Voy. Appendice, n° V
2. J.-J. Ampère, né en 1800, mort en 1864, membre de l'Institut, professeur de littérature française au Collège de France, tils de l'illustre physicien.
suis violemment décidé à écourter le Rapport^, en le réduisant au simple exposé de ce qu'a fait le Conseil, c'est-à-dire à quatre pages. Il m'est venu un beau matin à l'esprit que je serais fort ridicule d'aller faire l'aimable à propos d'ouvrages que je n'ai jamais vus de ma vie, que je ne verrai jamais, et que je pourrais voir des siècles sans y rien comprendre. A. R. a pu, pendant sept ans, se donner ce genre ; mais il ne me plaît pas d'être sa seconde édition. Notez bien que c'est lui qui m'a, en quelque sorte, suggéré cette idée de rentrer dans le cadre primitivement tracé par le règlement; puis, ô profondeur du cœur humain! il s'est fâché tout rouge quand il a vu que je l'avais pris au mot. Mais, Dieu merci, je connais la mesure de ses éloges et de ses colères, et, si je pouvais avoir une opinion dans ce grave sujet, je penserais qu'il est flatté de voir un des « Dii minores gentium » reculer modestement devant son astre.
Je ne vous aurais pas écrit ces choses qui tournent au stupide, si je n'avais cru pouvoir profiter de l'occasion de M. Allen, qui est venu me voir. J'oubliais de vous dire que Rrosset^ est de plus en plus admirable; ce jeune homme se surpasse chaque jour; il vient de nous délivrer un morceau sur le roman de Tariel d'un fini, d'un poH, d'un parfum! Je vous jure que les mots manquent pour parler de ces beautés ; c'est cent fois mieux que le « Mulet. »
i. « Rapport annuel sur les travaux de la Société asiatique, en 1829-1830, par E. Burnouf, secrétaire. »
2. Orientaliste français, né à Paris en 1802, qui se fixa plus tard à Saint-Pétersbourg. Il s'occupait surtout de la littérature et de l'histoire de la Géorgie.
Faites, je vous prie, mes compliments à nos amis les gentlemen; et, si vous avez deux minutes avant de vous coucher, jetez à la poste trois lignes pour me donner de vos nouvelles.
Vale et me ama.
A M. Jules Mohl, à Londres.
Paris, 15 mai 1830.
Mon cher Mohl,
J'ai reçu hier votre lettre, et j'y réponds tout de suite, car j'ai un si violent mal de gorge que je ne sais pas si je serai sur mes pieds demain.
Je vous remercie mille et mille fois des hvres que vous m'avez achetés, et je suis un peu honteux des peines et courses que ces acquisitions doivent vous donner; je ne puis cependant pas m'empêcher de vous prier d'ajouter au crédit que vous voulez bien m'ouvrir une somme d'environ 150 fr. pour quelques livres qui vous tomberaient sous la main. Mais je vous prie, au nom de votre fièvre, de ne pas faire un pas pour cela. Quand vous vous trouverez chez Parbury, mettez la main sur ces bouquins particuliers qui deviennent rares si vite, comme le Dictionnaire barman de Judson. Je suis vraiment ravi de posséder le Bhootdnta et le Hamilton. Ajoutez à vos complaisances celle de dire à votre groom de faire de ces livres, ou de la partie qu'il vous plaira, un paquet que vous ferez
porter chez Wiirtz, ou autre part, à votre plus grande commodité; il me semble que vous seriez terriblement chargé s'il vous fallait revenir à Paris avec vos malles et ce ballot.
Je vous assomme de mes sottes affaires. Encore de moi : le savant Montbel ^ a souscrit pour 1 6 exemplaires du Vendidad, ce qui vous explique mes appétits bibhographiques. J'ai vraiment à me louer de ce ministre; le seul argent que l'État m'ait jamais donné me vient de lui. Rien de neuf du reste; si ce n'est que mon Rapport, que vous voulez voir, est stupide, c'est le compte-rendu d'une administration prospère, comme celle du Gaz hydrogène ou des Assurances sur la vie. L'année prochaine, il me faudra tresser la guirlande de la louange avec les fleurs embaumées de la juste appréciation, ou, en d'autres termes, voir l'Orient d'en haut. Dieu sauve mon âme!
Le Vendidad va lentement; la 4® livraison ne paraît pas encore; Jouy me fait damner; il me menace de retarder le commencement de la 5® livraison de deux mois ; il paraît qu'il est riche. Aussitôt que j'aurai fini avec ce petit particulier, je vous jure bien qu'il n'entendra guère parler de moi. La peste soit des sots qui se croient de l'esprit!
Tâchez de ne plus avoir la fièvre ; il me semble qu'on doit être bien tristement à Londres en pareille compagnie. Je vous ai plaint de toute mon âme; mais enfin vous en êtes quitte.
Abel Rémusat est heureux comme un roi de votre petit Tagalien'^; il est si ravi de votre lettre et de son
1. M. de Montbel (1787-1861) était alors ministre de l'intérieur.