LE PRINCE, SA FEMME ET LE FAUCONNIER
sonnages de Balkh vinrent présenter leurs salutations au prince , qui fit préparer des mets , des breuvages , et rassembler à leur intention beaucoup de fruits et de présents. On se mit à table, et la conversation s'engagea sur différentes nouvelles. Vers la fin du repas, le prince fit signe au fauconnier d'apporter les deux perroquets. Celui-ci les amena, et, quand ils furent en présence du prince, ils répétèrent ce qu'on leur avait enseigné. Les convives, comprenant ce que les oiseaux venaient de raconter, se regardèrent les uns les autres et détournérent la tête avec un profond sentiment de pudeur.
Le prince leur demanda ce que les perroquets avaient dit; mais ils refusèrent de répondre. Enfin, après de nouvelles instances, ils lui révélèrent ce qu'ils avaient entendu, en ajoutant : « Il ne convient pas à notre dignité de rester davantage dans une maison où l'on se livre au libertinage. »
A ces mots, le prince les pria d'adresser aux deux oiseaux , dans la langue de Balkb , d'autres paroles que celles qu'ils venaient de faire entendre. Les hôtes se rendirent à son désir;
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mais ils s'aperçurent que les perroquets ne Bavaient que ce qu'on leur avait enseigné. Aussitôt l'innocence de la Femme fui reconnue par eux et par tous ceux qui étaient présents, et la calomnie du fauconniei fut m isc à découvert. Le prince lit appeler ce dernier, qui se présenta
avec un faucon blanc sur la main. A peine était-il sur le seuil de la porte, que la femme du prince, en le voyant, lui adressa ces parafes : « 0 ennemi de toi -même, est-il vrai que tu m'aies vue comme roui déclaré les perroquets que tu as instruits? »
— « Oui, répondit-il, je vous ai vue comme ils l'ont dit. »
V l'instant même, le faucon, s'élançant au visage du calomniateur, lui creva les yeux avec ses serres.
« Tu mérites bien ce qui L'arrivé, s'écria la femme; c'est le Dieu très-haut qui le punit pour avoir attesté ce que tes yeux n'ont point
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L'Éléphant et le Lièvre
Dans une contrée peuplée d'éléphants , plusieurs années consécutives de stérilité avaient rendu l'eau rare, tari les sources et desséché les plantes et les arbres. Les éléphants, tourmentés par une soif brûlante, allèrent se plaindre à leur roi , qui envoya dans toutes les directions à la recherche de l'eau ses émissaires et ses éclaireurs.
L'un d'eux vint rapporter au roi cette nouvelle : « J'ai découvert en tel lieu une abondante source appelée la Fontaine de la Lune. »
Aussitôt le roi des éléphants se dirigea vers la fontaine avec son escorte pour se désaltérer, lui et ses sujets. Or cette fontaine était située dans un endroit appartenant aux lièvres ; et les éléphants, écrasant sous leurs pieds les lièvres blottis dans leurs gîtes, en firent périr un grand nombre. Les survivants se réunirent autour de leur souverain et lui dirent : « Vous savez ce
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que nous avons éprouvé de la part (1rs éléphants! »
— « Eh bien, répondit le roi, que tous ceux qui ont un avis à donner le fassent connaître. »
Aussitôt un lièvre, nommé Firouz, estimé du roi pour la solidité de son jugement et de son
savoir, s'écria : « Le roi jugerait-il convenable de me confier une mission auprès dos éléphants et de m'ad joindre un aide fidèle qui puisse être témoin de mes paroles et en rendre compte à sa majesté?»
— « Tu es digne de toute confiance, lui dit le roi, et je suis satisfait de ta proposition. Va donc trouver les éléphants; annonce-leur de ma part ce que tu voudras, et souviens-toi que c'est par le jugement, la sagacité, la douceur et les nobles qualités , qu'un émissaire justifie le choix éclairé de celui qui l'envoie ; sois doux et conciliant, car un messager peut attendrir les cœurs par son affabilité ou les aigrir par sa rudesse. »
Le lièvre se mit en route pendant la nuit, au clair de la lune, et parvint jusqu'à l'endroit où se trouvaient les éléphants; mais il ne voulut pas s'approcher d'eux, de peur d'être écrasé
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sous leurs pieds et d'être tué, sans qu'il y eût intention de leur part. Il alla donc se poser sur une montagne et adressa ces paroles au roi des éléphants : « La lune m'a envoyé vers yous, et un ambassadeur ne doit pas être blâmé pour la mission dont il s'acquitte, quelque sévères que soient ses paroles. »
— « Quelle est cette mission ? » lui demanda le roi.
Le lièvre répondit : « Voici ce que la Lune me charge de vous dire : Celui qui se fie sur la supériorité de sa force contre les faibles devient victime de sa présomption auprès des puissants; sa force fait son malheur. Pour vous, plein de confiance en votre supériorité sur les autres animaux, vous vous êtes abusé au point d'aller à la fontaine qui porte son nom , vous y avez bu et l'avez troublée. La Lune m'a donc envoyé vers vous, et je vous avertis de ne plus recommencer, ou sinon elle vous aveuglera et vous fera périr. Si vous avez quelque doute sur ma mission, allons sur-le-champ à la fontaine, et je vous en donnerai des preuves. »
Le roi des éléphants, étonné des paroles du lièvre, se rendit avec l'envoyé Firouz à la fon-
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laine, et, en jetant les yeux sni- elle, il vit 1 > i*ï 1 —
1er la Lune dans l'eau. PirOUZ lui dit alors : «Prenez de l'eau avee votre trompe; la\ezvous la face, et prosternez - vous devant la lame, i
L'éléphant plongea sa trompe dans l'eau dont l'agitation lui lit croire que la Lune tremblait. « Pourquoi donc la Lune tremble-t-elle ? elle est peut-être courroucée de ce que j'ai plongé ma trompe dans l'eau'.1 d s'écria-t-il.
— a Précisément, » lui dit le lièvre Firouz.
Alors l'éléphant se prosterna de nouveau devant la Lune en signe de repentir de ce qu'il avait l'ait, et lui promit que désormais ni lui ni les siens ne retomberaient dans une pareille faute.