‹ Choix de la correspondance inédite de Pierre Baye, 1670-1706Chapitre 11 sur 77 · LETTRES ÉCRITES A P. BAYLE · texte numérisé non relu

LETTRES ÉCRITES A P. BAYLE

Quel homme fut jamais plus coupable que je le suis, Monsieur mon très cher ami; et que dires vous de moy de vous écrire et de vous remercier si tart de toutes vos bontés? Vous me faites la grâce de m'escrire le plus obligeamment du monde; vous faites par bonté vn Panégyrique de mon Panégyrique '), commettant, en quelque sorte, la gloire de vostre discernement, toute bien établie qu'elle est, pour faire ce que l'amitié vous conseille et qu'vne préocupation d'affection vous inspire; vous me sollicités pour me faire recevoir de nouvelles grâces; vous estes vn ami illustre et considérable de toutes les manières; et dans le poste que vous occupés avec tant d'honneur dans l'Empire des lettres, dictateur de cet estât de lumière et de connoissance, et maître en quelque sorte, par la foy qu'on a en vous, de la destinée des auteurs, vous voulés penser que je sois au monde pour y faire penser les autres, parce que vous m'aymés et qu'apparemment vous vous faites vn point d'honneur de n'avoir que des amis qui vous ressemblent, — et avec tout cela, vne lettre

que j'escris pour vous remercier demeure dès trois semaines dans mon cabinet, elle se perd dans mes papiers, et je ne vous écris que lors que je ne peux plus m'en défendre.

Si ce n'est pas là estre ingrat, je ne sais ce que l'on peut appeller ingratitude, mais aussi, mon cher Monsieur, si vous n'estes pas généreux, je ne say où l'on trouvera la générosité. C'est ce qui me console. Je conte tellement sur vostre bonté que cela me rend vn peu trop hardi à manquer à mon devoir à vostre égard. J'ay leu vostre journal et, sans compliment, il m'a extrêmement pieu. Il y a par tout de la politesse, du tour, de l'esprit, de l'érudition, du raisonnement et vn certain discernement de Philosophe, vne sévérité de raison que tous les grans hommes n'ont pas, et qui font qu'on vous reconnoîtra dans les moindres choses que vous ferés.

Je ne say, si je dois vous satisfaire sur la demande que vous me faites, de vous envoyer le plan de mon ouvrage. Il me semble que j'y trouve peu mon conte. Cela vous surprend. C'est, mon cher Monsieur, que je pers vos belles parolles et que j'espéreroy que vous donneriés plus de jour et de force à mes principes, si vous vouliés vous donner la peine de leur prester quelque chose de ce qui vous est propre et qui ne se trouve pas dans les livres.

Je vous remercie mille fois des soins que vous prennes des exemplaires de l'oraison funèbre de la Défunte Électrice 2). Vous aurés peut estre eu la curiosité de savoir, pourquoy vn si grand nombre d'exemplaires: c'est qu'on ne voulut point l'imprimer à moins. Cela est bizarre; mais telle est la méthode de nos imprimeurs Aussi, serviteur auz imprimeurs de

Berlin! Je vous demande la continuation de vos bontés, en cela et en toute autre chose. Monsieur d'Artis 5) fait venir pour moy vostre journal. Je me donneray l'honneur de vous écrire au premier jour.

Je suis, avec toute la reconnoissance et l'estime possible, tout à vous, mon cher Monsieur

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