S. — TRAVAUX PHILOSOPHIQUES
AW raiMCB BOTAL Dl PRUSSK.
Versailles, 25 avril 1740
Monseigneur, J'envoie à Votre AU esse royale mon Essai de métaphysique^ ; je souhaite et je crains presque également qu'elle ait le temps de le'lire. Vous serez peut-cire aussi élonné
17.V2-17Ô9), en Russie et en Sar- l 1. Ses Inslilutions de physiquk dait^Mie. I (Paris, Prault liis, in-8, 1740).
de le trouver imprimé que j'en suis honteuse; les circonstances qui l'ont rendu public seraient trop longues à expliquer à Votre Altesse Royale. J'attends pour savoir si je dois m'en repentir ou m'en applaudir, ce que Votre Altesse Royale en pensera. Je me souviens qu'elle a fait traduire sous ses yeux la Métaphysique de Wolfi*, et qu'elle en a même corrigé quelques endroits de sa main; ainsi j'imagine que ces matières ne lui déplaisent point, puisqu'elle a daigné employer quelque partie de son temps à les lire.
Votre Altesse Royale verra par la préface que ce livre n'était destiné que pour l'éducation d'un fils unique que j'ai «t que j'aime avec une tendresse extrême. J'ai cru que je ne pouvois lui en donner une plus grande preuve qu'en tâchant de le rendre un peu moins ignorant que ne l'est ordinairement notre jeunesse; et, voulant lui apprendre les élémens de la physique, j'ai été obligée d'en composer une, n'y ayant point en français de physique complète, ni qui soit à la portée de son âge. Mais comme je suis persuadée que la physique ne peut se passer de la métaphysique, sur laquelle elle est fondée, j'ai voulu lui donner une idée de la métaphysique de M. de Leibniz, que j'avoue être la seule qui m'ait satisfaite, quoiqu'il me reste encore bien des doutes.
L'ouvrage aura plusieurs tomes, dont il n'y a encore que le premier qui soit commencé à imprimer. Je crois qu'il paraîtra vers la Pentecôte, et je prendrai la liberté d'en présenter un exemplaire à Votre Altesse Royale, si elle est contente de ce que j'ai l'honneur de lui envoyer aujourd'hui.
Je m'aperçois que ma lettre est déjà très longue, et que je n'ai point encore parlé à Votre Altesse Royale de ma reconnaissance de la boite charmante qu'elle m'a fait la grâce de m'envoyer. Je n'ai rien vu de plus joli et de plus agréablement monté; mais Votre Altesse Royale me per-
1. Frédéric, entendant mal l'ai- 1 œuvres de Wolt en fVtnçaie. h ii'<>i lemand, s'était fait traduire 1m I adopta pas les doctrines.