CHAPITRE XLVn
CQfflmenl U duoheMe d'Orléani et ion Bit Brent propocer i Parà, i rencontre du duc Jean de Bourgogne, pour U mort du due dYMétn*.
Ensuivant huit jours après, le duc d'Orléans, accMnpagné de trois cents hommes d'ar< mes ou environ, vint à Paris. A rencontre duquel allèrent le duc de Berri et les autres grands seigneurs de son lignage. Lequel duc d'Orléans , entrant par la Porte-Saint-Antoine , alla au Louvre devers la reine et son fils le duc d'Aquitaine, son cousin-germain, auxquels il recommanda sa besogne et sa personne moult honorablement, comme il appartraoit, et puis présentement, lui partant de là , s'en alla voir la duchesse sa mère et sa femme.
Et après les choses dessus dites, le dit duc d'Orléans, les dites duchesse , sa mère et sa femme point ne cessèrent de faire requête au roi et à 8(M) conseil , afin qu'il leur fit justice du duc Jean de Bourgogne et de ses complices; laquelle requête par le dit roi leur fut accordée de faire ; et eurent audience de faire proposer tout ce qu'il leur plairoit à rencontre du dit duc de Bourgogne et ses complices. Et adonc le duc d'Aquitaine rejwésentant la personne du roi avec sa mère, par le commandement du roi, étant en hal»t royal en la grand' salle du
eb&tel du Louvre, présents les duos de Berri , de Bretagne et de Bouriion, les comtes d'Alençon , de Qermont , d'Eu, de Mortagne et de Vendôme, et plusieurs autres grands seigneurs du dit conseil, et aussi plusieurs autres chevaliers, le recteur et l'université de Paris, et très grand' multitude d'autre gens, la dite duchesse douaigière, accompagnée de son fils le duo d'Orléans, de maître Pierre L'(hrliôvre, son chancelier, de maître Pierre Gousbot , avocat en parlement , et de plusieurs autres gens et familiers, fit lire par l'abbé de Saint-Fiacre, de l'or^ de saint Benoît, les choses contenues en un livre écrit en firançois, à lui baillé en sa main, devant tous qui là étoient , oonflrmées par les dits des prophètes, des saints de l'un et l'autre testament, des philosophes et histoires, publiquement, haut et entendiblement, mot après autre; duquel livre la teneur s'en suiti
Roi très chrétien, prince très noble, souverain seigneur et ch^ de justice , à toi sont mes paroles adressées, car à toi «mipète de montrer Justice à tous les sujets du royaume de France, auquel non raie tant seulanent les pays et régions voisines , mais aussi les étran^ ges nations ou gens prennent exemple et tiennent la droite sentence de ta justice. A laquelle partie de toi et de ton renommé conseil, comme à la fontaine de raison et de vérité , je veuil adresser mes paroles en la personne de ma très honorée et très noUe dame, madame la duchesse d'Orléans, et de messe^neurs ses enfants , 'qui tout déconfortés présentent leur plainte en lamentations et larmes, voyant eux» après Dieu , nul recours avmr fors en ta pitié» et compassion.
Afin que mieux soient oonceutes les choses que j'ai à dire, et vérité qui ne quiert nulles fallaoes puisse plus dairënent apparoir, ce présent propos sera divisé en trois parties et en trois membres principaux : au premier , selon mon pouvoir, je déclarerai que les rois, comme souverains, sont tenus de faire justice à tous sujets à lui , à la conservation de paix sous sa très noble et très puissante seigneurie ( au second membre, comment partie adverse , c'est à savoir Jean de Bourgogne , et ceux i lui favorisables et donnant aide et conseil en ce eas, injustement et honteusement
ont ocds oa fait occire monseigneur le due d'Oiiéaos , duquel l'ame loil avec Dieu ! au tiers menibre , comment mon dit seigneur maaTtisement et injustement a été accusé de plusieurs cas, et singulièrement de crime de lése-maJesté , auquel il n'avoit coulpe , et eoomie il apperra ci-aprés. En outre est à savoir que mon intention est de diviser en six points chacune des dites trois parties : et ainsi consèquemmenttottt ce présent propos esteontemi en dix^^uit points *.
Tant qu'est à la première partie, il me semble que le roi est obligé singulièrement à faire Justice en ce cas , et spécialement pour six raisons , desquelles la première est la puissance et dignité royale, à ce non mie tant seur louent obligée par volonté , mais aussi par obligation d'office , car les rois sont appelés rois pour la cause de faire justice et non pour autre ciiose. La seconde est fondée en amour fraternelle ; car, comme dit le commun pro- Teibe , nature ne peut mentir : le roi donc, comme seigneur et frère selon justice et raison, doit maintenir son droit. l tierce raison «st la pitié des suppliants , car ma dite dame d'Orléans, veuve et déconfortée, est accompagnée de ses jeunes enfants et de plusieurs che* valiers menant grand deuil avec elle , pour la CToelle mort de son mari et seigneur. La quarte raison est l'énormité du cas, qu'à peine pourroiKon trouver pareil, car à tous ceux qui ont oui parier du dit scandale , voire étrangers et antres, ledit cas est abominable ; et s'il adve- Boit que le roi n'y pourvût de remède , il convenroit dire qu'il n'est pas seigneur de son
< J*al I01U Im jeux deiu manascriU de Honitrelet qni renferment denx textes assez différents de ce diswon, et deox nunnscrits séparés de ce discours qui ■e diffirait pu moins entre eux que les manoscriU de MoBttrelet. Le manuscrit de Honstreiet 8347'", qae je sais ordinairement, est à peu près conforme au manuscrit de Coislin 1953, dont j'ai parlé note page 81. Le aee»iid manuscrit de Honstreiet, 8299", qui est ioin d'être aossi c«rreet et aussi complet qu'il est magnifiqoement copié, est à peu pris conforme an manuKrit S68I, dont j'ai également parlé note page 81 de ce volame. Comme ce ne sont lï que des phrues de rhéteur, f ai eni invtUe de fatiguer le lecteur par des Tariantes, et me sois contenté du texte imprimé de i'édiUon de ISM, ai T ajoutant ce que j'ai jugé pins essentiel i l'in- Idligence de l'ensemble des faits ou de la contexture 4s Atoonri >
pays, et qu'il convient lui humilier et adoucir an regard de la puissance des sujets. La quinte raison «st que si sur ce n'est faite exécution de justice, maux sans nombre s'en pourront ensuivir , c'est à savoir les pays et cités désolées, voies de foit, procès rigoureux, dure rébellion de sujets. La sixième raison est mauvaiselé de partie adverse , laquelle par sa force et puissance quiert à soutenir son péché en veùiUant sans cause plaider l'épée traite. Et en ces six raisons gisent toute la forme du procès.
Tant qu'à la seconde partie, je démontrerai comment partie adverse par six raisons a si grandement péché , qu'il est fort et à peine impossible d'être réparé. La première raison est , car partie adverse nulle autorité n'avoit sur le défunt, pour quoi il fit occire si grand et très noble seigneur, comme il sera dit ci-après. La seconde raison est , car partie adverse nullement ne tint forme de justice au procès en l'exécution de la mort de mon dit seigneur le duc d'Orléans ; et supposé qu'il eût eu autorité sur lui , ce que pas n'étoit , néanmoins il étoit licite et raisonnable chose la partie être ouïe, et convaincue ou condamnée à mort devant ce qu'on le fit mourir ; car vu qu'il n'avoit nulle puissance sur lui ni autorité , de tant moins devoit la forme de son procès colorer son péché. La tierce est fondée es alliances qu'ils avoient ensemble , non mie seulement pour cause du lignage , mais avec ce avoient fait spéciales alliances pour éviter les inconvénients qui se pourroient ensuivre pour la cause de leur division , par lesquelles et so< Ion lesquelles il ne pouvoient ni dévoient, selon raison , nuire ni grever l'un à l'autre sans déflances précédentes; et pour plus grand* confirmation , plusieurs fois avoient Juré sur les paroles du canon et sur la croix de Notre* Seigneur, en baillant avec ce certaines lettres scellées de leurs sceaux. La quarte raison est fondée en ce que la mort de mon dit seigneur d'Orléans fut si soudaine, que nuls vrais chré< tiens ne pourroient soutenir qu'elle ne tùt damnable au regard du malfaiteur et de celui par quel commandement elle a été exécutée. La cinquième raison est démontrée et fondée en ce que évidemment je démontrerai comment partie adverse a fait occire monseigneur
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d'Orléans, non mie pour bonne fin, ni pour le bien commun, mais pour ambition, convoitise et désir de dominer,' et afin qu'il flt les siens riches , et par grand' haine que long-temps avoit tenue en son cœur. La sixième raison est fondée en ce qu'il ne suffit pas à partie adverse la mort de monseigneur d'Orléans, mais avec ce s'est efforcé d'escandalir et détruire sa renommée , en proposant libelle diffamatoire , et soutenant les ministres et traîtres homicides; et ce touche la seconde partie de mon procès.
Tant qu'à la tierce partie, selon six points qu'elle contient, je mettrai six fausses accusations, par lesquelles partie adverse accuse mon dit seigneur d'Orléans ; et derechef je mettrai réponses par lesquelles apperra l'innocence du dit défunt, et ce est tant qu'à la tierce partie , et en ce appert que mon présent propos est divisé en trois parties. La première regarde justice, la seconde la malice de partie adverse, la tierce excuse le dit défunt; mais devant ce que je procède plus avant en cette matière , je proteste que mon intention est de dire tant seulement vérité et n'avancer non plus qu'il m'est enjoint de ma dite dame d'Orléans et de messeigneurs ses enfants. Et est vrai que le proposant pour partie adverse, comme mal avisé , appeloit mon dit seigneur d'Orléans crimineux, jaçoit que par nulle manière il ait ce approuvé ni vérifié ; nonobstant, je oe veuil mie ainsi nommer partie adverse, jaçoit ce qu'il soit tel, car je répute icelui cruel homicide, et par conséquent crimineux, non. mie par suspection tant seulement , mais par la confession de sa propre bouche ; et pource que sapience vainc malice , selon la sainteécriture, il nie suffit de nommer partie adverse la partie de Bourgogne, car il vaut mieux premièrement démontrer les vices , et après démontrer le duc de Bourgogne criminel, que faire ainsi qu'il flt : c'est à savoir premièrement l'appeler criminenx sans aucune approbation ou vérification. Maintenant donc je laisserai le propos du procès principal, lequel est tel comme dessus est divisé en trois parties ; et tant qu'à la première partie qui traite de la justice du roi, je prends la parole du prophète qui dit :
Jiudtia et judieium prwparatio tedù tua
Car ces paroles sont écrites au 78* psalme , el est autant à dire au roi que justice et jugement sont la préparation de son siège. TanI qu'à la seconde partie regardant la malice de partie adverse , prenons la parole du proposant pour son parti ; c'est à savoir : Radiai omnium mttiorum eupidittu, qvam quidam appetente» erraverunt a fide. Cette autorité est écrite en la première épistole de monseigneur saint Paul à Timothée, au dernier chapitre , et est à dire : « Convoitise est la racine de tous maux , laquelle aucuns appelant évanouirent de la foi. »
Tant qu'à la tierce partie regardant l'innocence du défunt monseigneur d'Orléans , je prends la parole du prophète , disant au septième psalme : Judiea me tecundum juttitiam tuam, et teeundum innocentiam meam super me. C'est-à-dire : « Fais de moi justice selon ta justice , et selon mon innocence sur moi. » Après ces choses proposées je viens à la première partie, et prends la parole du prophète, qui dit : Juttitia et judieium praparatio tedit tuœ. Icelles paroles je puis adresser & la personne du roi notre sire , en disant s » Justice et jugement sont préparation de ton siège royal, » car royaume sans justice ne dessert point être appelé royaume , mais doit être appelé larcin , selon que le dit saint Augustin, au dixième chapitre du neuviènie livre de la Cité de Dieu. Rtgna, inquit, remota a juttitia, quid tunt nisi magtM latroeinia ? Les royaumes, dit-il, loins de justice, quelles choses sont-ils fors grands larcins? D appert donc comment le roi est tenu fure justice à tous les si^ets et garder à un chacun son droit ; et ce pour six raisons touchées au commencement.
Tant qu'à la première raison, qui est fondée en l'état de dignité royale, est à noter que dignité royale principalement est instituée à faire justice : le roi vraiment, au regard de ses sujets, est aussi comme le pasteur au regard de ses ouailles, comme dit est en Aristote, au huitième chapitre des Éthiques, c'est-à-dire des moralités, et au cinquième des Politiques, c'est^dire du gouvernement des cités ; où est déclaré comment le roi est tenu de conserver Justice , et au livre du Gouvernement des Princes.
Juttitia^ inquit, regnantit utilior ett tubdi-
UVRE PREMIER
IM, quam fertUitas iptiut. Cest-i-dire que la justice du régnant est plus profitable aux mtjets que n'est la fertilité ou richesse. Et le prqphëte dit en cette manière : Honor. inquit. régis judieium diUgit. L'honneur du roi, dit-il, aime justice et jugement. Cette justice, de quoi est faite mention, ce n'est autre chose que garder à un chacun son droit, de laquelle parole Justinien, l'empereur, au premier livre des Constitutions , dit : Juttitia est eotutatu eofam&w anieuique jut twtm tribuere. c'est-àdire justice est ferme et stable, baillant à un cbacon son droit. Et est à considérer que Justice ne doit point 6tre régie selon le plaisir , mais selon les lois écrites et les institutions du pays. Considérez donc comment est ordonné à faire justice et comment & ce faire TOUS êtes obligé. A vous donc la dames d'Orléans et ses enfants adressent leurs paroles , requérant justice, laquelle tous devez aimer et garder comme votre propre domination et royaume. Considérez les exemples et les Eùts des anciens , qui tant aimèrent justice , comme il appert par icelui lequel voyant que son fils avoit desservi de perdre les deux yeux selon les lois du temps , adonc voulut que son fils perdit un œil, et lui propre en perdit l'autre , afin que les lois qui étoient adonc ne fussent point violées ni corrompues. Ainsi le récite Yalérian au sixième livre , lequel parlant en autre endroit du roi nommé Cambyse , qui commanda à écorcber un faux juge, et fit mettre sa peau sur la chaire du juge, et puis après il établit et constitua le Us du dit faux juge en la chaire asseoir sur la peau de son père comme juge , en lui disant :
■ Quant tu jugeras aucune chose, ce que j'ai
■ bit à ton père te soit en exemple, et sa • peau, tenant à ton siège, te soit en mé- > moire. » O roi de France ! il te souvienne de la parole que dit David , quand le roi SaOl le persécutoit injustement : Dominât, inqmtt rttribtut unieuique teeundum juttitiatn guam. Cest à savoir : Notre-Seigneur Dieu rétribuera à un chacun selon sa justice. Ces paroles sont écrites au premier livre des Rois, au sixième diapitre. Tu donc , comme vrai ensuiveur de Notre-Seigneur , dois ce faire semblablement selon Ion pouvoir, et subvenir et aider à la personne qui est blessée et injustement persécutée.
Item, tu dois avoir mémoire comme Andro» nice, cruel homicide, fut condamné à mort au lieu où il avoit occis le prêtre de la Loi , comme il est écrit au livre de Machabeus. 0 roi de France, prends exemple au roi Daire, qui bailla aux lions à dévorer ceux qui mauvaisement avoient accusé Daniel le prophète. Considère la justice exécutée sur deux vieillards qui, par leur fausse accusation, avoient condanmé et avoient accusé Suzïinne. Ces choses ici apparoissent et sont écrites au livre de Daniel le prophète, au sixième et quatorzième chapitres. Ces exemples te doivent émouvoir à justice comme roi et souverain ; car ainsi que tes sujets à toi doivent obéir, en telle manière tu es tenu à eux faire justice; et ainsi que le sujet peut forfaire en désobéissant, aucuns pourroient douter et proposer que le sujet se pourroit exempter avecque tous ses biens de son souverain pour le refus de justice et équité. Sire , il le plaise à considérer cette parole, car pour justice tu ne dois rien douter, comme je déclarerai ci-après. Et pour la conclusion de cette première raison, dit la parole qui est écrite au livre de Job , au troisième chapitre : Cum juttitia indutut tum, etvettivi me vettiment, et di<idemate in eoronatione mea. C'est-à-dire : Je suis vêtu de justice, et m'en ai vêtu comme de vêtement et de diadème & ma coronation.
Conséquemment , très noble prince, je dis qu'amour fraternelle très grandement te doit émouvoir à justice, car, comme je crois, plus grand' amour ne pourroient avoir frères ensemble que vous aviez. Sois donc vrai ami à ton frère en jugement et en justice, car ce sera très grand' honte et reproche à toi et à la couronne de France, par tout le monde, si justice et réparation n'est faite de la mort de ton frère, si cruelle et infâme. Maintenant, il est temps que tu doives démontrer l'amour fraternelle ; ne sois point d'iceux amis de quoi parle le Sage, au huitième chapitre du livre de l'Ecclésiastique , disant en telle manière : Ett amicut et tocius mentœ, et non permanebit in die neeettitatit. C'est-à-dire : Il est aucun ami compain à table et à prospérité , mais il ne sera point ami en jour de nécessité.
Maintenant, comme nécessité le requiert et
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désire, dénMwtre-toi tel rrai ami que ta ne sois appelé de tout le monde feint ami, duqud parle Aristole, au neuvième chapitre des Moralités. Qui, inquit, fingitte eut amiewn et no» est. ftjor etteoqui faeit faltam monetam. Celui, ce dit Aristote, qui febt être ami < il ne l'est pas, et il est pire que cdui qui fait fausse monnoie.
Si aucun te dit que partie adverse soit de ton sang et de ta parenté, néanmoins tu dois haïr son péché, tu dois garder Justice entre deux amis, selon le dit Aristote au second livre des Moralités. Ihtobut. inqtUt, exitUntSttu amicit sanetum ett prœ honorare veritaUm, G'est-i-dire : C'est ferme chose et honorable préhonorer vérité entre deux amis.
Il te souvienne de l'ftpre amour qui étoit entre toi et ton fk^re; non mie que par ce veuille te attraire à faveur, mais tant seule* ment Je te enhorte t vérité et Justice. Hélas ! ce seroit peu de bien ou heurenseté être fils et trère du roi, si cette mort si cruelle étoit mise en oubli sans réparation, attendu que celui qui le fit occire le devoit aimer comme son frère; car en la sainte écriture les neveux et cousins germains sont appelés (Mres, comme il appert au livre Génesis d'Abraham, qui dit à Loth son neveu :
Non titjurgiwn inttr Uetme. pratru $nm tumut. C'est-à-dire : Tenson ne soit point entre loi et moi, en vérité nous sommes tous frères. Et saint Jacques est appelé frère de Notre-Seigneur; et toutefois ce n'étoit tant seulement que son cousin germain. Donc, tu peux dire à partie adverse la parole que dit Notre-Seigneur à Cam après qu'il eut occis son frère :
Voas tangtdnii fratris Ivi elamat ai me â« terra. Cest-à-dire : La voix du sang de ton frère crie i moi de la terre. Et certainement la terre crie et le sang se complaint; et icelui n'est pas homme naturel ni de bon sang, qui n'a compassion de telle mort si cruelle. El n'est pas merveilleuse chose, si Je dis partie adverse sembler à Gain, car en lui je vois moult des similitudes de Caln; car, ainsi que Caln, mu par envie, occit son f^ère, pource que Noire -Seigneur avoit reçu ses dons et sacrifices, et il n'avoit point les siens regardés, et pour tant il machina en son cœur
comment il pourroit occire son frère, en telle manière partie adverse, c'est à savoir le due de Bourgogne, mu par envie de ce que mon dit seigneur d'Orléans étoit agréable au roi, il machina en son coeur sa mort, et flnablement le fit cruellement et traîtreusement occire, comme il sera démontré en la seconde partie. Après , ainsi que Caln , mu par convoitise , commit celui inconvénient, ainsi partie adverse en tdle manière, mue par convmtise, fit ce qu'elle fit , comme il appert en la manière qu'dle maintint devant et après la mort de monseigneur d'Oriéans.
En outre, je trouve que Gain est interprété acquis ou acquisition. Par tel nom peut être partie adverse appelée ; car vengeance est acquise au roi en corps et en bien ; mais que justice ait règne, et ainsi il sera fait au plaisir de Dieu par sa provision. Et aussi par tes choses dessus dites appert comment partie adverse fait raisonnablement à être comparée A Gain.
Sire, donc il te souvienne de la parole des» susdite adressée à Gain ; c'est k savoir : Yox tangvime. La voix du sang de ton fMre, c'est la voix de la dame d'Orléans et de ses fils, criant et requérant A toi justice. Hélas! sire roi, pour qui voudrois-tu faire justice, si tu ne la faisois pour l'amour de ton frère? si tu n'as été ami à Ion sang, A qui seras-tu ami? Donc, attendu qu'on ne te demande fors justice, 6 très noble prince, considère que ton frère germain à toi est ôté ; dorénavant tu n'auras point de frère ni verras , car partie adverse a occis ton seul frère cruellement et dté de toi. Aie considération qu'il étoit ton frère, et tu trouveras que grandement il doit être plaint , et mêmement de toi } qu'il aimoit très parfaitement la reine de France, ta femme, et tes enfants. Derechef, par le grand sens qui en lui étoil, il honoroit toute sa lignée royale de France ; car à peine pourroit-on trouver plus facond, ni mieux proposant, ni répondant devant nobles , clercs et lais. Notre-Seigneur lui avoit donné et octroyé ce que te roi Salomon avoit demandé , c'est à savoir prudence et sapience ; un chacun sait bien qu'il étoit orné d'excellence et d'entendement, dont de lui on pouvoit dire ce qui fut dit de David au septième chapitre du livre des faits des apôtres : Sapiebat tieut Angebi* Domini. II
loa
atoit sa MpieMe toma» l'ange de &iea. Qui Toadroit parler de sa beauté naturelle , rien mire obose l'en ne pourroit dire, fors qu'il Atoîl ton image et ta semblance. Arec ce , de propre oondition , il étoit homme très débonnaire , car oncques ne fit bomme mourir ni battre, vi oncques ne procura la mort d'autroi ; et tonlefois U ayoit assez de puissance et aotorité de ce ttàn, et mémement & ses ennenàs, qui disoient niai de lui notoirement , lui imposant les maux que oncques ne prasa t et, en spédal, partie adverse eûtnil Itdt plusieurs fob mourir, s'il lui eût plu ; car en grand' puissance D'est pas requise à occire un homme trattreosement; mais en Térité oncques ne Tut de tel sang, car la condition du sang royal doit être de si grand' pitié et loyauté qu'à peine ponrroit-elle sooSIrir cruauté, homicide on trahison quelconque ; et au dit sang royal étoit moolt prochain monseigneur d'Orléans, car il étoit fils de roi et de reine. O roi Charles , A ta requisses maintenant, que dirois-tu7 qoeOes larmes t'apaiseroient? qui t'empéche<roit que tu ne fisses Justice de si cruelle mort? Hélas ! tu as tant aimé l'arbre , et si diligemment éleré en honneur, lequel apporta le fruit qui a fait [mourir son très cher fils. Hélas I rot Charles, ta pourrois dire droitement atee Jacob : F«ra fenima devorabit fUium meum. La bêle très mautaise a dévoré mon fils. Par» lie adverse mauvaisement a reconnu les grands biens que toi Charles foisois h son père : c'est la reconnoissance du voyage de Flandre, aoqœl toi et ton royaume mis en péril pour famour de son père. En yétiié les dons et bienfiiits dcmnés par toi à son père, par lui sont Jà mis en oubli. Sire, regarde donc, et avise madite dame d'Orléans, disant en requérant, avec le prophète : Domine . dedue me m juitiHa Uut jiropter inimieog meo$. Cest- I ^re: Sire, veuille-moi mener en ta Justice pour mes ennemis. Et ces choses dessus dites sont de la première raison. L'autre raison est fimdée en pitié, vue la condition des dits suppiianls : c'est k savoir, de madame d'Oriéans , veove et déoonfortée, avecque ses enfants innocents, tes neveux , qui sont orphelins et déeonforlés, non ayant père fors toi.
Ta dois donc plutM être enclin et contendre plus diligemment à foire Justice à iceux
suppliants, comme ils n'aient md refOge fors à toi, qui est leur sire souverain, et ils sont tes parents bien prochains, comme tu as bien «onnoissance. Vraiment A celle pitié t'émeut saint Jacques l'apêtre , en disant < « Jteligio manda et immaeidata ett vititare jmpiUoe et viduat in trilmlatione eorum. C'est-à-dire t Visiter les orphelins et les veuves en leur tribulation est religion pure et nette et sans souillure.
C'est grand' pitié une telle et si grand' dame être en telle peine sans desserte, laquelle peut être comparée à la veuve de qui parle Valérian, au sixième livre. loelle veuve avoit un fils, lequel injustement avoit été occis ; icelie veuve vint à Octavian, «mpereur, requérant Justice, et disant : « Sire, A moi soit fait jus- » tice et raison de la mort de mon fils in- » Juste et mauvaise. » Adonc l'empereur, qui Jà étoit monté A cheval pour un voyage, lui répondit : « Fille, attendez tant que Je serai » retourné , et adonc Je te ferai justice. • Et la femme, incontinent , lui dit : « Hélas! sire, » tu ne sais si Jamais retourneras, ne veudle » pas mettre Justice en dilathm. » A laquelle répondit l'empereur : « Si Je ne retourne, mon » successeur A toi fera justice. « Auquel répondit la veuve : « Sire, tu ne sais si ton suc- » oesseur voudra A moi faire justice ; il pourra » être qu'il aura empêchement comme tu ast • et posé qu'il fasse à moi Justice , quel hon- ■« neur sera A toi et quel mérite auras-tu de » ce pardevers Dieu? Tu es tenu de moi foire » JusUee, pourquoi donc qaiers-tu en antrui t> ton fait? » Adonc l'empereur, voyant la grand' constance de la femme et ses paroles être raisonnables, descendit de cheval, et incontinent, sans dilation, A elle fit raison et Justice. Et ce Iht le mérite pourquoi cinq ans après que ledit empereur mourut dessous la loi païenne, par les prières de saint Grégoire pape fut ressuscité et baptisé, se)pn ce que racontent les histoires.
O roi de France, icelui roi et empereur doistu ensuivre en inclinant A madame d'Orléans, veuve déconfortée A toi suppliant, laquelle autrefois A toi a requis, et encore requiert justice de la cruelle et injuste mort de son seigneur, lequel étoit ton frère. En ce ne vaut rien dilation ou attente A tes successeurs rois
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de France; car toi, coBune roi présent, h. ce singulièrement es obligé , considéré l'état des suppliants, c'est à savoir de la dame d'Orléans et de ses fils. Icelle dame est pareiUe k la Teuve de laquelle parle saint Jérôme, au second livre contre Jovinian , auquel il raconte que la flUe de Catoo, après la mort de son mari, souvent étoit en grands soupirs et gémissements sans, consolation : pourquoi les parents d'elle et voisins lui demandèrent combien celle douleur lui dureroit. Auxquels elle répondit que sa vie et celle tristesse finiroient tout ensemble. En tel et pareil état sans doute est madame dessus dite, car elle ne peut avoir remède fors par voie de justice, laquelle elle requiert. En vérité elle ne requiert pas voie de fait ou de vengeance , jaçoit ce qu'elle et ses fils soient plus puissants à l'aide de leurs parents, amis et alliés & prendre vengeance de la mort d'Orléans que n'est le duc de Bourgogne. Icelle voie de justice tu ne peux refuser, et partie adverse justement ne le peut fuir ni décliner. Attendue donc la condition des suppliants, sire roi, fais que de toi puisse être dite la parole du prophète disant à Notre-Seigneur : Jtutus Domimu et jtutitiat dilexit: aquitatem vidit vuhut ejtu. C'est-à-dire : Notre- Seigneur est justice et a aimé justice ; son regard a vu équite. Et ce est dit tant qu'& la dite raison tierce.
La quarte raison est en la partie du cas ; car icelle mort si cruelle, si vile et abominable ne semble point avoir pareille ni il est homme naturel qui sur icelle ne doive avoir compassion. Icelle donc bien considérée , tu dois être plus enclin à justice par la coutume des rois anciens, qui par grand' compassion , et mfimement de la mort de leur ennemi, pleuroient. Par plus forte raison tu dois coudoler sur la mort de ton frère , et icelui recouvrer par courage dUigent. Si ce n'est ainsi fait, très grand reproche sera à toi et à plusieurs autres. Nous Usons comment César, voyant la tête de son ennemi Pompée, commença à pleurer et dire que tel chevalier ne devoit point ainsi mourir; icelui même fut moult triste de la mort de Caton son ennemi et adversaire, en donnant grand' aide et consolation à ses enfants, en tant qu'il lui fut possible.
0 roi de France très débonnaire , à l'exemple d'iceux tu dois avoir consolation de la mort de ton frère, très cher et loyal ami ; considère la manière de la mort de lui, laquelle est moult lamentable et piteuse & remembrer. Hélas! si(e, si l'esprit de ton frère parlât, oh! quelle chose il diroit ! Certainement il diroit les paroles qui s'ensuivent, ouxMueiUes. « 0 monseigneur mon frère, regarde comment par toi j'ai reçu mort : c'est pour la grand' amour qui étoit entre nous deux; regarde mes plaies, desquelles cinq spécialement furent cruelles et mortelles; regarde mon corps abattu , foible et enveloppé en la boue ; regarde mes bras coupés, ma cervelle épandue hors de mon chef; regarde s'il est douleur pareille & ma douleur. Hélas ! il ne suiBt mie à partie adverse éteindre ma vie si cruellement et sans cause, maissisoudainementet traditreusement me surprit, ainsi que j'allois de la maison madame la reine par devers toi, pour quoi me mit en péril de damnation. En après, partie adverse s'est efforcée de diffamer moi et ma lignée par son libelle mauvais et diffamatoire. Sire roi, considère ces paroles: si ce seroieat les paroles de ton frère, s'il pouvoit parler. Sois donc plus enclin h faire justice. Ces choses pardessus ouïes, et attendu la requête présente de madame d'Orléans, fais que de toi puisse être dit et vérifié ce qui est écrit au second chapitre du premier livre des Rois : Dominut retributt unieuique seeundum jtutiam tuam. C'est-à-dire : Notre-Seigneur rendra à un diacun selon sa justice , et ce est tant que la quarte raison. >>
La quinte raison est fondée es maux et inconvénients qui pourroient advenir de ce cas si n'est faite justice, parce que diacun voudroit user dévoie de fait et être partie et juge; et avec ce s'en ensuivroient trahisons et divisions, par lesquelles pourroient être détruites les terriennes dominations, comme ci-après sera déclaré ; car, selon ce que disent les docteurs , très grand moyen de garder paix en notre royaume est que justice et jugement soit fait à un chacun. Et ce témoigne saint Cyprien, en son Uvre des Douze Abusions, disant ainsi : Juttitia régis, inquit, pax populorum , tutamen puerù, monumentum gentis, terrœ fœcunditas, tolatium paupemm, haredUat filio-