ALLOCUTION DE L'ABBÉ MULLOIS
CHANuINL Dl SAINT-DENIS, MISSIONNAIRE
Les dangers de l'âme en état de péché mortel
Vœ nobis quia peccav muis!
Malheur à nous, car nous aven-
Le péché mortel! faut-il donc vous en parler. II. E.. faut-il donc en revenir toujours là? Ah! c'est bien triste!
(I) Nous reproduisons ce petit chef-d'œuvre doctrinal de l'illustre conférencier de Notre-Dame, bien qu'il n'ait pas été adressé à des enfants, parce qu'il peut facilement être mis à leur por;
SUR LES DANGERS DE l'.VME. GO
je vous avoue que j'éprouve quelque embarras et aussi quelque honte à le faire.... Car enfin, qu'est-ce qu'une assemblée de chrétiens? C'est une réunion d'enfants de Dieu; et qu'est-ce qu'un péché mortel?.... C'est un acte indigne, c'est un acte inqualifiable, c'est Vacte d'un mauvais fils.... Or, qu'est-ce qu'un enfant auquel on peut dire : Tu as outragé ton père, tu as fait pleurer ton père, vat'en consoler ton père.... tu es un méchant fils?....
Le péché, voilà ce qui nous attriste, nous autres prêtres. — Si je pouvais vous faire comprendre ce que c'est que le péché mortel, sa nature, ses suites, le mal qu'il nous fait, le mal qu'il fait à Dieu et la haine que Dieu lui porte.... Nous essaierons d'en dire quelque chose, afin d'en finir une bonne fois avec ce malheureux péché mortel....
Oui, M. E., il se passe sous nos yeux quelque chose de désolant, de navrant; d'inexplicable, de bien humiliant pour notre cœur.... Nous avons tous là-haut dans le ciel un Dieu, un père ; nous le croyons : nous ne sommes pas athées; nous repoussons l'athéisme impie.... Ce Dieu est même notre seul père.... De lui est venue toute paternité.... En sa qualité de père, et pour notre bien, il nous a donné des ordres, il nous a fait des défenses que nous ne devions pas transgresser : c'était son droit.... c'était pour notre bonheur même.
Eh ;.ien. ie croiriez- vous? il se trouve des hommes qui passent par-dessus les ordres du Père qui est aux cieux, qui lui disent ce qu'un (ils bien élevé n'a jamais dit à son i ère, ce qu'un honnête domestique n'a jamais dit à son maître : Je ne veux pas.
Voilà le péché mortel, il est là tout entier, c'est une désobéissance grave à Dieu, c'est un non formel jeté à ce terrible : Je le veux, moi, du Maître de l'univers, de Celui qui donne la vie et la mort : c'est l'insolent défi d'un enfant
Tu
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que
1 mou bon . p. »
M. I unmettre 1 i D
van table.... C'est u qu'en tremblant .
Il faut qi [ue Dieu,
ir, réprow une éclatante ruplur Au momenl où vous commette! un péché i
S'' i i el voua no
hiMcs, une de ces déchiras
revoit aujourd'hui trop souvent.... où on mal
est condamné ï chas o un fila coupabl
Dieu doit étendre sa m ur vous, et vous dire : « Tu
ne veux pas, tu me d< , a moi, ton père, tu me
repousses, eh bien! va-t'en, je ne faim plus t'aimer, je t'abandonne à ta triste d sous Le coup de mes ix. prends
garde que la mort ne le : entre toi et moi .elle
justice, il n'y a plus que la vie.... > Voilà la scène qui doit se passer, ou plutôt c'est quelque chose de plus déchirant : c'est un amour immense blessé, méconnu, repoussé.
If. E., sans doute vous n'avez pas été sans rencontrer dans votre vie quelqu'un de ces tristes et vénérables vieillards, réduit à repousser loin de lui un méchant fils; la douleur était dans son âme, de grosses larmes coulaient peut-être pour la première fois sur ses joues, son existence tout entière était empoisonnée.... et vous l'avez entendu exhaler ces plaintes : « Hélas ! pourquoi suis-je encore sur la terre? que fais-je ici-bas? pourquoi ne suis-
SUU LES DANGERS DE l'âme. 71
je pas mort quand mon enfant était au berceau?.... voilà donc La récompense de lout ce que j'ai fait pour lui.... Uh ! c'est trop d'injustice, c'est trop d'ingratitude.... je ne puis le revoir qu'après une solennelle expiation.... il m'a jeté
l'injure à la face, il a insulté mes cheveux blancs.... » Et à ce spectacle votre âme a été révoltée, l'indignation vous | arraché ces paroles : ■ C'est infâme! faire souffrir ainsi son père! Oh! le misérable! »
M. E., réservons toute notre indignation pour nousmêmes, nous avons fait tout cela, nous avons fait davantage. Nous aussi, nous avons la -haul un père, un excellent père, le meilleur et le plus vénérable de tous les pères; et nous lui avons l'ait de la peine, nous l'avons forcé de nous
repousser, de nous maudire lussi il s'en plaint avec
amertume dans l'Ecriture.... « J'ai nourri des enfants, lit-il, et je les ai bien élevés, et ils m'ont méprisé : Filios û&utrivi et cxultaui, ipsi vero spreverunt vie.... » Mais, ajoute-l-il, « Malheur, malheur a celui qui a péché! Vue geitti peccatrici! »
En effet, que voulez-vous que devienne un homme qui est sous le coup de la malédiction de Dieu?.... que voulezvous que devienne le maudit! 11 a malgré lui le sentiment de son iniquité. 11 y a en lui du Caïn : Eris vagus et profugus super terram; il se sent livré au mauvais penchant de sa nature, et la pensée de la mort le glaoe d'effroi.... 11 est lenlé de dire aussi : Le premier qui me rencontrere me tuera. Commenl donc vivre dans cet état?
La foi nous dit (car ici, M. E., je veux toujours marchar appuyé sur l'Evangile, la chose est trop grave), donc la foi nous dit que L'homme surpris par la mort dans L'état du péché mortel est perdu a jamais : Nihil coinquinalum intraùil in regnum cœlorum. Or, quelle plus grande souillure qu'un péché mortel!.... Péché grave et ciel: deux
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! imea diront : « La paix, la paix, » La d comme un coup de foud une fois prem omnibus >' Donc, mes bien
dans l'état 'lu pi '• I. ;i tout i:
seconde, w>u< pouvons tomber sous Les coups de la justice
de Dieu. de la terre dans L'éternil c'est affreux de le p ie, rien q;
. mon Dieu ! il n'y a que cela !
Or. us bien ce qu
quelquefois z-vous ce qu'elle est. no
les meilleures conditions, avec la . la force •
Ban té?
Oh ! la vie. M. E. bien-aimés, Dieu et les hoinmes en ont dit des choses qui font frémir.
La vie, a dit Dieu, c'est un brin d'herbe.... la vie est un souffle oui va et qui. vient. nu; a été • i\ct .3 ai i£Ul Lôliti sans v : s en trciiapper. i
ritus vadens et rediens.
Et la science elle-même, malgré tout son progrès, dit comme Dieu : La vie, elle réside dans un petit nœud composé de légers filaments. Si le nœud se brise, le mouvement vital cesse, puis c'est la mort.... puis c'est l'éternité....
Un médecin célèbre disait : Si les hoinmes songeaient à combien peu de chosa tient leur vie, ils ne vivraient pas
SUR LES DANGERS DE l'aME. 73
un instant tranquilles : figurez-vous un fil de soie, un cheveu.... c'est là souvent ce qui la soutient....
Voilà la vie, M. E., voilà cette vie à laquelle on s'attache; tel est ce fil auquel on donne de si violentes secousses, au risque de le briser; ce n'est que cela, rien que cela. Entre nous et la mort il n'y a qu'un pas. Uno tantum gradu ego morsque dividimur.
Mais ôtez la vie, brisez ce fil, cette toile d'araignée; pour rame coupable, c'est l'enfer.... c'est l'éternité....
Et ici, mes bien-aimés enfants, tout est impuissant : le courage, la bravoure même sont inutiles; on ne lutte pas avec la mort; la nature la plus vigoureuse pâlit en présence de la mort vue de sang-froid, surtout de la mort subile.
Un prêtre disait un jour à un jeune officier de cavalerie certainement très brave : « Vraiment, vous devriez vous confesser, il ne vous manque absolument que la pratique de la religion. — Oh! répondit-il, croyez bien que je ne suis pas un impie, et que si je me voyais malade je me hâterais de me confesser.... — Mais, reprit le prêtre, si la mort allait vous surprendre? — La mort subito, n'en parlons pas, répliqua l'officier; dans l'étal où je suis, si j'y pensais seulement une demi-heure, j'en deviendrais fou.... » — L'infortuné! six mois après, une chute de che\al le jetait à L'improviste dans l'éternité....
Oui, il y a de quoi frémir quand on songe qu'à chaque instant Dieu peut dire de notre vie : Assez, assez, c'est fini, finis vcnit. A l'heure qu'il est je vous parle et dans un moment je vais voir l'éternité....
Par le péché mortel, Dieu vous a détaché de lui; il vous a jeté dans l'anime; mais vous vous êtes suspendu, accroché à la vie, comme un homme qui tombant d'un toil s'accroche à la gouttière qu'il rencontre.... Mais bientôt
elle fléchi L elle fl allez tomber.... \dh
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I el de La réprobal auquel vou ;
il Le Lient par une d votre sort es i enl
U lies publique t. U ; i qu
années, un fail qui glace r
(n homme I L'audacieux
aigles : Leur nid était placé deux ctMiis pieds, el ce nid se tr pieds du sol. 11 ae fail ail bras, puis se I
armé d'un sabre pour repousser L< a où
ils voudraient pi 11 arrive au nid. il
- apare de la nichée, Les aigles fondent sur lui, il se défend intrépidement, frappe à droit victorieux; il «allait remonter triomphant quand il s'aperçoit qu'en se détendant il a pi entièrement cou qui le soutient, il n'en restait plus qu'un assez faible cordon.... Quelle position!.... le voilà suspendu à cent cinquante pieds du sol.... par un fil.... au-dessous de lui il voit des roches pointues; s'il tombe, il va être broyé, moulu. A ce moment le frisson de la terreur court dans toutes ses veines, sa respiration est haletante. Il crie en désespéré qu'on le remonte doucement, doucement.... Il arrive, il est sauvé, mais sa fraveur avait été si grande que ses cheveux, dans le trajet, avaient changé complètement de couleur : en quelques secondes ils étaient devenus blancs.
SUR LES DANGERS DE l\\ME. 75
Oui, M. E., cette position était affreuse, on ose à peine s'y arrêter. Mais.... mais, hélas! mes pauvres et bienaunés enfants, faut-il que je vous le dise, faut-il que la force de La vérité m'y contraigne? Je vais le dire tout bas : je sais quelqu'un qui, ici, ce soir, court un danger plus imminent, c'est l'homme qui est en péché mortel, s'il y en a un parmi nous. Ce n'est pas au-dessus de rochers pointus qu'il est suspendu, c'est au-dessus du brasier de l'enfer.... Ce n'est pas par un cordon, c'est par un fil. Ce n'est pas une main amie qui le tient.... C'est la main de Dieu, la main de ce Dieu qu'il a outragé, auquel il a dit : Je ne veux pas vous obéir : Non serviam. Qu'il le veuille, qu'il desserre un peu les doigts.... oh! il est mort, il est fterdu.... Voilà la vérité pour tous.... Ici nul homme, quel qu'il soit, ne peut rien.... La richesse, la science, la force, sont impuissantes.... Je défie tous les savants, tous les politiques du monde, de tirer un seul homme de là, de s'en tirer eux-mêmes.... Que la mort étende sa main, la tête orgueilleuse s'inclinera comme les autres.... Comment donc vivre, M. E...., et surtout comment dormir dans cet état?
Le sommeil est l'image de la mort ; on a vu bien des hommes s'endormir et ne se réveiller jamais. Le voilà, cet infortuné, étendu dans son lit; il dort, il dort, mais se réveillera-l-il? 11 dort.... mais la mort, elle, ne dort pas, elle est là au chevet, elle étend sur lui sa main froide et décharnée, elle se dit : « Vienne le moment marqué par Dieu, il est à moi ; » et l'enfer dilate ses entrailles pour rerevoir une victime.... Comment donc pouvoir dormir? Vous me direz : 11 y en a beaucoup dans cet état, je ne suis pas le seul.... Qu'importe, vous n'en serez pas moins perdu.... Le nombre des méchants ne fera jamais peur à Dieu, et ne changera pas un iota à ses volontés, à sa justice.
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olr comment an bomm dans L'étal du morU 1 : I
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il oublia. ! ;
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prit. Elles L'inquiètent, il veul l- :
tourne et phème, il appelle parole est Loujoui Bpectre de L'autre m
dans la moelle des os. A la fin, en quelq icu,
il s'arrête et se dit :< À] it, il ai fre;
malheureux que je suis. j. D eu, je D pas
athée : mais quelle vie 8
reux.... Demain je vais trouve) pe : je lui
derai pardon de ma Légèreté, el c'est lui qui saura toutes les abominations de ma vie. »
Il fut fidèle : il revint à de meilleurs sentimo: au-
jourd'hui c'est un m o distingué et un membre d'une conférence de Saint- Vincent de Paul.
Il avait raison, mes bien-aimés enfants; mais ce qui était vrai pour lui est vrai pour nouée soir, nous pouvoiv si tomber de notre lit d;: fer.... Nul ne peut répondre que ce n'est pas le de: jour.... Mais il estime issue pour s'échapper.... une bonne et franche confession, et nous voilà sauvés : après cela plus de craintes, plus d'angoisses, l'âme cœur se dilate. Je suis heureux, mes bien chers enfants, de vous laisser sous cette impression.... Oui. réconciliezvous donc avec Dieu. C'est si facile! vivez en paix avec
votre Père des deux.... jusqu'à ce que le temps vous mène à ce repos qu'on appelle la bienheureuse éternité.
ALLOCUTION SUR LA CONVERSION DE SAINT AUGUSTIN 0) d'après monseigneuh ddpanloup, évèque d'orlAan8
M. E., vous ne savez peut-être pas ([ue S. Augustin a été l'un des plus grands pécheurs qu'a jamais vus L'Eglise. Mais après son admirable conversion, il est devenu l'un des plus erands saints dont elle s'honore, et son âme si souillée devint aussi belle et aussi pure que son génie était vaste et sublime.
La miséricorde de J.-C. m'a sauvé, disait ce grand saint, pour ranimer l'espérance des pécheurs les plus endurcis et donner un exemple touchant de la patience avec laquelle il attend les âmes les plus égarées.
M. E., et vous aussi vous avez été de grands pécheurs comme S. Augustin, et vous aussi vous l'avez imité dans ses égarements. Je veux aujourd'hui vous raconter la belle et touchante histoire de sa pénitence, afin de vous animer d'une noble et généreuse ardeur pour marcher sur ses traces, l'imiter dans son retour à Dieu, et devenir peutêliv, comme lui, de grands saints. Ecoutez bien :
Au troisième siècle de l'Evangile vivait à Tagaste, ville de Numidie, en Afrique, un jeune homme né de parents chrétiens. Patrice, c'était le nom de son père, était un païen, colère, ambitieux, livré à tous les vices. Cène fut que vers la fin de sa vie que sainte Monique, épouse de Patrice, mère
(1) La Chapelle Saint- Hyacinthe, souvenirs des catéchismes de W Dupanloup. — Chapelliez, édit., Paris, 29, rue de Tournon.
et d'aimabli
\i. nom du Jeui
nce, in ardente, une bi illanl Ible, un h
ron édifi le bonheur. M
cruellement trom]
D a plu tendre en: .ies
corruptrices qui lui rai u
comme il nous L'apprend lui-même, il | joie
et son bonheur.
Combien aussi parmi vous, II. E., qui ont tout perdu avec leur vertu : Leur bonheur n'a pas duré temps que leur innocence. Combien parmi qu'ils ont banni 1 ur, qui n'on».
une seule fois un . une joie pure, un inne
plaisir. Ah ! c'est que toute la m lieu de tribula-
tion el d'angoisse pour une mauvaise conscience.
Augustin l'éprouva : livré à de mauvaises couq il s'abandonna avec elles aux passion :oupa;
La pente au vice est rapide : rien bientôt ne fut plus capable de l'arrêter, et il se noy; pudeur dans les plus vils plaisirs.... 11 s'accusa lui-même, ou plutùt il se vanta de tous les maux ; son front ne sut plus rougir, et son iniquité croissant sans mesure et montant jusqu'au comble, il appela le mal bien et le bien mal, et, si ce n'eut pas été assez pour lui. il trouva sa joie à faire triompher hautement le vice, insultant aux âmes touchées, riant de la simplicité des cœurs vertueux ; heureux lorsqu'il avait pv triompher de leur faiblesse en les forçant à rougir de
leur vertu. Ce n'est pas tout encore : comme la corruption du cœur est presque toujours la mère de l'incrédulité, il fit bientôt un triste naufrage dans la foi, et, Dieu le livrant aux folles visions de son cœur, il crut tout voir, tout entendre, et il ne vit ni n'entendit rien ; un esprit de vertige l'aveugla, et il enfanta les erreurs les plus monstrueuses.
Tels fuient les tristes fruits de son oisiveté et de sa coupable négligence à suivre les bons conseils de sa pieuse mère.
On différa de lui donner le baptême, de peur de profaner la sainteté de ce sacrement.
0 M. E. ! combien de vous peuvent se dire en ce moment : Infortuné que je suis ! Hélas ! je n'ai qu'à descendre dans le fond de nia conscience pour y trouver tous les vices et tous ies honteux péchés d'Augustin. Hélas! si jeune encore, dans ce qu'on appelle l'âge de l'innocence, est-il bien possible que je sois un aussi grand pécheur, et que déjà j'aie mérité mille fois l'enfer! Et ce n'est pas tout : quel fonds de misère et de corruption je découvre en moi ! Je suis capable de tout. Quels crimes n'ai-je pas été sur le point de commettre, si la Providence ne m'eût secouru? Tant d'enfants sont déjà des libertins et des incrédules consommés! Si j'avais été dans les mêmes circonstances qu'eux, je serais tombé dans le même abîme, et eux, s'ils avaient eu les mêmes grâces que moi, ils seraient des saints !
Oh ! que mon âme est noire et coupable ! Je suis tout pénétré de douleur et de honte! accablé de remords et d'horreur ! Grand Dieu, que j'ai tant outragé, est-il bien possible que vous me receviez dans vos bras paternels?
Mais, G. E., ne vous découragez pas. Vous avez imité Augustin dans ses égarements, imitez-le dans son retour. S. Augustin a été un plus grand pécheur que vous : il s'est
converti ; voui le p i
bien celle pensée dai
Indigne pécheur, el Je p tilr on . un
ainl ' M le lem]
• i Le dernier effort de la D
communion.
Appliquez le n i de la >
< pendant Ba pi< ;i i »
Augustin riait de ses larmes. En vain lui m
(loulou:
pour elle. En vain lui disait-ell
combien il m'est douloureux d< ir courir i
perte; si vous saviez tout ce que je souffre]
\ ous él >igner 'i'- La ve\ lu : û mon iil<. mon soulagez mon cœur : qui m'est p]
que mes entrailles^ rendez-moi. A j'ai
perdu : si la vertu surmonte en vous le et je
vis heureuse ; mais si le vice vous entraine m; :lu,
votre mère ne peut plus vivre.
Augustin traitait ces paroles de discours de femme. Alors sa mère se taisait, dévorait sa peine, étouffait ses soupirs, attendant du ciel que son fils revint à Dieu.
Tout à coup Patrice, toujours ambitieux et fier des merveilleuses dispositions du jeune Augustin pour les sciences, s'inquiétant peu qu'il fût vertueux, pourvu qu'il fût éloquent, le força de s'appliquer à l'étude des lettres humaines. Augustin fut obligé de secouer sa paresse et de s'arracher à sa mollesse pour obéir aux ordres sévères de son père. Mais, comme son génie était vaste et sublime, son âme ardente, il prit tout d'un coup la passion de l'étude. Ses succès furent prodigieux: il n'avait pas encore
vingt ans qu'il était déjà un orateur distingué. Son père, au comble de ses vœux, crul qu'il était temps de le produire. AhihisI in parut et jeta un grand éclat. On ne parlait plus à Carthage, capitale de l'Afrique, que de sa belle et pompeuse éloquence. Carthago ne lui parut pas encore un théâtre digne de son mérite. Il résolut d'aller chercher la gloireà Home, capitale de l'empire et du monde.
11 y parut, traînant toujours après lui les chaînes honteuses de ses passions, qui commençaient à lui paraître bien pesantes, mais qu'il n'avait pas encore le courage de rompre. Dieu, qui l'aimait et avait résolu, dans sa bonté, de faire éclater sa miséricorde dans l'abîme de ses misères, avait fait, ii la lecture des livres des sages profanes, naître dans son cœur le mépris des espérances du monde et le désir de la sagesse et des biens immortels. Il avait été même jusqu'à adresser à Dieu quelques prières pour demander sa conversion; mais, comme il nous l'avoue lui-même, il n'eût pas voulu être exaucé sitôt. C'est ainsi que ses passions, toujours plus fortes, l'emportaient ; il languissait toujours dans ses vices honteux, soupirant dans son esclavage et craignant de le rompre, sachant où était la source du vrai bonheur et n'osant s'y plonger. Jamais personne ne sut mieux que lui ce qu'il en coûte pour vouloir se partager entre Dieu et le monde, entre la piété et les plaisirs, entre ses devoirs et ses passions.
11 lisait alors les saintes Ecritures ; mais c'était avec un voile sur le cœur ; il ne savait pas alors ce qu'il nous apprit depuis lui-même, que les livres saints, inaccessibles à l'orgueil des sages du siècle, sont comme un glaive à deux tranchants, qui répand une douce lumière pour les yeux humbles et dociles, mais aussi des ténèbres vengeresses pour aveugler la sagesse vaine et intempérante des esprits superbes. 11 ne savait pas qu'il n'y a que les humbles
i m- ;i qui I '
il- pai [Ufl el le conjura de pai
fallait pi m- lui. I
&, lui !. ;i\ ez confia ....11
coûte i.'ini de |
ni jusque ; de l.
ouvrirent son coeur aux plus i
M. E., n'y a-t-il pas p< ivre j
Justin, quelque j leleine, qui a fait déjà ré-
pandre bien des lapn. a mère? qui, d
méprise ses avis les plua mai» plus
tendres. En vain elle pleure sur ses égaren Larmes. En vain elle lui montre son cœur brisé et ses entpaillrs maternelle .lié pour elle!
Mères infortui tenlir jusqu'au fond de vos
cœurs et y être reçues comme un oracle dur. oies
touchantes : Non, il est impossible qu'un enfant qui coûte tant de pleurs à sa mère pc : Et \-
qui m'écoutez, puissiez-vous, comme A 2 ;yer
bientôt ces pleurs amers que vous faite- des
yeux qui ne devaient t sur vous que des larmes de
joie.
Mais revenons.
Cependant vers cette époque. Augustin perdit un de amis, qu'une maladie cruelle lui enleva en peu de jours. 11 fut inconsolable de cette perte. Rien, nous dit-il lui-même, n'avait plus aucun charme pour moi, ni l'ombrage des
bois, ni les jeux et les ris, ni Lee chants, ni les festins. Rien ne pouvait adoucir l'amertume de ma douleur.... C'est ainsi que Dieu, qui le voulait tout à lui, rompait d'une main miséricordieuse les liens qui le retenaient captif, loin de l;i vertu et du bonheur, et préparait ainsi son entière conversion.
M, lis tout d'un coup l'orgueil et l'amour de la gloire tendent un nouveau piège à Augustin : on lui offre la place honorable de maître d'éloquence dans la ville impériale, à Milan. Augustin, ivre de joie et d'orgueil, au comble de ses vœux, accepte avec empressement, et ne songe plus qu'à l'honneur de parler devant l'empereur. 11 vole à Milan.
C'était dans celte ville que Dieu l'attendaiL ! Augustin n'y venait chercher que les vains succès de la gloire humaine, et Dieu, dans sa miséricorde, se préparait à ouvrir ses yeux à la douce et pure lumière de sa grâce, et à ramener son cœur à la vertu et à la sagesse.
11 y vit S. Ambroise. 11 ne put le voir sans l'aimer : c'était un saint évoque qui avait déposé de hautes dignités et renoncé aux plus brillantes espérances, pour venir chercher parmi d'humbles ministres des autels une plus solide grandeur. La voix du premier pasteur, cédant aux désirs des peuples, l'avait appelé au gouvernement de l'Eglise de Milan.
Augustin alla se présenter à S. Ambroise; il en fut reçu aver une bonté paternelle qui commença à attendrir son cœur. 11 écoulait assidûment ses sermons, seulement pour la beauté du style et pour voir si son éloquence répondait à sa réputation. Mais il ne laissa pas insensiblement d'en être touché malgré lui. Et il ne put se rassasier de le voir, de l'entendre, de le bénir, tant il goûtait sa divine onction, la grâce et la sagesse qui étaient en lui.
l » ; son Cu
de 1.1 vertu, en la Lu
tout
ire. il lui enli t lu.
mprendre qu'il était b
liens qui le i' ' bontec
i amour a La beauh jours nouvel]
Augustin ne se rendait cependanl ; violemment par La [ finir avec toutes
t'écriant : Demain, S .. ur, demain. L un moment. Mais ce momenl d
main d'une âme Lâche qui fuit sa c -ion n'arrivait ja-
mais.
Sur ces entrefaites, sain ique, sa bonne m
vint le trouver a tra\
ce long el pénible voyage, tant elle aimait son fil l'amour maternel soutenait son couj qu'Augustin commençait a se convertir, elle itit une
grande joie et redoubla plus que jamais ses prières, ses larmes et ses gémissements devant le S ur.
Enfin, voici ce qui porta le dernier coup à la c -ion
de saint Augustin. Ce fut le récit qui lui fut fait du retour à Dieu de deux jeunes seigneurs de la cour de l'empereur. Je désire, M. E., que vous vous laissiez aussi convertir au bon Dieu par le récit que je vais vous faire moi-même de la conversion de S. Augustin. Ecoutez bien :
Un jour donc qu'il s'était retiré seul dans un appart ment de la maison, avec un de ses amis les plus chers, u des officiers de l'empereur vint lui faire une visite. C'était un jeune chrétien dévoué généreusement à Dieu, qu'on
rencontrait souvent dans les églises, offrant ses prières à Dieu du fond de son cœur. Augustin fut ravi de le voir. Potitian, c'était son nom, leur raconta la touchante histoire de la conversion de deux jeunes seigneurs, que les sublimes exemples des anachorètes qui vivent au désert, bomme des anges dans des corps mortels, avaient arrachés aux plaisirs et entrailles dans la solitude. Augustin écouta ce récit dans un grand silence; il paraissait fortement ému. Tout à coup, il se lève et, s'adressa nt -à son ami avec émotion, le visage tout changé et d'un ton de voix tout extraordinaire : Alypius, lui dit-il, à quoi pensonsnous? Quoi ! des ignorants ravissent le ciel sous nos yeux, et nous, insensés, avec Loute notre science, nous languissons dans le vice ! Lâches, nous soupirons dans notre esclavage, et nous craignons de le rompre! Nous savons où est la source du vrai bonheur, et nous n'osons nous y plonger î
Son ami le regardait sans rien dire, fort étonné d'une agitation si extraordinaire, etil le suivit dansle jardin où elle remporta.
Ils s'assirent tous deux dans l'endroit le plus écarté. Augustin rendait le dernier combat contre la grâce; il sentait que Dieu l'attirait violemment à lui, et il frémissait d'indignation de se trouver si faible. Il éprouvait des Mouvements convulsifs, se frappait le iront, s'arrachait les cheveux.
Son ami ne le quittait point, et attendait en silence l'événement de celle agitation si étrange.
Enfin Augustin, se sentant pressé de répandre sa dou leur par des cris et par des pleurs, se relève brusquement et, s'éloignanl de son ami, il va se jeter sous un figuier, où, ne se retenant plus, il verse des torrents de larmes, criant : .lusques à quand, Seigneur, me verrai-je l'esclave
joue! de m<
I pendant l'enfer faisait i
a lui éch . D m
attei mil' que n
trou]
anl : Eh quoi : lui . \ .
donc noua quitter? Tu m in pouvoir vivr-
liais, d'un autre côté, rinn lui
• une douce majesté, un air i , un sourire modeste et aimable. Autour pressaient
des personnes de tout
vierges timides. Tous ut un i -in: la de
était peinte sur leur 1 enti-
leur cœur et dans leu . L'Innocence, en lui m
trant cet aimable cortège et lui oui cœur, lui disait avec un aimable sourire qui allait jusqu'à son cœur : Augustin , ne pou donc pas ce qu'ont pu tant d'autres avant toiî I dans les bras paternels de Dieu, et ne crains pas : il te recevra avec tendresse ma s ingralitud-
Cependant Augustin était violemment : il livrait les derniers combats contre la grâce. M assaut des
passions redoubla avec tant de violence que, pieu, amèrement dans son affliction profonde, il était près de succomber, quand tout à coup une voix du ciel se fait entendre, qui lui dit à plusieurs reprises : Prends et lis*-., prends et lis.... Toi' p*.... A ces paroles, il change
de visage, et, séchant ses larmes, il revient promptement au lieu où il avait laissé son ami. Il prend le livre sacré de l'Ecriture sainte qu'il y avait oublié, l'ouvre et lit tout
bas ces paroles : Ne croupissez pas dans Les excès de la débauche et de L'impureté; mais revètez-vousdeN.-S. J.-G. et ne vous Livrez pas aux passions houleuses.
A ces mots, il s'arrête et ferme le livre. C'en était fait : la grâce avait triomphé, Augustin était converti.
11 avait senti comme un nuage épais qui se dissipait sur ses yeux et qui lui laissait voir la pure lumière. Une joie douce et pleine d'un ferme courage renaissait dans son cœur; cette joie était bien différente de cette autre joie mauvaise et amère dont ses sens avaient été empoisonnés ; c'était une joie douce et pure, qui avait quelque chose de bienheureux et de céleste ; elle ravissait son àme sans la troubler. 11 versait des torrents de larmes et trouvait que rien n'était si doux que de pleurer ainsi.
11 se jette au cou de son ami fondant en larmes, touché jusqu'au fond de l'âme et pleurant aussi, son ami se convertit. Ils s'embrassèrent avec tendresse, et tous les deux volèrent sur-le-champ porter à la pieuse Monique une si heureuse nouvelle. Elle en tressaillit de joie ; elle bénit le Seigneur de ce qu'il lui avait accordé Tunique désir de son cœur, le salut de ce cher enfant, qui lui avait coûté tant de gémissements et tant de larmes. Et peu de temps après, elle expira doucement entre les bras d'Augustin, heureuse de mourir après avoir vu ce cher objet de toute sa tendresse rendu à la vertu, à la paix et au bonheur!
M. E., voila fini le récit de la conversion de saint Augustin. Vos cœurs en ont-ils été touchés? Sentez-vous maintenant au fond de vos âmes quelque désir au moins de vous donner à Dieu, d'imiter Augustin dans son retour à la vertu, après l'avoir si longtemps imité dans ses égarements loin d'elle?
Ah î qu'est-ce qui pourrait vous retenir dans les liens honteux du péché qui vous captivent? Serait-ce la crainte»
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Quoi! vous diffi Malheureux, hâtez-vous.
Si vous différez vous êtes perdus : Malheur à vous! Tremblez !
Oh! convertissez-vous donc! Convertissez-vous! Donnez celle joie au bon Dieu qui vous aime toujours, qu vous soyez des enfants ingrats et rebelles; donnez cette joie aux anges, qui ont versé des larmes amères sur vos ingratitudes el feront au ciel la fête de votre conversion; donnez celle joie à Marie, ; toujours votre bonne et
tendre mère, qui dans ce moment est peut-être prosternée dans le ciel aux pieds de son adorable fils, el lui demande avec larmes de vous sauver en vous convertissant; donnez celle joie à l'Eglise qui vous a recueillis ici, dans ce pieux et aimable asile, et vous y comble de ses bienfaits et de ses caresses ; donnez-la à vos chères familles, à vos . parents, à vos tendres mères. Ah! je vous le répèle, comme Augustin infidèle, vous avez peut-être déjà coulé