Voy. l'Appendice, n^s V et XIII
2. Dans la lettre de Mohl à Eugène Burnouf, datée du 4 mai 1830, on lit : « Avez-vous y u Hindee Sélections (Serampore, 1827, 2 vol. in -4°), avec une grammaire Brij-bhac, ce qui est le Hindee pur et simple des Upper provinces? » Voy. sur ce livre deux articles de Garcin de Tassy dans le Journal des Savants, juillet et août 1832.
mourir, laissant quatre enfants ! Je ne sais à qui confier le soin de me saigner et médicamenter. Quant à cette fois, je suis décidé à me passer de la Faculté.
C'est ce crocodile d'Allen que j'avais chargé de vous faire parvenir ma lettre; il paraît que le camarade n'est pas vif. J'aime mieux cette fois vous faire payer le port entier. Mais, de grâce, enseignez -moi par quelle voie vos lettres me parviennent à si bon marché.
Adieu, mon cher, tâchez de ne pas avoir de nouvelle fièvre ni de mal de gorge, et faites de nouveaux remerciements à cet excellent Haughton.
Tout à vous,
Ma femme est bien sensible à votre souvenir, ainsi que le petit crocodile des bois.
P. S. — A propos, ayez la bonté de ne pas dépasser, pour toutes vos acquisitions si complaisantes, la somme de 600 fr. , dont je ne vous ai donné que 300 fr. , pas même tout à fait; si vos affaires vous empêchent de disposer de vos fonds pour le reste, je vous adresserai une lettre de 1 2 livres ; mais surtout ne vous gênez pas, j'en suis honteux !
A M. J. MOHL, à Londres.
Paris, 6 juin 1830.
Mon cher Mohl,
Il paraît que la fièvre vous a paralysé le bras, car vous êtes d'une sobriété épistolaire que je ne puis comprendre. J'attends toujours de vous quelques nou-
velles, et vous me laissez dans une ignorance complète de ce que vous devenez. Quant à moi, je vous écris, non pas pour vous annoncer quelque chose, mais uniquement pour vous écrire et vous forcer à me répondre.
Ici absolument rien de neuf, si ce n'est que la Sacountala de Ghézy va paraître demain lundi. La préface contient encore d'autres aménités relatives à notre ami commun Abel Rémusat, qui y est outrageusement traité, quoique non nommé. Aussi le Renard-subtil s'est senti piqué vivement, et il a fait savoir à Indra, par l'intermédiaire de l'Éléphant Demanne, que lui, le Renard, passerait le reste de sa vie à faire repentir Indra d'avoir écrit cette préface. Ainsi la guerre est déclarée ; c'est le plus grand événement de la semaine dernière; cela vaut, pour le moins, une éclipse de soleil ou une éruption de l'Etna. J'ai bien aussi une jolie petite nouvelle intitulée : « Le Raudet et le Diplôme de savant. » Mais, comme vous savez quelque chose sur le susdit bétail, et que vous ne voulez pas vous en expliquer avec moi par lettre, je vous tiendrai rigueur et je ne vous conterai mon histoire que quand je saurai la vôtre.
J'ai vu ces jours derniers Bronstedt à l'Institut, et, avec cet air affable que vous lui connaissez, il m'a exprimé sa douleur de ne pas avoir reçu de vos nouvelles : « Nous sommes dans une grande disette de lettres de notre cher Mohl, » m'a-t-il dit avec presque des larmes. « Pas moi, du moins, » lui ai-je répondu, et je l'ai charitablement informé que j'avais déjà deux lettres de vous, que vous aviez été malade, etc. Cette nouvelle a jeté dans sa petite personne un trouble immense; vous auriez ri de bon cœur en vovant les
lignes épanouies de sa figure s'allonger perpendiculairement à l'horizon, de manière qu'un peu plus il eût pu passer pour un bel homme. Le pauvre diable a de la vanité pour cent ; entre nous, il m'a paru profondément blessé que vous ne lui ayez pas écrit. Qu'il se guérisse donc de sa blessure !
Je ne sais plus que vous dire ; nous sommes dans une véritable stagnation. Personne ne fait rien ici : les uns, par la bonne raison qu'ils n'ont rien commencé du tout; les autres, parce qu'ils n'ont pas encore fini le peu qu'ils ont commencé. J'ai mis le nez dans le peu de Védas que nous avons à la Bibliothèque, à cause de quelques analogies que j'ai cru remarquer entre le zend et le dialecte des Védas. Mais nos manuscrits sont dans un état affreux d'imperfection ; il n'y a rien à faire avec si peu de secours. Si vous savez quelque chose sur ceux de Londres, je vous serais bien obhgé de me le transmettre ; Rosen s'en est beaucoup occupé dans ces derniers temps ; je ne veux savoir seulement que les bibliothèques où ils se trouvent, en tout ou en partie.
Au reste, quoi que vous m'écriviez, votre lettre sera toujours la bienvenue , et je ne la laisserai pas longtemps sans réponse, parce que, comme dit un poète persan dont vous vous rappelez sans doute le nom, si on laisse sécher l'encre limpide de la réponse dans le kalam bien fendu de la correspondance, autant vaut laisser dormir le kalam dans la boîte de l'oubli.
Dans l'espoir que vous ne commettrez pas une si grave faute, je me dis avec amitié,
Tout à vous,
Eugène Burnouf.
A propos, dites-moi donc si Tod est mort ou vivant ; je n'ai pas reçu de ses nouvelles depuis son arrivée à Londres. Trouverait-il que je ne l'ai pas assez bien traité pour son Râdjasthân? Je sais qu'il a écrit ici pour avoir un article au Glohe^.
A M. Chr. Lassen, à Bonn.
Paris, 24 juin 1830.
Mon cher Lassen,
Il y a bien longtemps que je devrais vous avoir répondu ; mais j'en ai été empêché par diverses occupations, et un peu aussi par la paresse naturelle à notre race de Français. J'ai, cependant, différentes choses à demander à votre complaisance amicale.
En premier lieu, il faut que vous fassiez tous vos efforts pour m'excuser auprès de M. de Schlegel d'avoir si mal rempli sa commission relativement au Mémoire de M. de Sacy. Je puis vous assurer que je n'ai pas épargné les démarches pour obtenir de la rédaction du journal, la Revue de Paris, le cahier séparé qui contenait ce Mémoire. Je n'ai jamais pu y parvenir, parce qu'on m'a toujours répondu que plusieurs collections avaient déjà été dépareillées par la vente à part de ce cahier. Je crois que le mieux serait de
1. Voy. dans le Nouveau Journal asiatique, 1828, 1. 1, p. 397-400, un article d'Eugène Burnouf sur les inscriptions sanscrites découvertes par le lieutenant-colonel Tod dans le Ràdjasthàn et données par lui à la Société asiatique de Paris.
s'adresser à M. de Sacy. L'autorité de M. de Schlegel auprès de lui doit être bien suffisante, malgré Ghézy- Durvasas, pour obtenir cette petite et sèche brochure. Mais, encore une fois, je vous en prie, tâchez de faire agréer mes excuses à M. de Schlegel ; je suis vraiment honteux d'avoir si peu réussi.
Je vous prie d'accepter avec votre bienveillance ordinaire la quatrième livraison des livres zoroastriens ; je suis maintenant presqu'à la moitié, et j'ai hâte de terminer cette entreprise, qui me coûte beaucoup d'argent.
Il y a ici une grande nouveauté que vous recevrez probablement bientôt ; c'est la Sacountala, enfin parue. Je pense que vous serez satisfait d'avoir ce texte à cause de sa beauté et en même temps pour le prakrit. Mais je crois que vous serez étonné de l'emphase de l'éditeur et de la critique maigre et superficielle de ses notes. J'en ai encore lu fort peu ; mais déjà, en comparant attentivement la traduction, et surtout quelques notes, avec le texte, j'y ai trouvé plus de fautes qu'il n'est permis à un homme qui étudie le sanscrit depuis trente ans et qui se dit le maître de l'Europe indienne. Au reste, vous en jugerez, et sans doute il en paraîtra quelque critique en Allemagne.
Depuis que je vous ai écrit, j'ai regardé un peu les Védas qui sont dans ces affreux manuscrits télingas. La forme même sous laquelle ils se trouvent empêche qu'on y fasse des progrès un peu marqués; mais je voulais voir quel effet pouvait produire le mélange des façons de parler anciennes que Panini indique comme appartenant aux Védas; voici quel était le but de cette recherche. M'étant procuré un Panini
dans lequel je me suis mis tout entier, je n'ai pas été peu surpris d'y rencontrer des formes qui appartiennent à la langue zende et qui manifestent une antiquité évidente. Ces formes ne sont pas, il est vrai, en grand nombre ; mais le peu qu'on en trouve est concluant. Je ne vous citerai que la séparation de Vupasarga d'avec le verbe, auquel, dans le sanscrit classique, on le joint le plus souvent. (Panini, 1, 4, 82.) J'avouerai que, dans le peu que j'ai lu des Védas, j'ai été frappé : 1 ° de la rareté de ces formes obsolètes ; 2° de la ressemblance du style avec le sanscrit classique ; 3° enfin, ce qui était le but principal de ma recherche, de l'étonnante analogie de ces hymnes et prières du Sâma-Véda avec celles du Zend-Avesta. Il y a là un problème curieux, mais dont, pour ma part, je ne vois pas encore la solution.
Le zend m'a également mis dans la nécessité de rassembler tout ce que je pouvais réunir de pâli et de prakrit; car ce vieux dialecte médique est tellement mélangé qu'on n'a pas trop de recherches polyglottes pour en comprendre quelques bribes. Gela m'a remis à mon drame d'Urvashi, qui est une composition délicieuse et que je vais décidément publier. J'en présenterai le manuscrit préparé à la Société asiatique le mois prochain; et, si les fonds n'en permettent pas l'impression, je m'adresserai peut-être au libraire de Bonn que vous avez eu la bonté de m'indiquer. M. Stenzler^ m'a dit qu'il avait copié ce drame pour vous ; mais c'est sans doute pour le prakrit , car je crois me rappeler que c'était le Mudrâ Râkchtasa que
1. Stenzler, depuis professeur à Breslau, était à Paris pour y étudier les mss. de la Bibliothèque royale.
VOUS aviez choisi quand je vous ai communiqué, il y a près de deux années, que je désirais publier l'Urvashi, ce qui, comme vous le verrez par une note de la Sacountala, m'a brouillé à mort avec cet excellent Ghézy. Au reste, j'attends de votre amitié de me dire, aussitôt que vous le pourrez, vos intentions relativement aux drames indiens qui se trouvent à Paris, parce qu'il y en a d'inédits sur lesquels je pourrais m'exercer, mais je ne le voudrais pas faire si vous les aviez choisis déjà.
J'admire vraiment, en relisant votre lettre, l'étendue et l'importance des travaux qui vous occupent maintenant. Gomment pouvez-vous trouver le temps pour composer tous ces travaux à la fois? C'est surtout une idée parfaite de publier une grammaire des Védas, d'après Panini. C'est, je crois, ce que les Indianistes attendront de vous avec le plus d'impatience, et, quant à moi, c'est un service signalé que vous me rendrez pour la suite de mes comparaisons avec le zend. Votre grammaire prakrite sera aussi une belle chose, d'après les secours que vous avez rassemblés à Londres et à Paris ; et, à ce sujet, je vous dirai que j'ai trouvé dans l'Art poétique de Dandi un passage fort curieux sur les dialectes prakrits; mais vous le connaissez vraisemblablement. Et votre Mâlatî Mâdhava, est-ce que vous ne le continuerez pas?
Mais je m'aperçois que je vous fais perdre votre temps avec mon bavardage. Croyez au plaisir que j'ai, dans ma soHtude parisienne, à causer avec vous de ces belles études, et comptez-moi au nombre de ceux qui vous sont le plus dévoués.
A M. J. MOHL, à Londres.
Paris, 14 juillet 1830.
Mon cher Molil,
Vous êtes le plus aimable des hommes d'écrire ainsi à vos amis deux fois de suite sans attendre la réponse, et je vous sais gré d'avoir cru que votre lettre était perdue.
Je vous remercie bien sincèrement de toutes les peines que vous prenez pour enrichir ma bibhothèque. Gomme vous possédez la mesure de la satisfaction que me cause toute acquisition nouvelle de livres, textes surtout, vous avez, par cela même, celle de la reconnaissance que je vous garde pour votre complaisance. A vrai dire, les nouveaux volumes sanscrits arrivés de l'Inde ne sont, à l'exception du Vedanta et d'un traité relatif à l'histoire littéraire, que médiocrement intéressants; mais, enfin, c'est du sanscrit. Si vous ne pouvez les soutirer au trop riche Parbury, achetezles-moi, car ils sont à bon marché, et joignez-y un certain volume en Bh-ak-ha intitulé, je crois, Tchhatra Prakas, Pour en finir de mes affaires personnelles, mille et mille remerciements pour les manuscrits palis, chose encore si rare; et mettez la main sur tous ceux que vous trouverez, dussiez-vous, pour vous faire payer, saisir mes meubles à votre retour. Puis, si vous voulez m'envoyer quelque chose, faites-le remettre à Payne et Fox, Pall Mail, qui correspondent avec de Bure; c'est par là que M. Feuillet^ reçoit ses