‹ Choix de la correspondance inédite de Pierre Baye, 1670-1706Chapitre 23 sur 77 · BAILLET · texte numérisé non relu

BAILLET

A Paris ce XV de Mars 1697.

Je vous dois, Monsieur, de grands remercimens pour le riche et honorable présent que vous m'avez fait de votre Dictionnaire1). Car les obstacles que l'on a formez à l'exécution de vostre volonté, loin de diminuer l'obligation que je vous en ay, serviront encore à augmenter les mouvemens de la reconnoissance, où je suis pour toutes vos bontez et pour l'honneur de votre amitié, que vous voulez bien m'accorder, quoique je n'aye point d'autre titre pour vous la demander que celui d'estre parfaitement votre serviteur.

Je vous en dois aussi pour l'honneur que vous m'avez fait de me citer2), plus honorablement que je ne le méritois et que je ne devois le souhaiter, comme il m'a déjà paru par la lecture de votre projet, qui m'a laissé une avidité pour tout l'ouvrage et une faim qui me ronge, jusqu'à ce que la Providence me fasse naître une occasion de la satisfaire.

Mais je vous en dois principalement pour les services réels que vous m'avez rendus dans tous les endroits où vous avez eu la charité de me corriger et de marquer mes fautes 5). J'avois témoigné autrefois, dans l'éclaircissement qui est à la teste de mes Poètes, que mes adversaires, en se chargeant de me faire connoître mes fautes, usurpoient un droit qui appartient légitimement à mes amis. Je les avois reçus par provision, comme suppléant au défaut de ceux cy. J'y trouvois mesme un avantage, qui étoit de n'avoir pas besoin de précaution contre eux, par ce que leur qualité d'adversaires ne me les rendoit point suspects de cette fausse tendresse qui surmonte souvent les plus

fermes et les plus incorruptibles de nos amis. Une autre commodité que j'y trouvois étoit de me voir dispensé de leur côté de reconnoître publiquement ces services comme des faveurs, parcequ'ils ne songeoient que se satisfaire eux mesmes; ce que nous ne pourrions pas dire de ceux de nos amis qui prendroient le mesme soin, sans tomber dans l'ingratitude. N'allez pas conclure de là, Monsieur, que l'obligation de vous remercier me soit une chose onéreuse, ni que j'aimasse mieux qu'un adversaire eust pris la peine que vous vous êtes donnée, pour me voir dispensé de la reconnoissance qui est due à des services de cette nature. Car je vous proteste non seulement que c'est avec une sincérité parfaite, que je vous remercie, mais que je ressens en mesme temps une joie très particulière de ce que vous avez eu la bonté de vouloir bien être cet ami, mais un ami éclairé, que je cherchois; quoique, sans avoir lu votre excellent ouvrage, je ne laisse pas de présumer, que vous aurez toujours eu trop de complaisance pour mes foiblesses, et que, pour avoir voulu me ménager, vous donnerez peut estre à penser, que les endroits où vous m'avez épargné pourroient être exemps de fautes.

Après vous avoir remercié pour moy, je m'acquitte de la commission que m'a donnée Mr. Corbinelli4), de vous remercier aussi pour lui de l'éloge que vous lui avez donné dans votre Dictionaire. Comme il fait profession de se trouver tous les aprèsmidys dans les compagnies de personnes qualifiées, curieuses et savantes, il a entendu des discours de quelques uns de ceux qui se sont laissé prévenir à ces rapports injustes et passionnez, dont vous m'avez fait l'honneur de me parler dans votre lettre. Mais il me charge de vous

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