CHAPITRE XLVI
tl408J
NormaBdie, entrèrent en vingt^trois galées, lesqueUesétoientbienfournicsde gens d'armes, et allërent combattre sur la mer les dits Sarrazins, qui avoient TÏnglrdeux galées bien armées, qui du tout furent détruites, et ceux de dedans mis à mort.
Es quels jours le roi de Hongrie écrivit lettres à l'université de Paris , desquelles la teneur s'ensuit.
Premièrement la subscription étoit': « A vénérables, sages et prudents hommes le recteur et université de l'étude de Paris , nos dévots et amés. »
La narration si étoit :
« Nobles ^hommes et très renommés en science par tout le monde , nous avons reçu très agréablement votre épitre pleine de subtilité de sentence et ornée d'éloquence de paroles, réputant votre cure et étude être piteuse et dévote, et très agréable à Notre-Seigneur et au Saint-Esprit, et très profitable à tous chrétiens. Icelle opinion par toutes parts et par toute raison est ensuivie, car telle abomination est pour le présent élevée et révélée en l'église de Dieu, que nous considérons que tout chrétien de cœur, de pensée et d'ceuvre devroit à Dieu faire prières , afin que par sa grâce voulstl j pourvoir de remède convenable, parquoi la dite abomination, c'est & savoir schisme et division, qui Jà a duré par l'espace de trente ans , fût détruite par vraie union. Car; si brièvement à ce n'est remédié, il est à douler que par cette double division ne s'ensuivent trois divisions. Et pour cette cause et aucunes autres, nous avons envoyé notre orateur à très chrétien prince, notre seigneur le roi de France, afin que notre légation envoyée devers lui et son conseil ne fût point empêchée , tant par les mécréants comme par les autres; par laquelle à lui requérons féablement qu'il nous envoie aucuns de sa noble , haute et puissante lignée , pour nous aider et conseiller en nos affaires , comme nous avons e^oir qu'il fera, sachant que si ce il nous octroie , nous serons toujours prêts & lui servir et faire plaisir, comme autrefois avons été. Donné à Rome , l'onzième Jour de Juin , et de notre règne le vingt-deuxième. » *-
Comment Unu la prélat* et g«ns (Pigliae, de loatei les pirtioi de la France, furent mandés i Paris, et la Tenue de la reine et de la duchesse d'Orléans.
En ces mêmes jours ftirent Dumdés en la plus grand' partie du royaume de France et Dauphiné les prélats et gens d'église ou leurs procureurs à venir à Paris devers le roi et son conseil , pour avoir avis et délibération , principalement sur l'unira de l'église, et aussi sur autres besognes touchant le bien et honneur de la personne du roi et de son joyaume; lesquels y vinrent en très grand nombre , et s'assemblèrent, la nuit Saint-Laurent, en la grand' salle du palais, environ huit heures du matin , où étoit président, au lieu du roi, qui étoit malade, le chancelier de France. Si y célébra la messe solennellement du Saint-Esprit l'archevêque de Toulouse. Après laqudle un mattre en théologie, très renommé, de l'ordre dos frères prêcheurs, proposa notablement, en la présence du duc d'Orléans , du duc de Berri et de plusieurs grands seigneurs , avec le recteur de l'université et grand' muKitude de clensé. Si prit son thème : « Quœpaeù nint teetemur, et quœ œdifieationUtunt incieem cn*todiamvi ; ad Rom. , 4.C'e8lrà-dire monseigneur saint Paul dit aux Romains, au cb. 4 : « Nous » devons ensuivre les choses de paix et gar- » der ensemble les choses qui baillent édifi- » cation. »
Lequel proposant dit moult de choses de U paix, concorde et union être mise en l'église, et le démena par manière de procès , longuement et très éloquentement, en disantcomment Pierre de La Lune, du premier Jusqu'au derrain , s'éloit très mauvaisement porté à procurer la paix et union de l'église, démontrant icelui être schismatiqne , hérétique et obstiné en mal ; et moult par là de la dite obstination , en déclarant icelle par six manières ; pour laquelle chose le roi de France avoit autrefois fait neutralité contre lui, en lui soustrayant de son (d)édience. Après ce, icelui proposant nota par point les choses contenues es dites lettres faites en manière de buUe, en démontrant comment elle étoit pleine de fraude et de déception, offensive à la majesté royale, et que pour ce; tous ceux-U étant, «voient été mandés de
UVRE PREMIER
par le roi, afin que les choses dessus dites leur fassent notifiées , et que sur ce, ils baillassent conseil, aide et faveur au roi, pour avoir paix et union en la dite église, comme ils y étoient tenus.
Et entre temps que ces choses étoient dites et ftûtes , maître Sansien Le Leu et le messager de Pierre de La Lune qui avoit apporté les lettres dessus dites au roi, tous deux Aragonnois, mitres et vêtus d'habillements où étoient figurées les armes d'icelni Pierre de La Lune renversées , furent amenés moult honteusement et dèshonnètement , sur un bannd , du Louvre en la cour du palais, et prestement, emprés le marbre, au pied des grands degrés, fut un éebafinidis levé , sur lequel tous deux furent BUS, et montrés moult longuement à tous ceux qui voir les vouloient; et avoient écrit es dites mitres : « Ceux-ci sont déloyaux i l'église et an > roi. » Et après furent ramenés au Louvre sur te dit bannel, comme dessus , et le lendemain s'assembla le dit conseil an palais, où étoit présent, au lieu du roi, le chancelier de France.
Auquel lieu maître Ulfin Talvande, natif de Normandie , docteur en théologie très renommé, proposa pour l'université de Paris, et prit son thème du centième psalme : Fiat fax in «trtHte tua , endressant ses paroles à k p^vonne du roi et aux seigneurs de son sang li étant présents , de par la dite université, en eux exhortant qu'ils voulsissent entendre par toutes manières qui seroient possibles de fairç •esser ce périlleux schisme, et, à leur pouvoir, procurer la paix et union de sainte église universelle, démontrant deredief la mauvaiseté do dit Pierre de La Lune, par trois claires raisons , disant comment il étoit sehismalique , hérétique obstinément, et qu'il ne devoit point être nommé pape, Bénédict, ni cardinal, ni par ancnn nom de dignité , et que nuls ne dévoient à lui obéir, sur peine due aux favorables A hérésie et à schisme; et raconta moult dn fois aucuns cas de papes de Rome, convenaUes à son propos, et la conclusion du derraîn concile , laqudte fut que si le dit Pierre 4e La Lane et son adversaire ne faisoient paix et union en l'église dedans l'Ascension, comme ils avoient promis, tout le royaume de France généralement et ceux de la Dauphiné ae soostrairoient de leur obéissance ; car ainsi
l'avoient conclu les dits prélats qui au dit concile avoient été, comme il apparott par lettres scellées de leurs sceaux qu'avoient par devers eux ceux de la dite université. Et pour ce la dite obédience est soustraite de par le roi , jusqu'à ce que vrai , seul , non douteux pape et pasteur de l'église universelle soit élu et déclaré.
Et si fut pareillement déclaré par le dit proposant comment on se devoit avoir en dispensations pour les consciences, et es collations des bénéfices, et autres choses, tant au dit royaume, comme en la Dauphiné, durant la dite neutralité, et aussi quelles choses on devoit conclure sur les besognes dessus dites. C'est à savoir, finalement, que nul, sur les peines dessus dites , de quelque état qu'il fût , ne ftt obéissance aux deux papes dessus dits après le jour qui étoit déclaré , et sur peine d'encourre l'indignation du dit roi.
Et après fut requis par icelui que les lettres dont par devant étoit faite mention fussent déchirées publiquement , et pareillement unes autres qui autrefois avoient été apportées à Toulouse. Si en fut ainsi fait, et avec ce fut ordonné à tous les prélats et autres gens d'église que chacun en droit soi, es mettes de ses bénéfices , ftt publier haut et clair, et par plusieurs jours en la dite université, ladite neutralité. Et avec ce leur fut baillé par écrit de par icelle université tous les points et articles touchant cette matière et comment ils s'avoient à gouverner. Après lesquelles besognes traitées et remontrances faites , comme dit est , chacun se départit. Et le lendemain les deux Aragonnois dessus nommés , tous deux furent derechef menés et échafaudés , et menés parmi Paris, comme autrefois avoient été.
En ces jours, la reine, qui par certains jours avoit été à Mdun, vint à Paris, et amena son fils le dauphin, lequel étoit monté sur un cheval blanc, lequel conduisoient quatre hommes de pied, et alloient après le chariot de la dite reine : et derrière le dit dauphin suivoient les ducs de Berri, de Bretagne et de Bourbon, le comte de Mortagne, le comte de Clermont, le comte de Vendôme et grand nombre de grands seigneurs , tant gens d'église , comme séculiers, chevaliers etéçuyersi à laquelle ve^
CHRONIQUES D'ËNGUËRRÀKD DE MONSTRELET. [l*»]
niM fat faite grand' liesM de Parisiens, et fut crié NoËl en plusieurs lieux. El ainsi s'en allèrent loger icelle reine , le dauphin , son fils et Louis de Ba^ëre son frère, au chfttel du Louvre; et le lendemain vint au dit lieu de Paris la duchesse d'Orléans douaigiëre, et sa bellefille Isabelle, atnée fille au roi de France, accompagnées de plusieurs gens qotables , chevaliers et autres, tous vêtus de deuil, è rencontre desquels issirent tous les princes dessus dits, qui les conduisirent et menèrent devers la reine et le duc d'Aquitaine pour eux faire requête qu'ils pussent avoir Justice et raison de la piteuse mort du duc d'Orléans défunt, et aussi faire répondre et proposer à rencontre de ce que le duc Jean de Boui^ogne avoil fait proposer, proclamer et divulguer contre le dit duc publiquement naguère , comme dessus estdéclaré, contre son seigneur et mari; laquelle requête finalement elle obtint.