CHAPITRE U
l le roi de France St gntnd' «Hembiée à Paris, pour aniir «Tii eommenl on proeéderoit contre le duc de Boorgogne pour la mort da duc d'Orléans.
Or est ainsi que dorant le voyage que fit le due de Bourgogne au pays de liége , comme de»us estait, s'assemblèrent à Paris, au mandement du roi, très grand nombre de seigneurs: c'est à savoir, Louis de Sicile, Charles, roi de Navarre , le duc de Bretagne et le duc de Bourbon avec plusieurs autres , lesquels en la plus grand' partie étoient aidants et favorables avecqne la duchesse d'Orléans, douairière, et ses enfants, pour la mort de feu Louis, duc d'Or^ lèaos. Et (tarent tenus plusieurs conseils sur celte matière, pour savoir comment le roi se aoroit i gouverner à rencontre du duc Jean de Bourgogne, qui étoit principal facteur de cet homicide, comme en autres lieux est plus à plein déclaré. Esquels conseils finalement fat omelu qu'on proeéderoit contre lui en toute rigoenr selon les termes de Justice; et que s'il ne Touktit obéir, le roi, tous ses vassaux et su- Jets M mettroient sus atout la plus grand' puissance qu'ils pourroient flner , et aller contre loi pour le subjuguer et faire obéir et tous ses aidants. Et mémement en ces propres jours, au pourchas de la dite duchesse d'Orléans et de ses enfants , en la présence de la reine, dd
duc d'Aquitaine et de tous les princes là étant avec le conseil royal, le roi renonça et annula du tout les lettres de pardon qu'il avoit autrefois données et octroyées à icelui duc de Bourgogne pour la mort dessus dite, et jugea icelles être de nuUe valeur : de laquelle renonciation la dessus dite duchesse, pour elle et ses dits enfants, demanda lettres, lesquelles elle obtint. Et bref ensuivant se partit de Paris, avecicelle fille, femme au jeune duc d'Orléans, et retourna à Blois ; et bref ensuivant vinrent certaines nouvelles devers le roi, et tous les seigneurs étant à Paris , comment le duc de Bourgogne avoit victorieusement déconfit les Liégeois; et retournèrent devers le dessus dit roi de France les ambassadeurs qu'il avoit envoyés devers lui, est à savoir messire Guiehard Dauphin et messire Guillaume de Tignonville , dont dessus est faite mention, lesquels avoient été, comme dit est, à cette besogne, et racontèrent de point en point toute la manière et conduite qui avoit été foile. Par lesquelles nouvelles plusieurs qui avoient été par avant icelles fort enclins et volootifs d'eux montrer être ennemis au dessus dit duc de Bourgogne, commencèrent à baisser les têtes et à être d'opinion contraire que par avant avoient été, doutant la constance, hardiesse et puissance qu'avoit lors icelui duc ; lequel, comme on leur disoit, étoit réconforté , à tous périls, fortunes et aventures qui lui pouvoient advenir, de résbter con» tre tous ceux général«nent qui se voudroient trouver ses adversaires. Et à vérité dire, bref ensuivant, toutes les conclusions qui par avant avoient été prises contre lui furent mises à néant et dérompnes sans icelles poursuivre ni mettre à effet; et fut ordonné que tous gens de guerre se retrabiroient es pays dont ils étoient venus.
Et adoncf les ambassadeurs du roi d'Ao^eterre , qui étoient venus à Paris devers le nn de France pour impétrer trêves entre les deux royaumes un an entier, lesquelles ils obtinrent, s'en retournèrent du dit lieu de Paris par Amiens à Boulogne sur la mer et i Calais ; auquel chemin ouïrent derechef nouvelles de la victoire qu'avoit eue le dit duc de Bourgogne en Liége, comme dessus est dit, dont ils se donnèrent grands mwveilles, et le nommèrent Jean sans Peur. Lequel duc de Bourgo*
CHRONIQUES D'ËNGUERRÂND DE MONSTRELET
gm pour ce temps étoit moull attentif et earieax d'altraire de son parti plusieurs noUes hommes et gens de guerre de tous les pays, afin de lui fortifier contre ses adversaires , desquels il entendoit à avoir plusieurs. Et avec ce tint plusieurs conseils avec ses deux frères et ses deux serourges; c'est à savoir *le duc Guillaume et Jean de Bavière , et plusieurs autres ses féables et conseillers, pour avoir avis et délibération comment il se auroit à conduire et gouverner sur les grands affaires qu'il avoit touchant cette matière. Esquels conseils conclut finalement de résister à toute puissance contre tous ceux qui nuire lui voudroient, réservé le roi en sa personne et le duc d'Aquitaine. Bt aussi lui promirent ses deux frères et ses deux serourges dessus dits de lui faire toute raide et assistance qu'il pourroient, tant de leurpersonne comme de leurs sujets, en réservant seulement le roi et ses enfonts.