‹ Choix de fables et historiettesChapitre 48 sur 58 · ISO LES SINGES ET L'OISEAU · texte numérisé non relu

ISO LES SINGES ET L'OISEAU

fc.es Singes et l'Oiseau

Pendant une nuit froide et tourmentée par le vent et la pluie , des singes , qui habitaient sur une montagne, cherchaient du feu sans pouvoir en trouver. Enfin ils aperçurent un ver luisant qui s'agitait comme une étincelle, et, s'imaginant que c'était du feu, ils rassemblèrent une grande quantité de bois qu'ils jetèrent par-dessus, puis ils se mirent à souffler, dans le désir de le voir s'allumer et de se mettre à l'abri du froid. Près d'eux se trouvait un oiseau perché sur un arbre; ils le remarquèrent, et celui-ci les vit également. Témoin de ce qu'ils venaient de faire, l'oiseau leur cria : « Ne vous fatiguez pas inutilement , car ce que vous avez vu n'est point du feu, » et, dans son impatience, il voulait s'approcher d'eux pour les détourner de leur projet, lorsqu'un homme, venant à passer près de l'oiseau, comprit l'intention de ce dernier et lui dit : « Ne cherche

i.i> MNQBS i i i. '"Isf.au 181

pas à obtenir l'impossible; car personne n'essaie une épée sur une pierre dure qu'on ne peut briser, et Ton ne saurait, faire un arc avec un morceau de bois qui ne se courbe point ; ainsi donc ne te fatigue pas. d L'oiseau, sans tenir compte de cet a\is, s'avança vers les Binges pour leur prouver (jue le ver luisant n'était pas du l'eu ; niais un des singes le saisit, le jeta par terre et le tua.

482 LE FRIPON ET l/ÉTOURDI

Le Fripon et l'Étourdi

On raconte qu'un fripon et un étourdi, associés tous deux pour des opérations commerciales, s'étaient mis à voyager. Un jour qu'ils cheminaient ensemble, l'étourdi, étant resté en arrière pour satisfaire un besoin particulier, trouva une bourse contenant mille dinars et la ramassa. Le fripon avait tout aperçu. Ils continuèrent ensuite leur route vers leur pays, et, au moment d'entrer en ville, ils s'assirent pour partager la somme.

« Prends-en la moitié, dit l'étourdi, et donnemoi le reste. »

Mais son camarade, qui avait déjà médité en lui-même le projet de s'approprier la somme entière , lui répondit : « Nous ne partagerons pas, car la communauté de biens et la confiance mutuelle ont leur source dans la sincérité et la conformité des sentiments; je ne prendrai que ce qu'il me faut pour ma dépense, tu feras de

U nuroN et l'étourdi 483

même, puis nous enterrerons le reste an pied

de cet arbre; l'endroit est sûr. Quand nous «aurons besoin, nous viendrons toi et moi prendre notre nécessaire, et personne n'aura connaissance de notre cachette. >

Ils prirent donc tous deux une faible portion de la somme, enfouirent le reste au pied de l'arbre et s'en retournèrent chez eux. Bientôt le fripon vint faire visite aux dinars, à l'exclusion de son associé; il s'en empara et aplanit la terre comme elle se trouvait auparavant. Quelques mois après , l'étourdi alla trouver le fripon et lui dit : « J'ai besoin de quelque chose pour ma dépense; viens avec moi prendre ce qui nous est nécessaire. »

Celui-ci se leva et accompagna son associé jusqu'à l'endroit en question; ils se mirent à creuser, mais ils ne trouvèrent plus rien. Aussitôt le fripon se frappa le visage en s'écriant : « Ne trompe pas la confiance d'un ami ; tu es allé, après moi, visiter les dinars et tu les as pris. x>

L'autre se mit à jurer qu'il n'en était rien et à maudire le ravisseur.

rendant ce temps, le fripon redoublait ses la-

484 LE FRIPON ET L'eTOURBI

mentations, puis il dit à son camarade : « Personne autre que toi n'a pu les prendre ; est-ce qu'un autre que toi savait en quel lieu ils étaient cachés? »

Après une longue et vive altercation , ils en référèrent au cadi, qui se fit expliquer l'affaire. Le fripon prétendait que l'étourdi s'était emparé des dinars, ce que ce dernier repoussait de toutes ses forces.

« As -tu quelque preuve à fournir? » demanda le cadi au fripon,

— « Oui, répondit-il, l'arbre au pied duquel étaient les dinars témoignera pour moi que mon camarade les a dérobés. »

Or le fripon s'était déjà rendu près de son père pour le prier d'aller se cacher dans l'arbre, qui était creux, afin de répondre quand on l'interrogerait; et le père s'était effectivement blotti dans le creux de l'arbre. Cela parut digne d'attention au cadi, et il se rendit, lui et ses gens, en compagnie du fripon et de l'étourdi, au pied de l'arbre et lui adressa des questions sur ce qui s'était passé.

Le vieillard caché dans l'arbre répondit : « Oui, c'est l'étourdi qui a pris les dinars. »

Page 1