Gazette d'Amst., Iojanv
i. C'est l'édition donnée à Amsterdam par Ledel et C" en 1738- 1739, 4 vol. in-8, (X p. 98. n. 1.
prince royal, qui est très-bien et très-sage de toutes les façons*, mais voici ce que j'y trouve :
« J'aurai la hardiesse d'envoyer à Votre Altesse Royale un manuscnt que je n'oserai jamais montrer qu'à un esprit aussi dégagé des préjugés que le vôtre, et à un prince qui, parrm tant d'hommages, mérite celui d'une confiance sans bornes. »
Je connais ce manuscrit; c'est une iV^ia/?/j»/.si^M«* d'autant plus raisonnable qu'elle ferait brûler son homme. Jugez si j'ai frémi; je n'en suis pas encore revenue d'étonnement et, je vous avoue aussi, de colère. J'ai écrit une lettre fulminante; mais elle sera si longtemps en roule, que le manuscrit pourra bien être parti avant qu'elle arrive, ou du moins on me le fera croire; car nous sommes quelquefois entêté, et ce démon d'une réputation (que je trouve mal entendue) ne nous quitte point. Je vous avoue que je n'ai pu m'empêcher de gémir sur mon sort, quand j'ai vu combien il fallait peu compter sur la tranquillité de ma vie : je la passerai à combattre contre lui pour lui-même sans le sauver, à trembler pour lui, ou à gémir de ses fautes ou de son absence. Mais enftn telle est ma destinée. Il faut que vous m'aidiez à parer ce coup, s'il est parable; car vous sentez bien que cette imprudence le perdra tôt ou tard sans retour. Le prince royal ne gardera pas mieux son secret qu'il ne l'a gardé lui-même, et tôt ou tard cela transpirera. De plus, le manuscrit passera par les mains du roi de Prusse"' et de ses ministres, avant d'arriver jusqu'à ce prince, dont vous croyez bien que tous les paquets sont ouverts par son père; vous croyez bien aussi que M. de la Cbetardie*, assez oisif d'ailleurs, a eu recommandation de
1. Ce*tli lettre qui est datée de décembre i75G.VoUairey annonçait qu'il n'irait pas en Prusse.
2. Ce Trailé de métaphysique^ dédie à H-* du Chàlelet, avait été composé en 1734, et ne Tut publié qu'après la mort de Voltaire dans I édiUoB de KeU.
3. Frédéric -Guillaume, dont on connaît le peu d'estime pour lea philosoplic» oérulateurs, et les procédés brutaux centre to« ce qu'il n'aimait pas.
i. Le marquis de la Chétardie (1705-1759) fut successivement ambassadeur en Angleterre, en Prusse
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savoir ce qui se passe entre le prince royal et Voltaire, le plus qu'il pourra. Enfin quand il n'y aurait que la disparate d'une telle conduite, d'aller confier à un prince de vingtquatre ans, dont le cœur ni l'esprit ne sont encore formés, qu'une maladie peut rendre dévot, qu'il ne connaît point, io secret de sa vie, sa tranquillité et celle des gens qui ont attaché leur vie à la sienne, en vérité il devrait ne le point faire. Si un ami de vingt ans lui demandait ce manuscrit, il devrait le lui refuser; et il l'envoie à un inconnu et princel Pourquoi, d'ailleurs, faire dépendre sa tranquillité d'un autre, et cela sans nécessité, par la sotte vanité (car je ne puis falsifier le mot propre) de montrer à quelqu'un qui n'en est pas juge un ouvrage où il ne verra que de l'imprudence! Qui confie si légèrement son secret, mérite qu'on 1« trahisse ; mais moi, que lui ai-je fait pour qu'il fasse dépendre le bonheur de ma vie du prince royal? Je vous avoue que je suis outrée; vous le voyez bien, et je ne puis croire que vous me désapprouviez. Je sens que quand cette faute sera faite, s'il ne fallait donner que ma vie pout la réparer, je le ferais ; mais je ne puis voir, sans une douleur bien amère, qu'une créature, si aimable de tout point, veuille se rendre malheureuse par des imprudences inutiles et qui n'ont j)as même de prétexte.