‹ Choix de fables et historiettesChapitre 28 sur 58 · TRAIT DE HARDIESSE , DE PRESENCE D'ESPRIT · texte numérisé non relu

TRAIT DE HARDIESSE , DE PRESENCE D'ESPRIT

possession des biens qui leur étaient tout personnels.

Àlmansour Laissa de nouveau la tête vers la terre pendant un moment, puis ii ïa releva et dit à Rébi , son chambellan : « Nous n'avons aucune preuve contre cet homme. » Se retournant alors vers l'individu, il le félicita d'un air souriant et lui adressa cette demande : « As-tu quelque affaire que je puisse terminer à ton avantage? »

— « Oui, prince des croyants, répondit l'homme. J'ai besoin que vous fassiez remettre à la poste une lettre que j'écris à mes parents de Syrie pour les tranquilliser au sujet de ma santé, car mon éloignement d'eux doit leur avoir causé de l'inquiétude. — J'ai encore une autre chose à vous demander, prince des croyants ï »

— « Qu'est-ce que c'est? »

— « Je désire de votre bonté que vous fassiez venir devant moi celui qui m'a calomnié auprès de vous; car je prends Dieu et son Envoyé (1)

(1) Titre donné à Mahomet par les musulmans. La formule de profession de foi en usage chez les Arabes, les Persans et les Turcs est /linsi conçue : II n'y a d'autre Dieu qu'Allah et Mahomet est l'Envoyé de Dieu.

E'i di-: GÉNÉROSITÉ 49

à témoins que je n'ai rien qui appartienne aux Omayyades, soit comme richesses ou même comme dépôt, et que j'ignore absolument qu'ils en aient confié à quelqu'un. Lorsque l'on m'a conduit devant vous et que vous m'avez interrogé, j'ai vu dans vos paroles une très-grande disposition à m'accorder ma liberté, et à me relever de l'accusation qui pesait sur moi. »

Almansour, se tournant alors vers son chambcllan, lui dit : « Il faut mettre cet bomme en présence de son calomniateur. »

Je partis, dit Ilébi, avec l'individu et le confrontai avec celui qui avait fait sur lui de mauvais rapports. En voyant ce dernier, l'homme s'écria : « Eh ï c'est mon esclave; il a fait main basse sur trois mille dinars (1) qui m'appartenaient et a pris la fuite. » Almansour, informé du fait, menaça le coupable, le fit garrotter et punir. Alors celui-ci confirma la déposition de son maître, en avouant qu'il était son esclave, qu'il avait volé la somme indiquée, qu'il s'était enfui et avait calomnié son maître pour le faire mettre à mort, espérant échapper ainsi aux

(1) Nom d'une ancienne monnaie d'or qui variait suivant le titre et les divers pays de l'Orient où l'on en faisait usage.

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