CHAPITRE LY
Comment deux chtmpt debtUille niT«nl promiu lort i bira t P«ri*, {>réim( la rai. De l'arch«TêVM4e Bhefau» V* Ait mort, et du coocila de Pice.
Environ l'ascension , Charles , roi de France, qui avoit été longue espace malade, revint en santé. El tantôt après les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon retournèrent à Paris, et plusieurs autres grands seigneurs. En lequel temps furent foils deux champs de bataille en la place derrière Saint-Martindes-Champs , présents le roi et les seigneurs dessus dits; est à savoir le premier d'un gentilhomme , chevalier breton , nommé sire Guillaume Bariller , contre un Anglois nommé messire Jean Carrington ; et fût pour cause de foi mentie l'un à l'autre. El après quMIs fUrent mis ensemble , et que Montjoie , roi d'armes , eut fait et publié les cris et défenses accoutumées , et aussi qu'il eut déclaré qu'ils fissent leur devoir, le dit messire Guillaume, qui
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
étoit appelant , issil premier de son pavillon , et commença à marcher moult fièrement contre son adversaire, lequel pareillement vint contre lui; et quand ils eurent Jeté leurs lances Tune contre l'autre sans eux atteindre , ils commencèrent de leurs épées. Et en ce faisant, fût le dit Anglois un petit navré par-dessous ses lames; et tantdt le roi les fit cesser, et depuis furent ramenés à leurs hôtels très honorablement, et issirent du champ aussitôt l'un comme l'autre.
L'autre champ si fut du sénéchal de Hatnaut à rencontre de messire Jean de CornouaiUe , anglois , chevalier de grand renom , lequel avoit lors épousé la sœur du roi d'Angleterre ; et ètoienl lors icelles armes entreprises à faire par iceux deux chevaliers devant le duc de Bourgogne à Lille , tant seulement à montrer leur prouesse ft courre certains coups de lance l'un contre l'autre, et aussi à faire aucuns coups de haches et d'épées : mais quand le dit duc de Bourgogne eut fait préparer le camp où ce se devoil accomplir, les deux champions dessus dits furent mandés à aller à Paris devers le roi pour parfaire leur entreprise. Et là, après les ordonnances faites et le jour venu, le dit Gomouaille entra premier au champ, moult pompeusement chevauchant sou dextrier , jusqu'à tant qu'il vint devant le roi , lequel il inclina et salua très humblement , et étoient après lui six pages sur autres six dextriers, desquels les deux plus prochains de lui étoient couverts d'hermines, et les autres quatre ensuivant avoient couvertures de drap d'or. Et après ce qu'il fut entré es lices, les pages dessus dits se partirent du camp : et bref ensuivant, vint le dit sénéchal, accompagné du duc Antoine de Brabant et de Philippe comte de Nevers , frères , étant à pied , et tenant le frein de son cheval, l'un à dextre, l'autre à sénestre : et le comte de Clermont portoit sa hache, et le comte de Penihièvre portoit sa lance. Et après ce qu'il fut entré au champ et qu'il eut fait la révérence au roi , comme avoit fait le dit Cornouaille, ils se préparèrent tous deux pour aller jouter de fers émoulus l'un contre ï'aolre : mais devant qu'ils s'émussent à courre, fut crié de par le roi Charles qu'ils cessassent et n'allassent plus avant en faisant icelles armes. Pour lequel cri ils furent tous
deux très déplaisants; si retournèrent tous deux en leurs hôteb. Et derechef fut crié et défendu de par le roi qu'ils cessassent et n'allassent plus avant en faisant icelles armes, et que nul, sur peine capitale, dorénavant en tout son royaume n'appelât autrui en champ sans cause raisonnable. Et depuis, quand le roi eut grandement festoyé et honoré à sa cour les deux chevaliers dessus dits , ils se départirent et s'en allèrent eux deux , comme on disoit , en Angleterre , sur intention de poursuivre et accomplir leurs armes.
Durant lequel temps, le cardinal de Bar, fils au duc de Bar, et Guy de Roye, archevêque de Rheims, avec eux maître Pierre d'Ailly , évèque de Cambrai, et plusieurs autres prélats et notables gens d'église, allant au concile général qui alors se tenoit à Pise, furent logés en une ville sur la mer, nommée Youltre, séant à quatre lieues de Gênes ou environ; en laquelle ville le maréchal du dit archevêque eut noise et contest contre un autre maréchal de la dite ville, pour le salaire de ferrer un cheval, et multiplia tant le discord, que le maréchal de l'archevêque tua icelui de la ville , et prestement il s'enfuit à sauveté en l'hôtel de son matlre. Auquel lieu ceux de la dite ville soudainement en grand nombre tous émus vinrent pour venger le dit maréchal occis. Et quand le dit archevêque ouit la noise, lui étant en grand ennui pour la dite besogne, descendit de sa chambre en parlant à eux doucement, et promettant que prestement il feroit amender la dite offense à leur volonté ; et pour iceux mieux apaiser mit son dit maréchal en la main du juge de la dite ville, lequel étoit lieutenant de Boucicaut, maréchal de France, adonc gouverneur de Gênes : mais ce rien n'y valut ; car ainsi qu'icelui archevêque parloit à eux hors de l'huis de son hôtel , l'un d'iceux lui lança un javelot parmi le corps droit au cœur , si douloureusement qu'il chut là présentement tout mort, sans parler depuis aucune parole, dont ce fut pileuse chose : car il étoit très notable prélat bien conditionné et de noble lignée ; et après que ce fut fait , ne leur sufiit pas à tant ; ainçois incontinent mirent à mort le juge des- $us dit de leur ville, et le dit maréchal.
Et avec ce vouloient enforcer l'hôtel du dit cardinal de Bar> où la plus grand' partie des