XIX
Derivière lettre de J. Pri:vsep a Eugèive Burivouf. (En anglais.)
Calcutta, 24 octobre 1838.
Mon cher Monsieur,
Vous serez quelque peu surpris de la nouvelle que je vais vous annoncer : je suis envoyé en Angleterre par les médecins pendant que j^ai encore une apparence de bonne santé. Une trop grande application à mes fonctions et aux inscriptions a détraqué la machine. Je n'ai plus de pouvoir sur mes muscles et je suis presque comme était le vieux colonel Wilford quand je le vis pour la première fois à Bénarès, un homme faible et vieux prématurément, tout juste capable de se tenir assis, la tête soutenue par des oreillers et par ses propres livres.
C'est une immense interruption de mes recherches, car je ne serai pas assez longtemps en Europe pour augmenter la somme de mes connaissances, et, faute d'un Pandit à côté de moi^ je serai Incapable d'y poursuivre mon projet de lire les inscriptions, dont j^ai encore un si grand nombre entre les mains î
Je jouirai cependant de l'avantage de vous faire une visite et de voir aussi plusieurs autres lions orientaux du continent.
Je tâcherai d^mporter avec moi le quatrième, volume du Mahâbhârata et je prendrai des arrangements ici pour la réception et la vente des livres que j ^attends de Paris. Il faut que dans deux ans je sois revenu à mon poste; mais je crains que le Journal ne reste silencieux pendant cet intervalle.
Je placerai la copie des Védas sous la direction de M. Malan, un professeur du Bishop's Collège, qui promet beaucoup et qui, je l'espère, me succédera comme secrétaire.
Ma main tremble et rend mon écriture plus illisible que d'ordinaire.
Très sincèrement à vous,
J. Prinsep.
1. On avait d'abord placé sous le n» XIX la lettre de M. Guizot qui est maintenant sous le n» XVIII,
Cette lettre accompagnait, sur le second feuillet du même papier, une lettre officielle dont voici la traduction :
A M. Eugène Burnouf, secrétaire de la Société asiatique
de Paris.
Calcutta, 24 octobre 1838.
Monsieur,
Je m'empresse de transmettre à Paris l'accusé de réception, par M. B.-H. Hodgson, de la médaille d'or qui lui a été décernée par la Société dont vous êtes l'éminent organe.
Permettez-moi, en même temps, de vous exprimer combien la Société asiatique de Calcutta s'est sentie fière de cet honneur rendu au zèle littéraire d'un de ses membres par un Corps si célèbre et si savant.
J'ai l'honneur de me dire, Monsieur,
Votre très obéissant serviteur,
James Prinsep, Secrétaire de la Société asiatique.
Lettre de H. H. Wilson^ a Eugène Burnouf.
Londres, East-India House, 21 mai 1839.
Monsieur, J'ai enfm trouvé une occasion favorable pour vous accuser réception de votre lettre qui m'a été transmise par les soins de M. Westergaard, et j'ai été bien heureux de faire la connaissance
1. Horace Hayman Wilson (1789-1860), professeur de sanscrit à l'Université d'Oxford, bibliothécaire de la Compagnie des Indes, associé étranger de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Chargé par la Compagnie des Indes de réorganiser les anciennes écoles de Benarès,il séjourna dans l'Inde de 1811 à 1832, et fut, avant J. Prinsep, secrétaire de la Société asiatique du Bengale. Ses ouvrages les plus connus sont une traduction du théâtre hindou, dont il est question dans les lettres d'Eugène Burnouf à Lassen et à Mohl, une grammaire et un dictionnaire sanscrits.
de ce jeune savant et de faciliter les recherches qu'il a jusqu'à ce moment poursuivies dans la Bibliothèque de la Compagnie des Indes. Vous pourrez toujours compter sur mon empressement de donner tout le secours en mon pouvoir aux études de ceux qui se présentent ici avec des recommandations de votre part.
A l'égard de votre demande d'obtenir communication du manuscrit du Saddharma Pundarika^ je l'ai communiquée au Conseil de la Société asiatique et j'ai obtenu la permission de vous l'envoyer pour le temps qu'il vous sera nécessaire. Il y a eu quelque délaf pour le trouver parmi les manuscrits de M. Hodgson, et après pour trouver un moyen convenable de vous le remettre; mais, à présent, M. le l)*" Gibson, qui va partir pour Paris, a bien voulu s'en charger, et j'espère qu'il vous arrivera en sûreté.
Vous serez très affligé d'apprendre que M. J. Prinsep, qui est de retour en Angleterre, continue d'être tellement malade que nous n'entretenons que de très faibles espérances de sa vie.
Je suis, Monsieur, très sincèrement, votre serviteur,
H. H. WiLSON.
Deux billets de David d'Angers ^ a Eugène Burnouf.
Paris, 24 avril 1840.
Ce n'est pas seulement à l'homme de génie que j'offre ce
1. David d'Angers, le célèbre statuaire dont tout le monde connaît les belles œuvres, et en particulier le fronton du Panthéon, à Paris, avait entrepris de faire une série de médaillons de ses contemporains les plus illustres. C'est à cette noble pensée qu'on doit le portrait d'Eugène Burnouf, dont une reproduction héliographique figure en tête de ce volume.
Pierre-Jean David, né à Angers en 1789, mort à Paris en 1856, était membre de l'Institut (Académie des Beaux-Arts).
médaillon, que j'ai eu tant de plaisir à faire, c'est aussi à l'homme dont j'estime profondément le caractère.
Je serais bien heureux si cette occasion d'avoir fait la connaissance particulière de Monsieur Burnouf devait être durable, car je lui ai voué une bien vive affection et un sincère dévouement de cœur.
David.
Jeudi 8 septembre 1842.
Mon cher et honorable confrère.
Vous êtes pour moi d'une bonté inépuisable et vous ne sauriez croire combien je vous suis reconnaissant du souvenir amical que vous gardez a votre statuaire et ami. Je vais être heureux de lire ce nouveau volume^ d'une si noble et si grande littérature dont vous venez de doter le pays.
Groyez-moi toujours votre bien dévoué de cœur,
David d'Axgers.