SPON
FRANÇOIS TURRETTINI.
Ce 30 Iuin 1683.
I'ay bien cru, monsieur et très honoré frère, que la perte que vous auez faite vous seroit extrêmement sensible, et que vous ne pourriez porter qu'auec bien de la douleur la séparation d'vn si bon frère et que
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vous aimiés si tendrement. Si la part, que vos amis prenent à vne affliction, pouuoit contribuer à l'addoucir, le ne doute pas que vous n'y sentissiez beaucoup de soulagement. Tous ceux, qui ont eu le bien de le connoître, le regrettent extrêmement. Pour ce qui me concerne, vous devez estre persuadé, que sa mémoire me sera toujours chère, et que i'aurai toujours pour ceux, à qui il avoit le bien d'appartenir, toute l'estime que ie dois, et surtout pour vous, monsieur, que i'ay toujours considéré et que ie considère comme un de mes meilleurs amis. Pour ce qui est de la petite affaire, qu'il auoit auec mon frère !), cela ne vous doit pas donner de la peine. Il attendra votre comodité et celle de mr. votre Père. Il est vray, que la dernière lettre que feu mr. votre frère m'écriuit, vn peu devant que Dieu le retirast, de même qu'à mon neveu Pictet, Il luy donnoit ordre de luy payer les Intérests de cette petite partie; mais il ne les a pas pris ni ne prétend de s'en préualoir, se contentant d'estre remboursé de ce qu'il a fourni; et ie ne croy pas, que mon neveu ait rien touché pour cela, mais cela se deuoit rencontrer sur quelque liure qu'il auoit promis de luy acheter. le vous suis, au reste, bien obligé, monsieur, de votre liure des comètes, que i'ay . . .*) receu auec les autres exemplaires, que i'ay rendus à leur adresse. le lis cette pièce auec bien du plaisir, à cause de mille belles et curieuses remarques, dont vous l'auez remplie. le ne doute pas, que le dessein que vous auez, de donner au public, tous les mois, les nouuelles de la République des lettres, ne soit aussi extrêmement goûté, sur tout si vous prenez la
*) Déchirure.
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peine d'y ajouter quelque chose du jugement que vous faites des pièces dont vous parlerez. l'attendrai auec impatience la pièce que vous me promettez, auec celle de mr. Basnage. le ne say, si vous auez point vu vn ouurage d'vn nommé Gregorio Leti , qui a pour titre Theatro Britannico, pour lequel il a este chassé d'Angleterre. Vous y aurez remarqué sans doute, en diuers endroits, que cet impertinent prend à tâche de nous noircir, diuers d'entre nous, et en général toute notre nation Italiene, par des infâmes calomnies, parce qu'on a découuert ses impiétés et sa mauuaise conduite, et
qu'on a *) le magistrat à faire sortir d'ici vn
homme, qui nous estoit vn scandale, par vne infinité de méchans liures qu'il faisoit imprimer, et sur tout dans la vie de Philippe second, qu'il a remplie par tout d'inuectives contre nos Réformateurs et de blasmes de la Religion. L'on ne veut pas s'amuser à repousser ses calomnies; on croit que les personnes qu'il a voulu flétrir sont assez conus, et que leur probité est au dessus de tout ce qu'vn semblable maraut en peut dire. Mais il seroit important, si on en trouuoit l'occasion, de faire connoître le pèlerin, afin qu'on vist par là, quelle foy on peut ajouter à vn homme de néant comme luy. Il y a bien des choses à dire, tant pour sa vie que pour ses écrits, où l'on peut remarquer, non seulement des ignorances grossières, des faussetés manifestes, des impiétés et des impuretés étranges, où il y auroit bien lieu exercer votre Critique, s'il en valoit la peine. l'en feray vn petit extrait, que ie vous ferai tenir par la première comodité, afin que vous iugiez de l'homme par cet échantillon. Il est grand
*) Illisible.
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ami de l'homme qui s'est ietté parmi les Rémonstrans2), dont il exalte le mérite et le sauoir. l'écris vn mot à notre Illustre ami3), pour luy rendre conte d'vne petite commission, qu'il nous auoit donnée. le suis bien aise, qu'il ait entrepris l'ouurage que vous me dites. Il sera infalliblement de très grand fruit. Dieu nous conserue cet excellent homme; il a bien intérest de prendre garde à luy: il ne faut pas douter, qu'on ne cherche tous les moyens de le perdre. — le vous recomande de tout mon coeur en la grâce de notre Seigneur, et suis toujours, sans réserue, tout à vous
TURRETTIN.
Obligez moi d'asseurer monsr. de Chénier, qui me fait l'honneur de se souuenir de moy, de mes très humbles seruices.