C. ANCILLON. A Berlin ce 11 féurier
Il est bon que je vous dise encore, que les lettres que vous et Monsieur Leers me faites l'honneur de m'écrire, courent risque de se perdre, parce qu'il n'y a personne de mon nom qui se qualifie Docteur en droit. Je suis conseiller de Cour et d'Ambassade du Roy, et Juge supérieur de la Nation françoise.
J'oubliois de vous dire que le célèbre Mr. Dartis, qui m'a fait autrefois vne si grande affaire d'auoir dit dans vne Epître dédicatoire au Roy de Prusse, qui si on a dit de Traian qu'il estoit vn Dieu Mortel, on pouuoit le dire de luy à plus forte raison, renouuelle auiourd'huy sa querelle contre moy; cette querelle et son opiniâtreté à la soutenir ont esté cause qu'il a esté congédié il y a douze ans. Il ayma mieux perdre son établissement et son poste de Ministre ordinaire de Berlin que de me laisser en repos. Il est icy sur le pied de solliciteur, il redemende sa pansion et sa charge, et, pour faire sa cour, il a fait vn discours au Roy sur ces paroles de Samuel: Qui suis je et quelle est la maison de mon père? etc., qui a esté le premier texte sur lequel le Roy a voulu qu'on prêchât dans tous ses Etats, le jour de l'Anniuersaire de son Couronnement, et dans ce discours, entr'autres impertinences, il y renouuelle sa calomnie contre moy. Je luy réponds par des petits discours en forme de lettres que ie publie toutes les semaines; ie n'en ay encore donné que deux, parce que tous ses amis tâchent de m'appaiser. le vous enuoyeray toutes les petites pièces que i'ay fait depuis mon retour icy, par la première commodité qui se présentera. Monsieur de comte d'Enhof, 5) gendre de Mr. le comte Dhona et commissaire général des guerres, a demendé son congé à la cour et s'est retiré à Mummel dont il est gouuerneur. On a rapellé