JEAN ANISSON I
par les fenêtres terriblement chers; et la seconde, j'espérois que moyennant cette permission, il s'en répandroit assez pour en empêcher la contrefaction à Lyon ou à Genève. Mais Mr. Leérs m'a si mal secondé là dedans qu'il m'a été impossible de proffiter de la bonne volonté, que Monseigr. le Chancellier2) a pour moy; et en effet il auoit tant d'envie de me faire plaisir dans cette occasion, qu'il me donna à choisir de trois Censeurs, qu'il me nomma, et comme de ceux là, il y en auoit vn amy de Mr. Leérs, mais amy intrinsèque *) (à ce que m'a dit autrefois Mr. Leérs, et à ce qu'il m'en a paru depuis), je préféray celuy là aux deux autres, quoyque je fusse d'ailleurs en quelque deffiance de sa part sur mon chapitre; ce que n'ignore point Mr. Leérs, car pendant son séjour en cette ville et dans le tems que je luy livrois tous mes amys et tous mes patrons, je priay Mr. Leérs de me renouer auec cet homme, mais je ne reçus jamais de réponse sincère là dessus de Mr. Leérs. Je ne vous le nomme point, parceque vous l'aurez appris par Mr. Janisson.4) Cependant je me flattois toujours qu'en considération de Mr. Leérs il passeroit par dessus les Règles, puisque Mgr. le Chancellier y vouloit bien passer en ma faveur. Je fus donc voir cet homme, je luy parlay au nom de Mr. Leérs, et je le priay de faire distinction de la permission d'imprimer, qu'on demanderoit à vn Chancelier, d'auec la tolérance dont il s'agissoit en ce cas, pour l'entrée de quelques Exemplaires d'vn livre composé d'ailleurs par vn galant homme, et d'vn mérite
singulier. Mr. R me donna les meilleures pa-
rolles du monde, et ne parut pas éloigné de la chose, de sorte que j'eus dès lors espérance du Succez, et d'autant plus que je luy allégay l'Exemple de feu