Capitaine et châtelain royal du pays de Gex
4. (1. p. 454, n. 2. Elle paya de bon fii-é, après la mort de Voltaire, 400J0 livres de dommages-intérêts aux héritiers du président.
Î18 LETTRES DU DIX-HUITIÉME SIEaE.
vérité, pAr rëmmence de ses talens, mais turbulent, injuste, et artificieux en affaires sans les entendre.
Quant à Mme Denis, je l'honore et l'estime. C'est un tribut que tout le monde rend à sa justesse de cœur et d'esprit, dans un pays où, sans cette malneureuse effervescence à laquelle vous vous livrez, vous auriez pu vousmême trouver une retraite paisible et jouir tranquillement de votre célébrité. Comme elle est équitable et modérée, je suis très persuadé que ma famille n'aura aucun démêlé avec elle. Si, comme vous le dites, j'avais quelque crédit, il ne serait jamais employé qu'à la servir.
Il faut être prophète pour savoir si un marché à vie est bon ou mauvais. Ceci dépend de l'événement*. Je désire, en vérité de très bon cœur que votre jouissance soit longue, et que vous puissiez continuer encore trente ans à illustrer votre siècle : car, malgré vos faiblesses, vous resterez toujours un très grand homme... dans vos écrits. Je voudrais seulement que vous missiez dans votre cœur le demiquart de la morale et de la philosophie qu'ils contiennent*.
Venons au fait, car tout ce que vous dites n'y va point. La mémoire est nécessaire quand on veut citer des faits. Elle vous manque sans doute lorsque vous affectez de confondre notre marché avec la commission de vous procurer du bois de chauffage; à quoi je vous répliquai que vous en trouveriez facilement de ceux de ma forêt vers Charles Baudy*. Vous me priâtes de lui en parler, ce que je fis même en votre présence, autant que je m'en souviens, mais certainement d'une manière illimitée; ce qu'on ne fait pas quand il s'agit d'un présent. Je laisse à part la vilité* d'un présent de cette espèce qui ne se fait qu'aux pauvres de la Miséricorde ou à un couvent des Capucins. Je vous aurais à coup sûr donné comme présent quelques voies de
1. Voltairesurvécul au président, j 3. Marchand de bois qui cxptoi* i. Suit la réfutation de quelquea 1 taU certaines coupes. alléf^uiiens de Voltaire. 1 4. Ou mieux vilêté.
hois de chaufTage si vous me les aviez demandées comme toiles. Mais j'aurais cru vous insulter par une offre de cette pspèce. Mais entin, puisque vous ne le dédaignez, je vous le donne, et j'en tiendrai compte à Baudy, en par vous * m'envoyant la reconnaissance suivante ;
Je soussigné François-Marie Arouet de Voltaire, chevalier, seigneur de Ferney, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, reconnais que M. de Brosses, président du Parlement, m'a fait présent de... voies de bois de moule, pour mon chauffage, en valeur de 281 francs dont je le remercie. » A. ..ce...
A cela près, je n'ai aucune affaire avec vous. Je vous ai seulement prévenu que je me ferais infailliblement payer de Baudy, qui se ferait infailliblement payer de vous. Je l'ai fait assigner, il vous a fait assigner à son tour. Voilà l'ordre et voilà tout. De vous à moi il n'y a rien, et faute d'affaires point d'arbitrage. C'est le sentiment de M. le premier président», de M. de Ruffey', et de nos autres amis communs que vous citez et qui ne peuvent s'empêcher de lever les épaules en voyant un homme si riche et si illustre se tourmenter à tel excès pour ne pas payer à un paysan 280 livres pour du bois de chauffage qu'il a fourni*. Voulezvous faire ici le second tome de l'histoire de M. de Gauffecouit» à qui vous ne vouliez pas payer une chaise de poste que vous aviez achetée de lui? En vérité je gémis pour l'humanité de voir un si grand génie avec un cœur si petit sans cesse tiraillé par des misères de jalousie ou de lésine. C'est vous-même qui empoisonnez une vie si bien faite