LA PERSÉVÉRANCE APRES LA PREMIÈRE COMMUN
PAR JIOSSEIGNECK FRAYSS150U8, ÉVÊQCB d'H¥BMOPOUS
Hœc est diea quant feàt DotninuM, eru±
!e y ur que le S*-ip-npur a fa:
-ons-nous et greeaiu
Que ce jour est beau, M. G. E. ! qu'il est doux, qu'il glorieux pour vous, et que la mémoire doit vous en être chère et précieuse à jamais : Enfin, vous lus oùtées,
les douceurs célestes d'une première communion animée des sentiments d'une foi vive et d'une p: s lement tendre et respectueuse. Il est descendu dans vos âmes, le Roi de gloire, pour y verser l'abondance de ses grâces et
(1) Voici l'adaptation, par l'auteur lui-même, de ce discours pour le lendemain de la première communion :
Qui persevermverit usque in flnem, hic
satviis erit.
Celui qui persévérera ju-qu'à la fi , celuilà sera sauvé. ■•t., xxiv, 13.)
M. E., hier vous avez goûté les douceurs célestes d'une première communion animée des sentiments d'une foi vive et d'une piété également tendre et respectueuse. Le Roi de gloire est descendu dans vos âmes, pour y verser l'abondance de ses grâces et de ses bénédic-
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de ses bénédictions; il est à vous comme vous êtes à lui; et si l'Eglise appelle particulièrement le jour du Seigneur celui de sa résurrection glorieuse, qui fut le triomphe de sa puissance, n'esl-il pus bien particulièrement pour vous le jour du Seigneur, celui où il est venu dans vos cœurs pour y consommer le triomphe de son amour? Hccc est dies, etc. Que j'aime à me représenter par la pensée ce moment où vous avez reçu le corps adorable de J.-G. ! D'abord comme abîmés dans la majesté du grand Dieu que vous veniez de recevoir, vos premiers sentiments ont été ceux d'une adoration profonde; pour vous, le monde n'était plus, vous étiez seuls avec votre Dieu. Bientôt l'amour enflammant votre cœur, vousvousètes entretenus avec ce Dieu de bonté, lui exposant vos besoins et lui témoignant votre tendre confiance avec toule la candeur d'un enfant qui parle au meilleur des pères. Ensuite la reconnaissance dilatant votre cœur, vous auriez voulu, ce semble, publier dans le monde entier les miséricordes du Seigneur, inviter toutes les créatures à répéter avec vous que c'était vraiment le jour du Seigneur. Ilœc est dies, etc. Mais où ne m'entraînerait pas, C. E., le doux plaisir de célébrer votre bonheur ? S'il m'est permis de me réjouir un moment avec vous, il ne faut pas que j'oublie les salu-
tions; il est a vous comme vous êtes à lui; et si l'Eglise appelle particulièrement,
V éditeur des discours inédits de M-' Frayssinous apprécie en ces termes Vœuvre que nous reproduisons ici : - Où l'orateur nous parait au niveau de ses plus parfaites productions, c'est dans son discours sur la persévérance après la première communion. Justesse des divisions, grandeur dans les idées, noblesse d'expressions, élans de piété tendre, alîeetueuse et insinuante, énergique peinture des dangers du monde, sagesse exquise des conseils, tout s'y trouve réuni au plus haut degré; et l'admiration redouble quand on songe que ce discours est l'ouvrage de la jeunesse de M«* Fravssinous. »
tain
apôtre i
non
tremblement. Philipp.% u, 12.) H
l'inquiétude <-i d'alarme sentimenl i de la Joie, <•! qu :
comme Non, je ne m<
a ;i la sincérité I Von el i"
Triste incertitude, M. I . B. Il n'en ; vous (|ui ne soil en ce momenl p de l'amour le pli; qui ne tonne le dessein de marc
- de la vertu : el les devez ;i votre Dieu, qui voi
et di : vous 1'- - mi-
nistre dont 1.' zèle aus m- cesse «le Ira vailler à votre sancl uelnesera
. à leur égard, votre I votre recoii: .ce!
Généreux enfants, ur qui vous anime, n'aime-
riez-vous pas mieux expirer au pied d que
d'être infidèles à voti I l ? Oui, volontî mprunlant
paroles du vieillard Siméon tandis qu'il tenait dans ses liras Le Sauveur du mom ;s diriez : Seigneur,
c'est maintenant que vous pouvez m'appeler à vous: votre serviteur est prèl à quitter la terre. Oh ! si évoyez
que je doive être infidèle à voire loi sainte; si, eni ingrat et rebelle, je dois manquer à l'amour que mérite le meilleur des pères. ô mon Dieu! bornez ici ma carrière, et ne prolongez pas des jours qui ne seraient point employés à vous aimer. Aujourd'hui mon âme est en pai s'il faut mourir, je mourrai dans le sein de votre amour :
Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tin/m, in pace. Qu'importe de vivre pour vous offenser, ô mon Dieu? Et qu'ai-je à faire encore sur la terre? Mes vœux sont remplis : je l'ai vu, Celui qui est le salul du monde, ou plutôt je le possède dans mon âme. Non, ce n'est plus moi qui vis, c'est J.-C. qui vit en moi. O mon Dieu ! ou mourir ou vous aimer, c'est le vœu de mon âme. Puisse ce désir, M. C. E., être ;nissi durable qu'il est aujourd'hui sincère ! Ce que nous savons, c'est que Dieu ne vous abandonnera pas le premier, et qu'avec le secours delà grâce vous pouvez persévérer dans la piété qui vous anime aujourd'hui. Mais quels en sont les moyens, voilà ce que nous venons vous apprendre, et ce qui va faire le sujet de ce court entretien.
Vierge sainte, Les voilà, ces tendres enfants qui aujourd'hui sont devenus plus particulièrement les vôtres par leur union avec J.-C, leur Itère et votre fils. Montrez que vous êtes particulièrement leur mère, en demandant, en obtenant pour eux la i^ràce de se bien pénétrer des vérités saintes qu'ils vont entendre, et desquelles, j'ose le dire, Dépend Leur véritable bonheur. Ave, Maria.
Lorsque le Seigneur eut autrefois publié sa loi sainte sur la montagne du Sinaï, Moïse fit dresser un autel environné de douze colonnes, qui représentaient les douze tribus d'Israël; et comme c'était la coutume de sceller les traités par Le sang des victimes, il immole des hosiir pacifiques. Il prend ensuite le livre de L'alliance, en t'ait lecture devant lout le peuple, qui l'écoute en silenci qui, après L'avoir entendu, s'écrie s ferons ce que le
Seigneur a dit. Alors Moïse prend du sang des animaux immolés, en t'ait une aspersion sur le livre de la loi et sur 1«> peuple, (in disant : C'est ici le sang de V alliance que Dieu a faite avec nous. Or, voilà. M. G E., une image
frappante de I a rhui
part. D \oii mcéa jusqu'au p
majesté repose. S vous ont parlé en son nom :
. el \"ii ' point ici une pr
able; L m onl -1 l'a
ratifié. Ouf, vousarei | tre Dieu -l- l" m
comme votre maître, de L'aimer corni rieur, dans sa mi . s'est»
comme ses servitcm I. prêtre I
pandu sur vous \> - boucs et des laur
le sang du Seigneur sans tache a coulé sur 1 ;1 a,
pour ainsi dire, scellé le contrat de votre alliance i Dieu. Fut-il jamais un i ment plus solrnm-l »-f plus
sacré? Vous sentez tou> L'obligation (Fy être fidèles : U u-. vous êtes empressés de connaître les m de pei
vérer avec courage dans les sentiments qui vous animent ; et ces moyens, je viens vous les i en peu de m
m'attachant surtout à ne rien dire que vous ne pui> aisément comprendre. Les moyens de persévérance, je les réduis à deux : la fidélité aux pratiques les plus communes de la vie chrétienne, et la vigilance sur soi-même. Ce serait une bien funeste illusion que de prétendre se sauver par les moyens de son choix, et non par les moyens que le Seigneur a établis pour notre sanctification. <Jr, ie remarque d'abord qu'un des moyens de salut et de p* a vérance dans la vertu, le plus indispensable, le plus puissant, le plus conforme aux vues de la Providence, c'est la prière. Demandez, et vous recevrez: cherchez, ei rou-
terez; frappez à la porte, et Von vous ouvrira (Matth., vu, 7) : telles sont en même temps et les ordonnances et les
DE MONSEIGNEUR FIWYSSINOUS. 267
promesses de J.-C, notre divin législateur. Qui demande reçoit; qui ne demande pas ne reçoit pas : voilà la conduite ordinaire de la Providence dans le gouvernement des âmes. Priez donc, M. C. E., tous les jours, si vous voulez recevoir les grâces qui sont nécessaires à votre faiblesse pour persévérer dans la justice; priez le matin, et qu';i près votre réveil votre premier mouvement soit d'élever votre âme vers le Seigneur. Ne doit-il pas vous paraître bien juste de le remercier du repos que vous venez de prendre, du jour qu'il vous accorde encore, de le lui consacrer tout entier, de lui demander la grâce de le passer dans sa crainte et dans son amour, et de répandre sur vos parents ses plus douces bénédictions? Prenez garde ici : Dieu est jaloux des prémices de votre journée; il demande de vous qur voire première action soit la prière; la différer, c'est s'exposer à l'omettre ou à ne la faire que dans le trouble et le tumulte de mille pensées diverses. 11 semble que, quelques moments après le réveil, l'esprit, fortifié par le repos de la nuit, ait plus de vigueur pour s'élever à Dieu. C'est alors que, l'esprit étant plus calme, la prière semble partir d'un cœur pur, comme un encens d'agréable odeur, et qu'elle est ce cri du juste qui perce les nues, comme une flamme vive qui s'élève dans les cieux, pour parler avec le Sage (Eccli., xxxv, -20), monte jusqu'au trône de Dieu, et en fait descendre la grâce et la miséricorde. Que j'aime à me représenter ici une mère chrétienne, pleine d'une tendre sollicitude pour le salut dfi ses enfants, priant au milieu d'eux et avec eux! Elle prie pour ces doux objets de son amour; ils prient pour elle, et cette communication de vœux et de sentiments entretient, enflamme leur tendresse mutuelle. 0 parents chrétiens! priez pour vos enfants; enfants, priez pour vos parents : ce sont là des prières que le ciel exauce. Priez
enco p la fin d< élance ou le dcgoûi pratique au gneur de \ que roua allez p
endormir dan >
- si vou
pas votre ton de plus naturel q - Dieu
connaissance pour L< qu'il ■•
Bêlas : elle donc | au milieu d<
COUtume de nos |
par la prière les repa
de grâces an Dieu qui nous nourri' : l . .
de vos occupations, de vos travaux. <:
de la vie domestique »-t civile; non qu'il faille ;i toul
nient tomber ux devant le
formules de prières, ce n'est point ainsi que je IV mais ne pouvez-vous pas de temps en t votre
cœur vers le S .. ur? une pensée de L'esprit, □ du cœur, un regard vers le ciel, suffisent devant celui qui n'a pas besoin de nos paroles pour n is mprendre. Vous en coùterait-il beaucoup de lui dire : Mon Dieu, donnez-moi la grâce de vous aimer; mon Dieu, ne permettez pas que je vous offense; mon Dieu, préservez majeur, de tout danger; mon Dieu, ne souffrez pas que je assez ingrat pour oublier vos bienfaits; mon Dieu, ne laissez pas éteindre dans mon cœur ce feu que vous avez allumé dans votre miséricorde : prières courtes et vives, qui seront pour vous une source de grâces et de consolations? Surtout dans les jours consacrés spécialement au culte du Seigneur, rendez-vous dans son temple pour y assister aux prières publiques! c'est vraiment ici la maison
DE MONSEIGNEUR PRAYSSINOUS. 2G0
de Dieu; c'est ici qu'il aime à répandre ses dons et ses faveurs avec plus d'abondance. En revoyant ces autels et ce sanctuaire vous direz : C'est là que pour la première fois je participai à la divine Eucharistie, et que je contractai à la face du ciel et de la terre l'engagement de servir le Seigneur tous les jours de ma vie. Ce que je viens de vous dire, M. G. E., vous le saviez déjà; mais comprenez-vous bien qu'à votre fidélité à ces choses simples et communes est attaché en très grande partie le don inestimable de la persévérance? Sortez de cette instruction bien convaincus que votre salul dépend beaucoup de ces pratiques usuelles el peu remarquées, et je croirai que cette instruction n'a pas été inutile au salut de vos âmes. Oui, j'ose vous le prédire, si vous abandonnez la prière, votre âme est dans le plus grand danger de se perdre ; dès lors, vous vous placez hors des voies ordinaires de la Providence; vous voudrez vous soutenir dans la piété sans prendre les moyens établis pour votre sanctification; vous périrez, semblables au voyageur imprudent qui abandonne la route sûre et connue pour s'égarer en des chemins détournés et périlleux. Je vous le demande à vousmêmes, que penseriez-vous d'un pauvre qui serait dans le dénûment le plus absolu de toutes choses, et qui refuserait de tendre la main aux passants pour solliciter leur secours, aimant mieux, par orgueil, mourir de misère et d'inanition? Eh bien! il y a longtemps que saint Augustin a dit que nous sommes d< . anl Dieu comme des mendiants dont les besoins renaissent sans cesse. Assis à la porte du père de famille qui a les yeux ouverts sur ses enfants, adressez-lui vos vœux et vos demandes, il les exaucera; les mains du Seigneur sont pleines de dons et de faveurs, mais elles demeurent fermées pour celui qui ne prie pas. Trions, et ses divines mains s'ouvriront, et la bé-
QédiclioD 'lu ciel Lod
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de i»: ■ i • u 16 bonheur
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.:••/ Eh bien! c<-s heur draieni par les mêmes il Mais qu'arrive-t-il ? Le voici. U
où Les passions sont plus v: \ plus délicates, il se Laisse aller anz attraits du p] I
le la vit; ch:
piété s'affaiblit, il tombe dans une faute g] cience, encore timide et alarm . . du re-
mords, mais la honte le relient. Le dém :.. [UJ rendu hardi pour faire le mal, ud pusillunii;.
le déclarer; il ne se confesse pas; le péché est toujours vivant dans son âme, il y pousse des racines , il y l'ait des ra {ui peut-être ne finiront j;*: Mal-
heureux! il n'ose pas déclai ju'il
refuse de recourir au médecin quand il est malade, et qu'il aime mieux garder au dedans de lui-même un poison qui le ronge et le dévore, que de s'en délivrer par un remède salutaire qu'il fuit. Mais combien de fois faudra-t-il se présenter, dans le cours de l'année, au tribunal -. réconciliation? Je ne puis que vous conseiller de suivre les avis de ceux qui ont dirigé vos consciences. Ce qu'on peut vous dire, en général, c'est de ne pas différer la con-
DE MONSEIGNEUR fBAYSSINOUS. 271
fession de vos fautes, du moment que vous vous sentez grièvement coupables; c'est que la confession est un puissant remède, même contre les fautes légères; c'est qu'il faut se défier étrangement de ces confessions qui sont si rares. Croyez-moi, on ne fait pas bien ce que l'on fait si rarement. Mères chrétiennes, je réclame en ce moment votre vigilance. C'est à vous à déployer ici une sage ferme lé, à prévenir les négligences qui pourraient devenir si funestes ; et quel usage plus louchant pourrez-vous faire de l'autorité que vous donnent, de concert, la nature et la religion, que de l'employer à la sanctification de vos enfants? C'est leur intérêt, e'esi le vôtre. Oui, dès qu'un enfant abandonne la eonlession, il ne tarde pas a devenir dissipé, indolent, vicieux, jusqu'à ce qu'enfin on le voie courir à grands pas dans les voies de l'égarement et de la perdition.
Un troisième exercice de la vie chrétienne, c'est la lecture spirituelle. Je voudrais, M. E., que vous eussiez assez de zèle pour ne laisser passer aucun jour sans faire quelque lecture édifiante. C'est là que les saintes maximes nourriraient votre piété, et que de saints exemples encourageraient votre faiblesse. Votre livre serait un ami fidèle, qui vous avertirait de vos défauts, vous aiderait à fous relever de vos chutes, vous ranimerait dans vos langueurs, vous consolerait dans vos peines, et qui, vous me t tan I sans cesse devant les yeux la couronne Immortelle promise a la fidélité, vous y ferait tendre avec force et courage. Souvent, après la dissipation presque inséparable du commerce ordinaire de la vie, on éprouve le désir de rentrer au dedans de soi-nieme; eh bien! votre livre viendrai l vous aider a vous recueillir, à bien vous connaître. Un livre de piété est un censeur qui ne pardonne rien, et qui pourtant n'offense jamais; qui vous fait rougir
mu
. Ire importun, a Le pri e tableau de I i
[ue lecture pari sur toutes cho jes celle de i I
moi ■ commi
Bail pas que L'exemple a bien plu cep te? Qui n'a pas senti, par ce geni a le doi
prit en formanl Le eu urî le sais que d toul n'esl ; paiement imita t/oriser ici Les i d'un zèle indi
toujours
des sentiments de lui, de charité, d'humilité, qui aniinaienl les saints dans leur conduite; ce qu'ils oui fait puur mériter le ciel, on du peu que l'on fait soi-même. L ■ \ ture de la . sainl du jour est bien courte, et pourtant \ croire combien elle est féconde, dans . ruili
de grâce et de salut.
Ecoulez ce que saint Augustin nous raconte à ce sujet dans ses Confessions. Augustin était à Milan avec Ai, son ami. Un jour, un de leurs compatriotes d'Afrique, nommé Pontilien, va les visiter dans leur \ >gis. C .ui-ci leur raconte comment deux officiers de la cour de l'empeleur s'étaient entièrement convertis a Dieu, en lisant la vie de saint Antoine. Augustin écoute ce récit avec avidité* il est ému, il sent des agitations violentes; le trouble de son âme se peint sur son visage. Tout à coup, il se tourne vers Alype d'un air enflammé : Mon ami, qu'est-ce d que nous venons d'entendre? Quoi! des ignorants ravissent le ciel, et nous, avec toute notre science, nous sommes assez miséribl^s. assez lâches pour demeurer
DE MONSEIGNBDB FRAYSSINOUS. '21'S
abîmés clans la chair et le sang! Dans le trouble qui lagite, il s'avance vers un jardin, suivi d'Alype; mais, son agi La lion croissant toujours, il s'éloigne de son ami et va seul s'asseoir par terre sous un figuier. Là, il éprouve d'inexprimables angoisses; il s'élève dans soi: cœur comme une tempête furieuse, il verse un torrent de larmes; il se relève converti. Voilà comme l'histoire de la vie d'un saint solitaire opéra la conversion de deux officiers que des emplois considérables attachaient au monde, et comme elle contribua à consommer celle d'Augustin. Voulez-vous un autre exemple plus récent et non moins connu? Ignace de Loyola avait porté les armes dans sa jeunesse ; il est blessé en défendant pour l'Espagne une place que les Français assiégeaient. Obligé de faire panser sa blessure, il se voit condamné à vivre quelque temps dans le repos. Pour lui c'est un supplice que d'être sans occupation ; il demande un roman pour se divertir. Heureusement, il ne s'en trouve pas dans la maison; on lui apporte la vie de J.-C. et des saints. D'abord, il n'y prend aucun plaisir, ensuite il la goûte; surtout il remarque que saints dont il a lu la vie n'étaient pas d'une autre nature que lui. 11 sent un grand combal au dedans de luimême; il est déchiré par les plus vives inquiétudes, attiré par la grâce, attiré par le monde. Bientôt la grâce triomphe, et Ignace aura dû à la lecture de la vie des saints le bonheur de devenir lui-même un des plus grands saints drs derniers siècles.
Enfin, M. C. E., aux pratiques que je viens de vous rappeler, joignez la vigilance sur vous-mêmes. Sansm'étendre 3eaucoup sur celte importante matière, qu'il me soit perois d'entrer ici dans quelques détails que je crois nécessaires. Je le sens bien, M. G. E., des préceptes, des eçons, des règles de conduite ont je ne sais quoi de triste
ALLOCUTIONS 1>E PREMIÈRE COMMUftIOH. 18
yi i
el d .,
alli . i
m'épanclu
tce, d'amour et une joie passagère? J
el pour cela Je De connais qu'i r affaiblir la jourd'hui. Kl iv ■ l.« rontiv ! tgl
y consentir, contre tes nu les impiv ;l:v 1,-. J
être séduit, cent ;ir ne]
s'y Lais de l'mdépenda : opposé au j. . giîe, el contre ce fonds naturel ifind
qui noiiN fait préférer 1-
île aux sacrifices que demande la vertu; élre ei contre les premières n s «s, qui en plus
grandes, contre les vices nais or en arrêter les
5, contre des fan », qui, sans doi
mort à notre âme, affail en elle la charité : voil
quoi je fais con.-isler parliculièremenl pour voulance chrétienne. Sans elle la ferveur se ralentit blement, le goût de la piété s'émousse, rimpffession des vérités saintes s'efface; on ne les voit plus que dan lointain, et comme à travers les nu. - : .. commi par la négligence, on continue par le dégoût, on finit par l'abandon de toutes les pratiques de la piété :me.
Rarement on débute par de grandes fautes; on n'est pas tout à coup précipité du faîte de la piété dans la boue des passions les plus viles. Le mal a ses commencement ses progrès; d'abord c'est une pensée à demi consentie, c'est un désir faiblement réprimé, c'est une parole qui n*est point assez modeste, c'est un regard indiscret.
DE MONSBIGNEUB FRAYSSINOUS. I>7o
une liberté dangereuse, c'est une légère envie de plaire, c'est une lecture funeste, c'est une action voisine du crime : ainsi L'âme arrive par degrés à cet état d'abattement et de faiblesse qui l'expose à faire le plus triste naufrage. Vous êtes négligent dans la prière, vous l'abandonnerez entièrement; vous ne fréquentez les sacrements de l'Eglise que de loin en loin et comme par coutume, vous vous éloignerez entièrement de la table sainte ; vous souriez à des paroles dissolues, vous en souillerez votre bouche; vous commencez par des chansons trop tendres, vous finirez par les plus voluptueuses ; vous commencez par des lectures dangereuses, vous finirez peut-être par les plus criminelles ; et tel en est venu aux désordres les plus scandaleux, qui avait commencé par des jeux peu décents. On a beau se le dissimuler, telle est la marche ordinaire, tels sont les progrès du vice. Je le répète encore : on commence par les petites fautes, on finit par les grandes. Combien, dans le monde, de chrétiens autrefois très pieux, aujourd'hui très corrompus, dont je viens de faire l'histoire en abrégé; et trop souvent l'éducation, le rang et la naissance n'ont pas misa couvert de ce qu'il y avait de plus extrême. M. G. E., vos âmes encore neuves n'ont pas été flétries par le souffle du vice, ou si elles en ont reçu quelque atteinte, tout a été heureusement réparé; les impressions n'ont pu être que légères. Le point capital pour vous, c'est de vous précautionner contre l'avenir, c'est d'empêcher le vice de pénétrer dans vos âmes. Dans les commencements de la passion, la résistance est facile. Alors un premier triomphe peut terrasser, quelquefois pour toujours, l'ennemi de vos âmes; mais, s'il vient à s'emparer de votre cœur, s'il y établit son empire par de criminelles habitudes, que de peines et de travaux ne vous en coûtera-t-il pas pour le chasser; et qui sait même
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Longs el de pénibl I :
boul de Le déraciner. On ni M. 1.
iité de p <i.' veiller contre un .ii touj
combattre. N'oublions pas qm mence au moment même prétendons pas être plu
1 elle qui nous dit q
tes chos>'$ ton paulatim decidet: » maxime bien connu pas ; -entie.
Veillez donc sur vous-mêmes; veillez sur vos sens : sont là connue les portes par où l'ennemi cherche trer dans vos àiu
cluisle Job, qui nous apprend lui-même qu'il avait fait un pacte avec ses yeux pour ne rien fixer qui pûtalarmer la pudeur. Veillez sur vos oreilles : qu'elles soient, pour parler avec l'Ecriture, entourées d'une haie d'épines qui en éloigne les paroles licencieuses, et ne livre passage qu'aux paroles sages et décentes. Veillez sur votre langue, afin qu'elle ne s'échappe jamais en discours de médisance, de colère ou de libertinage ; cette langue sur laquelle a reposé la chair virginale de Jésus doit-elle se rouler dans une fange impure? Veillez sur votre cœur, afin que si jamais les impressions involontaires du vice arrivent jusqu'à lui, il ait le courage de ne pas y adhérer. Veille: enfin sur toutes vos démarches, pour ne point en faire
d'imprudentes et ne pas vous i >r témérairement
dans des liaisons qui pourraient vous devenir funestes.
Qu'il me soit permis d'éclairer ici votre inexpérience : tôt ou tard vous trouverez des personnes de votre qui se permettront de qualifier votre piété de sauvage, vos pratiques de minutieuses, votre retenue de pusillanime, et qui, ne pouvant vous pervertirpar leur conduite, chercheront à vous décourager par Le ridicule. Elles vous inviteront à vous donner plus d'essor et de liberté, à vous dégager des liens de la timide enfance, à goûter de leurs plaisirs; elles prétendront vous révéler le secret d'allier la sévérité chrétienne avec les maximes d'un monde corrompu. Enfants chrétiens, entendez le Sage qui vous dit: Mon fils, si lies pécheurs, par leurs insinuations, cherchent à vous attirer à eux : « Fili mi, si te lactaverint j/eccatores, » ne les écoutez pas : « ne acquiesças eis. » Tôt ou tard vous trouverez des personnes de votre âge qui vous inviteront à vous délasser par des lectures amusantes. El de quels livres s'agit-il? de ces livres où le poison de la volupté est déguisé sous mille, formes différentes; le vice y est embelli ; on le pare des couleurs de la vertu ; l'amour profane s', y couvre d'un voile qui cache sa honte; on y attache des idées de délicatesse et de sensibilité aux plus honteuses faiblesses. Entants chrétiens, défiez-vous du serpent caché sous les fleurs; écoutez cet oracle qui ne vous trompera point : Les m '$ discours gâtent les bonnes mœurs : a Corrumpunt mores bonos colloquia mala. » Tôt ou tard vous trouverez des personnes de votre âge qui vous inviteront à les suivre dans ces lieux proîanes où toutes les passions sont mises en jeu, où la volupté semble avoir fixé son empire, et où elle étale aux yeux des mortels tout ce qu'elle a de pompes et de charmes pour séduire les cœurs. Enfants chrétiens, entendez
anathème sorti de la bo i M
1 1 mt ndo ! » ol le monde * 1 1 1 • - i au Lhéàln nulle part. L
r quelques ri
i il ne .
il voua nous ôtex l plaisirs, que nou - le voie
Je vous la insipides pour
innocentes : je roui la - leocni
beaucoup peuvent être pour mm aussi amu Iructives; je vousk Lravail^qB plai-
sirs les plus simples, el qui eel si isaire au bon:
de l'homme que l'oisiveté ne fait pas m d tourm
que sa honte; je vous i ver-
tueuses et de vos parents, 'I >nl voma fei tion
et la joie ; je vous laisse le lém e d'une bonne c
cience, et avec cela on se passe de beaucoup de
choses; je vous laisse enfin les ressources et les douceurs de l'amitié. Parmi les personnes de votre se le votre
âge, en connaissez-vous une qui ait l'esprit solide, le caractère vrai, le cœur droit, délicat léreux, soumû ses parents, craignant Dieu, et pratiquant les devoirs ordinaires de la vie chrétienne ; rendez-vous d .' en faire un ami, et vous aurez trouvé le plu< resors, et avec lui les plus douces consolations de la vie.
Je viens, M. E., d'exposer une partie des dangers dont les enfants sont menacés, mais il en est pour eux de plus redoutables encore. Jusqu'ici je n'ai pas dit quels sont ces dangers, et je crains de le dire. Mais, mon Dieu, il faut bien que je le dise, et pour le salut de ces enfants, et pour l'instruction de ceux qui m'écoutent. Pères et mères,
DE IfONSESGKEXHI FBATSSINOUS. 279
j'aurais à vous révéler ici d'austères vérités; mais je craindrais que, dans la circonstance présente, on ne les attribuât aux écarts d'un zèle inconsidéré. J'aime mieux ma taire et me contenter de prier le Seigneur qu'il vous donne le courage de toujours édifier vos enfants par de saints exemples, d'être plus jaloux de les enrichir de vos vertus que des biens de la fortune, de veiller sur eux avec cette sage fermeté qui prévient le danger ou l'écarté promptemont, de bannir constamment de vos maisons tout ce qui pourrait être pour vos enfants un sujet de corruption et de scandale, de vous conduire de manière à pouvoir leur dire avec quelque confiance ce que sainl Paul ne craignait pas de dire aux chrétiens de son temps : Imitez-nous comme /tous imitons J.-C. : « Imitalores met estot<\ sicvt et ego ChristL » Que si, ne m'adressant plus en particulier aux parents que la cérémonie de ce jour intéresse plus spécialement, je voulais rappeler leurs devoirs à tous les parents en général, je me plaindrais avec toute la liberté que me donne mon ministère, et je leur dirais : Pourquoi faut-il que trop souvent votre autorité soit en contradiction avec vos exemples ; que chez vos enfants la conscience leur défende une imitation que semble imprimer le penchant naturel; que votre conduite démente vos discours? Que dis-je? n'arrive-t-il pas que les paroles des parents soient mauvaises comme leurs actions, en sorte que nous n'avons pas même la triste consolation de pouvoir dire : « Ne faites pas ce qu'ils font, mais faites ce qu'ils disent?» Oui, il arrive que des enfants trouvent leurs plus grands dangers au sein de leurs familles, et qu'ils sont pervertis par ceux qui devraient les sauver. Je veux parler de ces parents qui, en présence de leurs enfants, se mettent an-dessus de toutes les lois de Dieu et de son Eglise, el semblent vivre dans ce monde, sans culte, sans reli-
se i" p e t
►ntre la reli/ç I I
iiiciii lmpi( ' etlenl air
d'incrédulité, qui do Jour :
ruine de leurs familles. Je \ loin d'arracher des maint de l< cnblenl bc faire un .' gardent pi
men >ns hén
nération porteront avec veux parler de ces parents qui fonl de leur maisons ouvertes à tous les plaisirs : I nesse des deux sexes pour qui rappellent celles du pag ae; la tout* fermentent, s'enflammei I naître des inir.
les suites peuvent èti plorables, et dont 1
cacl > léroberont aux yeu -trie
enfin de ces parents qui abandonne c indi::
leurs enfants à des instituteurs sans principe Parents cruels, neleuravez-vous donnéla vie du corps que pour leur ôter celle de l'âme? Aujourd'hui vous n'y pensez pas, mais un jour le Seigneur vous en demandera un compte terrible. E. chréti gardez-vous toutefois de \
prévaloir de ce que vous venez d'entendre pour manquer aux devoirs que la nature inspire et que la religion consacre ; du moment que vous vous permettriez de les violer, je ne croirais plus à votre vertu.
Savez-vous, en effet, M. E., d'où vient quelquefois la perte d'un enfant? Elle viendra peut-être des mauvais exemples d'un jeune parent di> indocile, libertin.
C'est un jeune homme qui se félicite de jouir enfin de toute sa liberté : qu'on ne lui parle pas de prières, d'office
DE MONSEIGNEUR FRAYSSINODS. 281
divin, de sacrements, de lois do l'Eglise, de sage réserve, de respect pour les mœurs et pour la religion ; il ne croit pas à tout cela, ou plutôt, sans avoir une incrédulité raisonnée, il n'a d'autre guide que son plaisir : quel exemple ! Jeune homme, ne me dites pas que vous n'êtes pas le gardien de votre frère ; autrefois telle fut la frivole excuse du premier fratricide. Je le sais, comme Caïn, vous ne tremperez pas vos mains dans le sang du juste Abel ; mais si vous êtes assez malheureux que de jeter dans l'âme de votre jeune frère le germe du vice el de la corruption ; si, par vos discours et par vos exemples, vous donnez la mort à son âme, tremblez que son innocence violée ne crie vengeance contre vous, que la colère du ciel ne vous poursuive, et qu'au grand jour de la manifestation votre propre frère ne s'élève contre vous pour vous dire : Malheureux, c'est toi qui m'as perdu!
Savez-vous d'où peut venir encore la perte de quelqu'un de ces enfants? Elle viendra peut-être des mauvais exemples d'une jeune parente légère et volage, qui ne respire que le plaisir. Déjà ses airs, ses manières, sa démarche, ses ajustements, semblent annoncer une vertu morte, ou du moins mourante, pour me servir du langage de saint Bernard. Déjà elle a un goût décidé pour ces lectures romanesques, écueil de l'innocence, pour ces théâtres, école de volupté, pour ces divertissements nocturnes, où respire la licence, pour ces modes criminelles qui de nos jours, et jusque dans nos temples, arrachent son voile à la pudeur: quel exemple pour un enfant!
Fille chrétienne, qui que vous soyez, et dans quelque rang que la Providence vous ait fait naître, qu'il me soil permis de vous le représenter avec toute la liberté que me donne mon ministère; aimez la prière et la retraite; fuyez les divertissements licencieux; montrez-vous plus
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