de 9bre
Je n'ay receu vostre lettre qu'auant hyer au soir, mon très honoré Monsieur, par ce que Mr. Constans ')
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a esté obligé d'aller faire un tour à Amsterdam auant que de me la rendre. Vous m'aués fait plaisir de me procurer la connoissance de cet honneste homme. La pension de Leyde ne tombera pas, comme je l'auois cru, entre les mains de Mr. B.2); on m'a dit qu'elle est destinée à quelque autre, et que Mr. B. n'y a pas voulu songer. C'estoit ses amis prophètes qui trauailloyent fortement pour luy auprès de Mr. le Pensionnaire, mais Mr. B. n'approuuoit pas leurs démarches et n'estoit nullement en humeur de quitter la Haye pour si peu de chose, quand mesme on le lui auroit offert soubs cette condition.
Je n'ay pas encore lu la réponse au Com[mentairep). Un étourdi et homme de petite teste, qui a bien tost assemblé son conseil, me disoit l'autre jour, que comme il n'estoit guères préuenu en faueur de cette réponse, quelque grand que soit le mérite de celui qui en est l'auteur, il ne s'estoit pas fort empressé de la lire. Je croi fortement, ajoutoit il, qu'il seroit plus facile de trouuer la pierre philosophale, que de bien répondre au Corn. La première de ces deux choses n'est pas absolument impossible comme la dernière. Il y a là des difficultés, continuoit il, que l'on n'a jamais résolues, et la présomption est qu'on ne les résoudra jamais, non pas simplement pour cette raison que jusqu'icy on l'a tenté inutilement, car la conséquence ne seroit pas tout à fait bonne, mais principalement par ce qu'en considérant la chose en elle mesme, ceux à qui il reste quelque liberté d'esprit voyent clairement, qu'on ne sauroit en venir à bout. Ces difficultés sont ce grand nombre d'observations que l'on trouue dans le Corn, auec la réponse aux exceptions, pour montrer que les sectes les plus ténébreuses sont dans la bonne
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foy, et qu'elles n'errent point volontairement et malicieusement; des quelles obseruations la dernière et la plus pressante et celle qui est proprement le jugulum causez, après quoy il ne reste plus rien à dire si on n'y répond, c'est que l'erreur en matière de religion est absolument inuincible, quand mesme les errans se l'imagineroyent autrement, parce que la vérité est introuuable, et là dessus viennent toutes les difficultés de l'examen particulier que l'on peut appliquer au principe de l'autorité; si bien que toute sorte de voye pour arriuer à la vérité est fermée. C'est à quoy, dit il, on n'a jamais répondu qu'en abandonnant sa propre cause, et en la liurant aux incrédules auec celle des aduersaires, par la voye des retorsions. Ce n'est pas un préjugé qui me soit venu du Com. J'ay lu les réponses de Mr. Pajon*) et de Mr. Claude là dessus et n'y ay rien trouué de direct qui ne fasse pitié. Aussi passent ils sur ces méchans endroits auec une rapidité incroyable, comme un chat sur la braise. Mais n'auouons nous pas la dette, je veux dire que nous somes incapables de répondre, lors que pour nous tirer d'affaire nous auons enfin recours à la grâce, c'est à dire à un principe d'autorité et d'infaillibité particulière communiquée aux élus. N'est ce pas déclarer ouvertement, que l'on succombe aux difficultés de l'examen, lors que, pour s'en tirer, on abandonne les loix de la dispute, qui demandent que l'on n'oppose aux aduersaires que de bonnes raisons, et que l'on est réduit à dire qu'ils nous en doiuent croire, et que nous somes dirigés infailliblement vers la vérité? Nous rejettons l'autorité et l'infaillibilité des autres comme une prétention chimérique et extrauagante, et un moment après nous faisons valoir auprès d'eux nostre autorité
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et nostre infaillibilité particulière, et nous nous fâchons de ce qu'ils traittent cela d'esprit particulier et d'illumination insensée. Nos disputes procéderoyent auec beaucoup plus d'ordre et de sagesse, si nous ne disputions plus que sur ces prétentions respectiues, qui sont l'analyse et le dernier fondement de la foy des uns et des autres, à quoy par conséquent il faudroit réduire toutes les controuerses. Mais au lieu de cela, nous agitons de part et d'autre une infinité de questions, et après auoir fait mine de les décider par de bonnes raisons, nous n'alléguons au bout du comte que nostre autorité, nostre direction, nostre grâce, nostre infaillibilité, soit celle de l'église, comme les autres, soit celle de chaque particulier fidèle, comme nous Sans nous apperceuoir, que la grâce ne prouue rien si on ne la prouue, comme disoit autrefois Mr. Pelisson^), en nous expliquant cette maxime, laquelle peut estre aussi bien expliquée à lui qu'à nous. Car nous ne saurions prouuer cet admirable priuilège les uns ny les autres, que par des signes très équivoques et par conséquent illusoires. Bien loin de le prouuer aux autres, nous ne saurions nous le prouuer à nous mesmes, ni le sentir autrement que comme les fols, qui sentent certaines choses sans en auoir de bonnes raisons. Mr. S[aurin]6) a trouué icy un autre antagoniste que Mr. J[urieu]. On peut se battre auec celuy cy et lui porter pour le moins des coups fourrés, si on ne le peut terrasser entièrement; mais il n'en est pas mesme du premier. Mr. J. soutient, que l'Écriture et la religion qui en dépend n'ont point de preuues, et que la foy ne dépend que d'une grâce et d'une inspiration sans preuues. On peut et on doit lui nier cela, et lui soutenir que c'est détruire l'Ecriture et la
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religion, et qu'une grâce et une inspiration sans preuues est un vray fanatisme, produit par la mélancolie et par le désordre d'un esprit qui fait des châteaux en Espagne. Cela est tout au moins fort plausible, s'il n'est pas conuainquant, quand on ne le prouue pas et qu'on ne répond pas aux objections de son adversaire. C'est montrer seulement le droit, et c'est lui abandonner le fait. C'est prétendre par de belles déclamations, que la chose doit estre autrement que Mr. J. ne dit. Ce n'est pas montrer, que la chose soit autrement. Voilà le résultat de la dispute de ces deux grands Hommes, et c'est ce qui fait voir que la sentence du dernier synode à l'égard de l'un et de l'autre est plus judicieuse qu'on ne pense. Le synode a fait une espèce de compensation de ce qu'il y auoit de bon et de mauuais dans la dispute de l'un et de l'autre touchant le principe de la foy, et les a renuoyés absous tous deux, à mon aduis fort légalement. Mr. J. auoit auancé des propositions infiniment injurieuses à l'Écriture et à la religion. Voilà vn horrible attentat. Mais il auoit appuyé ces propositions de raisons très embarrassantes. Cela diminue beaucoup l'atrocité de son attentat. Mr. S., d'autre costé, auoit repoussé très fortement les calomnies de Mr. J. contre la religion et l'Ecriture. On ne peut pas conceuoir de dessein plus juste. Mais il n'a pas répondu aux difficultés embarrassantes de Mr. J. Cela diminue beaucoup le mérite de son dessein. Que pouuoit faire de mieux le synode que de les mettre tous deux hors de cour et de procès, après auoir tant balancé de part et d'autre. Je ne saurois que louer et qu'admirer sa conduite, et si j'eusse esté à la place du synode, j'en eusse fait autant. — Là dessus j'ay interrompu mon causeur, lequel, corne je croy, auroit
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encore continué de me rompre la teste, tant il estoit en bonne humeur; et j'ay voulu vous faire part de ce discours extrauagant, afin que vous admirez de plus en plus la bizarrerie de l'Esprit humain. Je me suis fait prester la réponse de Mr. S., et je m'en vay la lire, ayant conseillé à nostre étourdi de la lire aussi, pour voir s'il changera de sentiment. Je m'en vay relire en mesme tems le com., que je n'ay point leu depuis 4 ou 5 ans. — Je suis tout vostre.
CHARLES DRELINCOURT.
A Leide ce 18e de l'An 1685.
Je suis de ceus qui veulent connoître avant que d'aimer et avant que d'estimer. Ainsi, Monsieur, je Vous déclare, à coeur-ouvert, que tandis que Votre mérite m'a été caché, je n'ay eu pour Vous ni amour, ni estime; sur-tout, parce que j'étois préocupé de Votre passion contre Mr. du Rondel ').
Mais, Monsieur, le caractère d'habille-homme, et d'honnête-homme, qui reluit dans vos Journaus, et où je Vous vois si-bien avec Mr. du Rondel, éface, tout-à fait, de mon Esprit les impressions que j'y avois, et m'oblige à Vous ofrir mon coeur et mon estime.
Comme Vous êtes accablé d'affaires, je Vous déclare, tout net, que ce Billet n'est nullement pour m'en atirer un autre, de Votre main. Je Vous-en dispense
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donc absolument, car mon but n'est que de Vous remercier d'avoir si bien analysé mon Histoire des Oeufs2). Ce n'est-rien, que Charas 5) ne m'ait pas nommé; mais, c'est qu'il m'a fait répondre pour luy chez Mr. Commelyn à Amsterdam, où il m'a fallu payer 330 florins. J'avois mon recours à Charas, mais il nioit la dette. Par bon-heur, j'avois gardé l'une de ses Lettres, où il me supplioit de le cautionner, et en vertu de cette Lettre j'ay obtenu de la Justice mes
Voilà pourquoy je le traite d'ingratus et de calcitrosus p. 3. Son ingenium dromatarium est, qu'il n'étoit qu'Apothicaire et que ces 330 fl. étoient pour des drogues de la Thériaque, dont il a publié un livre, que j'ay eu la pêne aussi de luy corriger mot-à-mot, aussibien que de l'instruire pour son traité des Vipères.
A Leide 22e de l'an 1685.
L'erreur de fait ^) étant éfacée, et le mérite inconnu étant reconnu, tout-ira bien, Dieu aidant.
Ce n'est point de la plume, mais du coeur, que je Vous avois dispensé d'une Réponse. Car, de bonnefoy, Monsieur, je Vous plains dans Vôtre-travail excessif; et Vous y succomberez, si Vous ne Vous-y ménagez-pas.
Il faut avoir le discernement aussi-fin que Vous lavez, Monsieur, pour m'avoir reconnu dans des Billets qu'une Excellence de la Haye Vous a envoyez. C'est un Récit ou un Raport de l'état de feue Mademoiselle
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la Comtesse de Bréderode 2), qui est morte icy, et qui étoit la bellesoeur de Mr. le Marquis de Mompouillan, mon ancien Amy, et avec qui il paroît par mon r Billet que je m'étois entretenu.
Comme cette Académie fourmille d'envieus, l'on y crevoit de dépit de ce que la Défunte rejettoit tous les autres Médecins. L'on a donc été ravy de pouvoir publier qu'on avoit trouvé ma Malade morte dans son Lit.
Je réplique, qu'il me sufit d'avoir un si bon-Garent et un si fidèle Dépositaire de mes pensées que Mr. **, qu'il n'y a pas-un de mes Billets qui se démente: qu'on les confronte tous, qu'ils sont tous-funestes, et même ceus qui sont écrits lors que les aparences nous flatoient le-plus etc. Sic pag: 30, 40 et 42, où j'écris en des termes de la Guerre à mon Guerrier, et où je luy raporte une Comparaison de Vienne assiégée ?), qui a confondu ceus qui luy promettoient une guérison de Me sa Soeur.
Je crois donc, Monsieur, qu'il sufit de dire qu'une Personne de qualité, étant malade hors de chez-soy , son Médecin a pris la pêne d'en écrire, tous les jours, au Beaufrère de la Malade, quelques Billets, qui sont autant de Pronostics fidèles, non seulement de la Mort, mais du genre de Mort, qui luy a ravy son Illustre Demoiselle etc. Car ce n'est-pas à des Gens de Votre trempe, Monsieur, qu'on trace un Plan de ce qu'ils doivent construire.
DRELINCOURT.
JP. S.] Puisque Vous acceptez mon coeur et mon estime, mon Amour ne sera plus un Amour, mais une Amitié.
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