‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 105 sur 547 · PESSIMISME ET DETERMINISME · texte numérisé non relu

PESSIMISME ET DETERMINISME

A Hadaub la marquise dc Deffamo.

'24 mai 1764.

Vous me faites une peine extrême, madame; car vos tristes idées ne sont pas seulement du raisonner, c'est de la sensation. Je conviens avec vous que le néant est, généralement parlar.t, préférable à la vie. Le néant a du bon; consolons-nous, d'habiles gens prétendent que nous en tâterons. Il est bien clair, disent-ils d'après Sénèque ' et Lucrèce, que nous serons après notre mort ce que nous étions avant de naître ; mais pour les deux ou trois minutes de notre existence, qu'en ferons-nous? Nous sommes, à ce qu'on prétend, de petites roues de la grande machine, de petits animaux à deux pieds et à deux mains comme les singes, moins agiles qu'eux, aussi comiques, et ayant une mesure d'idées plus grande. Nous sommes emportés dans le mouvement général imprimé par le maître de la narure. Nous ne nous donnons rien, nous recevons tout; nous ne sommes pas plus les maîtres de nos idées que de lâ circulation du sang dans nos veines. Chaque être, chaque manière d'être tient nécessairement à la loi universelle. U

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