoir suffisant pour besogner au fait de la dite paix. Et y furent et demeurèrent les dits ambassadeurs par l'espace de sept ou de huit mois sans rien besogner. El tant seulement fut emprise une autre Journée au premier jour de mai ensuivant l'an mil quatre cent quarante - deux. Auquel jour derechef le roi envoya de moult notables ambassadeurs ayant pouvoir suffisant comme dessus ; et n'y fut rien besogné, pour la défaute des Anglois , qui n'y avoient envoyé qu'un simple clerc, qui n'étoit point personne suffisante pour traiter de telle et si haute matière.
» Item, et lors derechef fut fort pourparlé par mon dit seigneur le chancelier avec ma dite dame la duchesse de Bourgogne, d'entreprendre une autre journée au premier jour de ce présent mois de mai es marches de Beauvais, de Sentis ou de Chartres ; laquelle journée ma dite dame de Bourgogne fit savoir au roi d'Angleterre. Et lui fut fait réponse par une lettre , laquelle elle envoya au roi de France. Et en effet contenoit qu'en autre lieu ne tiendroient ni feraient tenir la dite convention que au dit lieu de Gravelines, auquel lieu le roi n'a délibéré de tenir la dite journée. Et mèmement, vu que par trois fois le roi avoit envoyé en l'obéissance des dits Anglois, ne dévoient ceux Anglois refuser lieu en l'obéissance du roi de France, où ils pouvoient sûrement et convenablement assembler ; et ce que le roi consentit tant de fois assembler au dit lieu de Gravelines, a été en faveur de la délivrance de mon dit seigneur le duc d'Orléans.
[l-Ml]