I. — UN SOUPER AVEC VOLTAIRE
À Monsieur Devavx*.
Cirey, ce vendredi, à minuit (5 décembre 4738).
Je t'écrivis hier jusqu'au souper; on vint m'avertir, et l'on me conduisit dans un appartement que je reconnus bientôt pour être celui de Voltaire. Il vint me recevoir personne n'était encore arrivé, et pourtant je n'eus pas le temps de jeter un coup d'oeil : on se mit à table; me voilà bien contente, mais je n'aurais pas encore eu assez de plaisir, si je n'avais comparé ce souper-là à celui de la veille. Ce que c'est que la vie! me disais-je; hier soir dans les ténèbres et la bouc, aujourd'hui dans un lieu enchanté!... J'assaisonnai donc ce souper de tout ce que je trouvai en moi et hors de moi; mais de quoi ne parla-t-on pas? Poésies, sciences, arts, le tout sur le ton de badinageet